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Observatoire des Plantes Carnivores Françaises (OPCF)

Bonjour à toutes et à tous,

 

Après de longs mois de travail et d’implication, je suis très fier de vous annoncer la sortie du premier Observatoire citoyen des Plantes Carnivores sauvages Françaises et des pays voisins !! Ce projet est né d’une collaboration inédite entre Dionée et Tela Botanica, deux association de renom dans le domaine des plantes carnivores et de la botanique !

 

Qu’est-ce que l’OPCF ?

L’Observatoire citoyen des Plantes Carnivores sauvages Françaises (OPCF) a pour objectif de rassembler la communauté de naturalistes, botanistes et amateurs de plantes carnivores autours de l’observation des espèces sauvages en France métropolitaine et pays voisins. Les objectifs sont de regrouper les données dans un même projet afin mieux connaître la répartition des différentes espèces, de mettre en avant la protection des plantes et des habitats, et de diffuser l’information au grand public afin de le sensibiliser. A terme, l’objectif est de mettre en place des actions de conservation concrètes sur les espèces et populations les plus à risque, en partenariat avec des associations naturalistes locales.

Pourquoi un observatoire ?

Comme vous le savez probablement, la trentaine d’espèces et d’hybrides de plantes carnivores sauvages qui poussent en France sont rares, menacées et pour certaines protégées sur l’ensemble du territoire. Alors que l’on décrit de nouveaux taxons, d’autres se sont déjà éteints.

Outre la rareté de leurs habitats naturels, ils sont systématiquement perturbés ou détruits par les activités humaines qui menacent leur vitalité sur le long terme. Même si la plupart des zones humides jouissent à l’heure actuelle d’une protection relative, leur isolement grandissant altère la circulation des gènes et des individus. De plus, l’eutrophisation et la pollution des cours d’eau et des tourbières par les intrants, utilisés notamment dans l’agriculture, changent la chimie et l’organisation des communautés végétales à la défaveur des plantes carnivores. Enfin, comme si cela ne suffisait pas, le changement climatique apporte une incertitude supplémentaire à la pérennité de ces écosystèmes fragiles…

Comme pour les orchidées, il existe énormément de passionnés de terrain, ou des cultivateurs de ces plantes extraordinaires. Pourtant, nous ne nous sommes jamais vraiment organiser pour contribuer à la protection de ces végétaux que nous apprécions tant !

Des données publiques… Mais pas toutes !

Toutes les données publiées dans l’OPCF seront libres et publiques, sauf spécification contraire. Néanmoins, l’objectif premier étant de protéger les plantes carnivores, il ne faut pas que ces données puissent alimenter des pillages de sites naturels, pratique que l’OPCF condamne fermement. Pour cela, les données précises seront gardées en interne et non diffusées publiquement. Celles visibles par les utilisateurs seront volontairement dégradées à l’échelle de la commune, voire du département pour des cas spécifiques de rareté ou de menace extrême.

Il est très important de rappeler que seules les données concernant des plantes carnivores sauvages en France métropolitaine ou dans les pays voisins doivent être envoyées. Les observations concernant les plantes cultivées faussent les cartes de répartition et sous-estiment le niveau de menace qui pèse sur les espèces sauvages. Elles seront donc systématiquement supprimées de la base de données.

Chaque observation entrée via les outils de l’OPCF est consultable publiquement sur le site internet IdentiPlante (http://www.tela-botanica.org/appli:identiplante) en écrivant « OPCF » dans la barre de recherche. Si vous êtes inscrit à Tela Botanica, vous pouvez alors commenter ces observations et aider à leur identification. Enfin, chaque observation de plantes carnivores de la base de données de Tela Botanica est visible sur les cartographies proposées sur le site internet de l’OPCF.

 

Comment ça fonctionne ?

Vous avez observé des plantes carnivores sauvages, vous souhaitez partir à leur recherche durant la belle saison, vous avez remarqué une population proche de chez vous sur les cartographies et souhaitez vérifier la présence des espèces ? Voici quelques règles de base pour transmettre les données les plus complètes et de meilleure qualité possible afin de pouvoir les utiliser par la suite.

  • Observez des plantes sauvages et non cultivées
  • Prenez un maximum de photos des plantes dans leur ensemble, si possible les détails des fleurs et des feuilles pour permettre leur détermination, ainsi que du milieu en général
  • Prenez un maximum d’informations : date, altitude, lieu précis d’observation, type de milieu, perturbations (d’origine humaine ou non : exploitation des tourbières, traces de pillage, sécheresse etc.) et l’état de la population (beaucoup d’individus, peu d’individus, présence de jeunes plantules ou non etc.). N’oubliez pas, plus vous pouvez transmettre des informations, plus nous pourrons être efficaces dans l’évaluation de la santé de l’écosystème et des populations !
  • Rendez-vous sur le site internet de l’Observatoire (https://dionee.org/observatoire/) et sélectionnez l’espèce, ou les espèces que vous avez observées. Attention, vous ne pouvez entrer qu’une espèce à la fois ! Si vous avez observé plusieurs populations de la même espèce, à différentes localisations, il est préférable d’entrer une donnée par population.
  • Si vous n’êtes pas certain de l’espèce exacte observée, il est préférable de cliquer sur « taxon inconnu », les naturalistes et passionnés se chargeront de la détermination.
  • Une fois sur l’outil de saisie remplissez les informations demandées, au minimum : adresse mail, date de relevé, localisation précise en utilisant la carte interactive, les photos de la ou des plantes de la population observée, un maximum de commentaires sur l’état du milieu, de la population etc. Si vous avez un doute, passez le curseur de votre souris sur la case à remplir et lisez les compléments d’informations qui s’écrivent.
  • Une fois toutes les informations renseignées, cliquez sur « créer » puis « transmettre ». Votre observation a alors été prise en compte et elle sera visible sur le site d’IdentiPlante et dans la base de données de l’OPCF, bravo !

 

Si vous souhaitez voir une démonstration vidéo de cette explication, nous vous invitons à regarder cette courte vidéo explicative :

Rejoignez la communauté !

Nous invitons tous les utilisateurs souhaitant s’investir dans ce projet à s’inscrire sur le site de Tela Botanica ainsi qu’à l’association Dionée pour ne rien rater des actualités.
Vous pouvez aussi nous suivre sur les réseaux sociaux, les forums en ligne d’amateurs de plantes carnivores et nous contacter par mail pour plus d’informations. Vous retrouverez les différents liens ci-dessous.

Site de l’observatoire : https://dionee.org/observatoire/

Adresse mail : observatoire@dionee.org

Page Facebook de l’OPCF : https://www.facebook.com/ObsPCF

Pour plus d’informations, n’hésitez pas à lire la newsletter de Dionée d’Avril 2018, un article complet précise le contexte de création de l’OPCF ainsi que ses objectifs et ses missions.

N’hésitez pas pas à nous / me contacter pour plus d’informations ou si vous avez des remarques et conseils pertinents. Cet observatoire étant un mouvement citoyen, il appartient à tous ses utilisateurs !

Enjoy !

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La biodiversité va mal… en quoi cela nous concerne ?

Dans une série de nouveaux rapports publiés en Mars 2018, l’IPBES (Intergovernemental Science-Policy Plateform on Biodiversity and Ecosystem Services) tire la sonnette d’alarme sur l’état actuel de la biodiversité et des services écosystémiques sur la planète. Outre la question éthique de la dégradation de l’environnement et de la disparition des espèces directement causées par les activités humaines, c’est aussi notre propre bien-être qui sera impacté, et ce, plus rapidement que nous le pensions.

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Figure 1 – Les mares temporaires sont des milieux rares, menacés, où poussent des plantes que l’on ne retrouve pas dans d’autres écosystèmes.

C’est quoi la Biodiversité et les services écosystémiques ?

On entend beaucoup parler de la biodiversité ces derniers temps sans vraiment avoir une définition claire de ce qu’est la biodiversité et surtout de son importance pour l’homme et la nature. Une tentative de définition serait celle faite lors de la conférence de Rio, en 1992, première rencontre internationale sur le thème de l’environnement, où tous les états se sont engagés à prendre des mesures pour réduire la perte de biodiversité (sauf les Etats-Unis). Plus de 25 ans après, rien n’a vraiment changé, si ce n’est l’échéance avant laquelle nous devons agir. Voici la définition proposée à l’issue de cette rencontre :

« […] variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie ; cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes »

Pour faire simple, la diversité des gènes (allèles), des individus, des espèces mais aussi des habitats et des paysages, bref tout ce qui touche à la vie (bio- diversité). Cette diversité n’est pas simplement une manière de combler les passions de chercheurs bizarres et autres hippies amoureux de l’environnement, elle est en fait d’une importance capitale pour le bon fonctionnement des écosystèmes et des services qu’ils nous rendent. On les appelle services écosystémiques, ou contribution de la nature au bien-être de l’homme.

Ces derniers regroupent tout ce qui est directement d’origine naturel et qui permet à l’humanité de survivre, et même, de bien vivre. Quelques exemples pour bien comprendre : la production de nourriture, la qualité du sol, la production de dioxygène que nous respirons par les plantes, la filtration de l’eau par les forêts et les étangs, la pollinisation des plantes et arbres fruitiers par les insectes pour notre production de fruits, la régulation des maladies, des espèces envahissantes ainsi que du climat, mais aussi la récréation et les loisirs tels que les balades dans la nature, la vue sur les montagnes ou la mer etc.

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Figure 2 – La beauté des paysages et la spiritualité sont aussi des contributions de la nature à notre bien être. On les appelle des services culturels.

Mais alors, quel est le lien entre la biodiversité et les services écosystémiques ?

En lisant les exemples de services écosystémiques, vous vous êtes probablement rendu compte que certains ne fonctionnaient déjà plus très bien… La régulation du climat et des espèces envahissantes par exemple.

Une forte biodiversité permet un fonctionnement optimal des écosystèmes et donc un panel très important de services pour notre développement et notre bien être, dont on ne se rend compte de l’existence que lorsqu’ils disparaissent. Vous connaissez la fameuse citation de Jacques Prévert « on reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va », ici c’est exactement la même chose. La perte de biodiversité va lentement éroder le fonctionnement des écosystèmes jusqu’à la disparition totale des services contribuant, entre-autre, à notre bien être.

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Figure 3 – Les orchidées entretiennent des relations étroites avec certains insectes pollinisateurs sans lesquels elles ne pourraient survivre et se reproduire.

Aujourd’hui, nombre de ces services ont déjà disparu : les habitats naturels sont si dégradés et si petits que les prédateurs disparaissent et ne régulent plus les populations d’herbivores qui vont alors dévorer toutes les espèces végétales, entraînant une disparition des insectes qui vivaient de la consommation de ces plantes et donc des animaux qui se nourrissaient de ces insectes. Il faut alors abattre tous les ans des herbivores (la chasse) pour réguler les populations que la nature ne peut plus réguler seule. Je vous propose de regarder cette superbe vidéo qui résume bien les interactions trophiques dans les écosystèmes et l’importance des top prédateurs tel que le loup :

 

Ainsi, la diversité des gènes et des individus permet une adaptation rapide des populations aux maladies et au changement climatique par exemple. Mais les habitats naturels n’étant plus connectés entre-eux, le brassage des populations s’affaiblit et la consanguinité augmente, amenuisant la diversité génétique et donc la capacité des espèces à survivre aux changements à venir. Ne parlons même pas des plantes cultivées pour notre nourriture qui ont toutes exactement le même génome, ce qui représente un risque considérable en cas d’épidémie de maladies ravageuses de culture.

La diversité des espèces et des habitats permet le bon fonctionnement des écosystèmes et donc notre propre bien-être. Nous allons maintenant voir rapidement les résultats de l’IPBES concernant la biodiversité du monde entier.

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Figure 4 – Les forêts tropicales renferment une biodiversité exceptionnelle. Il y a en effet plus d’espèces végétales dans quelques hectares de forêt amazonienne que dans toute la France !

Les résultats de l’IPBES en Mars 2018

Cette agence intergouvernementale des Nations Unies se veut comme un trait d’union entre la Science et la Politique, deux domaines extrêmement déconnectés l’un de l’autre alors que leur synergie est une condition sine qua none si nous souhaitons vivre correctement dans les années à venir. Travail fort ambitieux donc ! Leur mission principale est de regrouper toutes les études scientifiques sur un sujet et d’en tirer de grandes conclusions sur une échelle très large.

Un des rapports commence comme cela, attention, ça vous met directement dans le bain :

« Biodiversity – the essential variety of life forms on Earth – continues to decline in every region of the world, significantly reducing nature’s capacity to contribute to people’s well-being. This alarming trend endangers economies, livelihoods, food security and the quality of life of people everywhere »

« La biodiversité continue de décliner dans toutes les régions du monde réduisant significativement la capacité de la nature à contribuer à notre bien être. Cette tendance alarmante met en danger notre économie, notre mode de vie, la sécurité alimentaire et la qualité de la vie des gens partout sur la planète »

Voici quelques chiffres clés issus du rapport et de ses projections pour la moitié du 21e siècle. 38 à 46% des espèces pourraient avoir disparues d’ici 2050 si l’on suit les courbes actuelles d’extinction de masse des animaux, des plantes et des champignons. On parle même de 6e extinction de masse des espèces avec un rythme d’extinction aussi voire plus rapide que lors de la collision de la météorite qui a anéanti les dinosaures (c’était la 5e grande extinction). Cela signifie que les espèces disparaissent plus rapidement à cause des activités de l’homme aujourd’hui, qu’à cause d’une météorite dont la puissance a littéralement vaporisé une partie de l’océan et recouvert la terre de débris pendant des dizaines voire des centaines d’années entrainant la disparition des dinosaures.

En Europe et en Asie centrale, 42% des animaux terrestres ont disparu ces 10 dernières années. Cela n’est pas sans rappeler les récents articles signalant que 75% des insectes volant ont disparu ces 30 dernières années en Allemagne (c’est aussi vrai pour la France et l’Europe en général). Je me rappelle très bien, étant plus jeune, des nuées de fourmis volantes, de hannetons, de sauterelles dans les hautes herbes mais aussi de lucioles visibles la nuit. Ces insectes sont aujourd’hui plus rares et nous voyons des invasions de Pyrales du Buis, un ravageur incontrôlable venu d’Asie dont l’impact écologique sur les forêts européennes est encore très incertain. Un autre article signale une diversité en chute libre des oiseaux des campagnes, devenues silencieuses, avec des chiffres allant jusqu’à -70% d’individus pour certaines espèces en moins de 20 ans.

Le changement climatique, l’appauvrissement et la dégradation des sols va presque doubler le nombre de personnes vivant en zone aride pour arriver à 4 milliards d’êtres humains en 2050, entraînant des migrations vers des zones climatiques plus favorables. De même, le réchauffement de l’eau entraîne une diminution fulgurante de la barrière de Corail australienne et il ne devrait rester que 10% des coraux dans trentaine d’années.

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Figure 5 – Des phénomènes de désertification posent déjà de gros problèmes dans certaines régions du monde, notamment en Bolivie ou en Afrique du Sud où les lacs s’évaporent et les réserves d’eau potables pour les habitants s’assèchent.

 

Des solutions existent-elles ?

Oui. Il existe tout un tas de solutions trouvées par les scientifiques depuis des dizaines d’années mais qui ne sont pas appliquées ou pas prises en considération par les gouvernements à cause des divergences de priorités (prochain mandat vs le sort de l’humanité d’ici la fin du siècle, pour caricaturer).

Nous savons que les causes de la majorité de ces problèmes sont les suivantes : un système agricole intensif ne respectant pas les capacités naturelles des milieux, une pollution des écosystèmes aux intrants (pesticides, herbicides) mais aussi aux déchets humains (plastiques), un changement de la chimie des écosystèmes à cause de l’abus d’engrais, une urbanisation croissante et l’expansion des villes au détriment des habitats naturels, une déconnexion des habitats entre-eux ne permettant plus le brassage génétique et les migrations d’espèces entrainant un appauvrissement de la diversité génétique globale, un rejet de gaz à effet de serre qui a déjà atteint le point de non retour entrainant un changement climatique incontrôlable, une société de manière générale basée sur la surconsommation et le profit plutôt que sur le besoin et le respect des limites naturelles amplement suffisantes au bien être de toute l’humanité.

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Figure 6 – L’agroécologie est une discipline scientifique visant à implémenter les connaissances en écologie dans l’agriculture pour la rendre plus respectueuse de l’environnement.

Chacune des ces causes ont leur lot de solutions : agroécologie, agriculture biologique, recyclage, protection efficace de l’environnement, changement du style de vie à son échelle (covoiturage, transport en commun, achat de nourriture produite localement), développement d’énergie propre (c’est un euphémisme, disons « moins sale »), mise en place de lois contraignantes en faveur de la biodiversité, plantation d’arbres en ville pour réduire la chaleur et plus largement, une communication efficace pour toucher et sensibiliser un maximum de personnes à ces problématiques.

Chacun peut piocher au moins 1 élément dans cette liste et l’appliquer sans trop bousculer son petit confort. Si tout le monde s’y met et que de nouveaux marchés financiers semblent rentables, alors les gouvernements suivront !

Cette vision peut paraître optimiste, voire naïve… C’est pour cette raison que l’année prochaine, l’IPBES va rendre publique la plus importante évaluation scientifique sur la biodiversité et les services écosystémiques réalisées depuis 2005 en dictant aux États la marche à suivre pour limiter notre impact sur la nature et notre propre bien être. États qui ont pour le moment complètement foiré à s’organiser entre-eux de manière responsable afin de lutter contre les grands problèmes que nous rencontrons au 21e siècle.

Enjoy !

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Figure 7 – Une prairie sèche non fauchée peut accueillir près d’une centaine d’espèces de plantes uniquement, et probablement bien plus d’insectes.

 



Quelques références :

IPBES : https://www.ipbes.net/

Un des rapports publiés : https://www.ipbes.net/news/media-release-biodiversity-nature%E2%80%99s-contributions-continue-%C2%A0dangerous-decline-scientists-warn

Le détail par continent : https://www.ipbes.net/outcomes

Des articles de vulgarisations

Biodiversité : l’état d’urgence, CNRS : https://lejournal.cnrs.fr/articles/biodiversite-letat-durgence

Campagnes françaises : ces oiseaux en voie de disparition, Libération : http://www.liberation.fr/france/2018/03/22/campagnes-francaises-ces-oiseaux-en-voie-de-disparition_1637881

Les chiffres alarmants de cette étude sur la disparition des insectes volants, Huffingtonpost : https://www.huffingtonpost.fr/2017/10/19/les-chiffres-alarmants-de-cette-etude-sur-la-disparition-des-insectes-volants_a_23248522/

La sixième extinction de masse des animaux est sous-estimée, Futura planète : https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/zoologie-sixieme-extinction-masse-animaux-sous-estimee-58704/

Des articles scientifiques :

Ceballos, G., Ehrlich, P. R., Barnosky, A. D., García, A., Pringle, R. M., & Palmer, T. M. (2015). Accelerated modern human–induced species losses: Entering the sixth mass extinction. Science advances, 1(5), e1400253.
Barnosky, A. D., Matzke, N., Tomiya, S., Wogan, G. O., Swartz, B., Quental, T. B., … & Mersey, B. (2011). Has the Earth’s sixth mass extinction already arrived?. Nature, 471(7336), 51.
Newbold, T., Hudson, L. N., Arnell, A. P., Contu, S., De Palma, A., Ferrier, S., … & Burton, V. J. (2016). Has land use pushed terrestrial biodiversity beyond the planetary boundary? A global assessment. Science, 353(6296), 288-291.

3 nouveaux hybrides Phagophytos à découvrir !

Bonjour à toutes et à tous

 

Pour vous souhaitez une bonne et heureuse année 2018, je vous propose de découvrir 3 nouveaux hybrides personnels que je souhaite garder dans ma collection. Les descriptions de ces hybrides sont disponibles dans la page regroupant les hybrides PhagoPhytos, vous pouvez aussi les retrouver ci-dessous !

Sarracenia « Angine »

Sarracenia « Guirlande »

Sarracenia « Mojito »



 

Sarracenia « Angine »

 

Description

  • Déterminer la parenté exacte de cet hybride est difficile car je n’ai effectué aucun suivi. Cette plante a en effet poussé dans un bac depuis de nombreuses années sans que je n’y prête attention, jusqu’à l’année dernière quand j’ai remarqué ses motifs de coloration particuliers. Néanmoins, il a tout l’air d’être issu d’une autopollinisation de Sarracenia x mitcheliana. La plante est robuste et pousse vigoureusement.
  • Les pièges sont relativement classiques pour cet hybride, avec un opercule quelque peu réduit, verts veinés de rouge. Des ocelles blanches apparaissent, surtout au moment de la seconde poussée de croissance. Le plus intéressant est la coloration de la gorge des pièges qui rougit petit à petit jusqu’à devenir rouge vif, comme peint ou laqué, au bout de quelques semaines.

 

Photos

Au moment de l’ouverture, il n’y a qu’une légère coloration rose dans le piège.

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Jusqu’à devenir complètement rougeHebergeur d'imageHebergeur d'image

 

 

Photo de la potentielle plante mère, qui avait déjà tendance à rougir au niveau de l’entrée du piège

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Sarracenia « Guirlande »

Description

  • Vieil hybride produit dans les années 2007-2008, sans parenté exacte connue mais clairement à base de Sarracenia leucophylla. En effet, il a une seconde période de croissance autour du mois d’Août qui est exceptionnel, il produit alors beaucoup de pièges avec des ocelles blanches. La croissance au printemps est plus timide. Pour la petite histoire, je suis passé à deux doigts de le jeter à la poubelle en 2015 car il n’avait aucun intérêt. Je l’ai rempoté et laissé une dernière chance en 2016 où il a littéralement explosé en taille et en coloration. La plante est vigoureuse et produit un bon nombre de pièges dans l’année.
  • A l’ouverture, les pièges sont verts veinés de rouge. Mais, si la luminosité est suffisante, ils se colorent vivement d’un rouge plus ou moins intense au mois de Décembre comme le montre les photos ci-dessous. Les pièges restent bien vivants jusqu’au milieu de l’hiver, c’est un plaisir assez exceptionnel en cette saison ! La fleur est d’un rouge vif somptueux.
  • Le nom « Guirlande » n’est pas encore fixé. Je cherchais un nom en rapport avec Noël étant donné qu’il est au maximum de sa coloration rouge et blanche en Décembre.

 

Photos

Au moment de l’ouverture, les pièges sont verts clair

hybride base leuco fin septembre 2016 (1)hybride base leuco fin septembre 2016 (3)sarracenia flamenco aout 2017 (1)

 

Puis deviennent complètement rouges au mois de Décembre
hybride base leuco décembre 2016 (5)hybride base leuco décembre 2016 (3)hybride base leuco décembre 2016 (1)

La fleur

fleur hybride perso base leuco mai 2016



 

Sarracenia « Mojito »

 

Description

  • Cet hybride peut atteindre une taille importante et produit de nombreux pièges vert clair, jaunâtre durant l’année, à la fois au printemps et en automne. Les deux poussées de croissance sont bien marquées et produisent des pièges différents. Au printemps, les urnes sont larges et hautes, de couleur verte clair et peuvent laisser apparaître une belle tâche rouge au niveau de la gorge (comme S. flava var rugelii) si les conditions de températures et de luminosité sont optimales (ça n’arrive malheureusement pas tous les ans). En automne, les pièges sont plus petits, délicats, montrant régulièrement une petite vague au niveau des lèvres, la coloration tire plus sur le jaune anis et les ocelles blanches sont bien visibles. La fleur est d’un jaune profond, de belle taille et apparaît au printemps.
  • Tout d’abord considéré comme une autopollnisation de Sarracenia x moorei H12A (green and white), je pense de plus en plus qu’il peut en fait s’agir d’un hybride plus complexe. La forme du piège peut parfois rappeler celle de S. alata et les fleurs sont de couleur jaune vif comme S. flava. De plus, la large tâche rouge qui peut apparaître dans la gorge peut faire penser à un back-cross avec un flava, même s’il n’est absolument pas impossible que ce soit effectivement un x moorei F1. Néanmoins, n’ayant pas effectué un suivi de ce clone et par soucis de facilité, il est préférable de le nommer simplement par son nom.

 

Photos

Printemps

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été

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Automne

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HP2010E octobre 2017 (2)HP2010E octobre 2017 (3)HP2010E octobre 2017 (4)

 

La fleur

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Enjoy !

Expérimentations scientifiques sur le genre Sarracenia

Bonjour à toutes et à tous,

 

Il y a environ deux semaines, un chercheur est venu tout spécialement de Tours pendant plusieurs jours afin de faire des expériences scientifiques sur les Sarracenia de la collection PhagoPhytos à Chambéry en Savoie.

expériences sylvain juin 2017 (2)Image 1 – S. Pincebourde (CNRS) à droite et moi-même à gauche

 

Ce genre de plantes carnivores est particulièrement sous étudié alors que les feuilles sont profondément modifiées afin d’attirer, de capturer et de digérer des insectes. Nous nous sommes alors posés les questions suivantes :

  • Quelles sont les conditions abiotiques (températures principalement) des différentes parties du piège à savoir : zone de digestion, zone cireuse, opercule et extérieur du piège ? Les températures internes sont-elles différentes de celles à l’extérieur ? Cela peut-il jouer un rôle dans l’attraction ou la digestion des proies ?
  • Comment ces feuilles photosynthétisent-elles ? Certaines parties sont-elles exclusivement réservées à la photosynthèse et d’autres au piégeage ?
  • Les conditions abiotiques et la génétique des plantes permettent-elles d’expliquer l’efficacité de la digestion ? Les pièges doivent-ils être stimulés pour produire des enzymes digestives ou le font-ils en continu ?
  • Comment varie le spectre d’absorption des pièges en fonction de leur coloration ?

expériences sylvain juin 2017 (15)Image 2 – Pour chacune des expériences, nous avons choisi un large panel de forme et de coloration allant de vert pomme à rouge pourpre en passant par le blanc.

Des mesures de températures

Nous avons tout d’abord mesuré la température au niveau du liquide digestif en continu sur environ 40 pièges divers et variés. Les plantes étaient toutes situées dans la même partie de la serre afin de ne pas biaiser les résultats. De plus, 3 fois par jour, nous mesurions la température au niveau de la zone cireuse et nous prenions des images thermiques de l’extérieur du piège et de l’opercule. Enfin, des sondes disposées dans la serre ainsi qu’à l’extérieur de celle-ci ont pris la température environnante de manière continue.

Nous avons récolté un nombre très importants de données qu’il faudra traiter et analyser pour dire s’il y a réellement une différence entre la température extérieure et intérieure des pièges. Néanmoins, les premiers résultats semblent montrer qu’il fait en moyenne plus chaud à l’intérieur des pièges qu’à l’extérieur, la partie la plus chaude étant le fond du piège au niveau de la zone de digestion. De plus, les plantes rouges semblaient plus chaudes que celles qui étaient vertes.

expérience sylvainexpériences sylvain juin 2017 (10)Images 3 et 4 – les sondes de températures utilisées

Si ces résultats sont avérés, nous pouvons nous demander quelle est la température optimale pour la digestion des proies, et s’il y a une raison particulièrement pour que l’intérieur des pièges soit plus chaud que l’extérieur. Cela pourrait permettre de mieux attirer les insectes en dégageant de la chaleur ou en émettant les molécules volatiles odorantes plus efficacement.

 

Une photosynthèse particulière ?

Chez les Sarracenia, le limbe de la feuille (organe normalement plat et photosynthétique) est l’opercule et le tube est en fait le pétiole (partie normalement rigide liant le limbe à la tige). Nous avons donc étudié l’activité photosynthétique des opercules de différentes espèces aux colories variées. Sans grande surprise, nous avons remarqué que les opercules verts (pure ou veiné) photosynthétisent plus que ceux de couleur rouge, eux-même photosynthétisant plus que les opercules blancs (S. leucophylla) qui sont proches de 0.

expériences sylvain juin 2017 (6)Image 5 – Une grosse machine mesurant l’activité photosynthétique des plantes.

Néanmoins, nous avons poursuivi l’étude aux tubes mais aussi aux phyllodes et aux ailes, cette partie feuillue du tube. Surprise, alors que les tubes ne semblent pas photosynthétiser beaucoup (tout comme les opercules dont la valeur étaient globalement basse), les ailes et les phyllodes avaient une activité photosynthétique jusqu’à 2 fois plus importantes.

Ces résultats restent à confirmer mais cela expliquerait les différents développements des pièges : chez certaines espèces, ils sont d’abord ailés puis bien formés (S. leucophylla, alata), chez d’autres, c’est l’inverse (S. flava, oreophila). Cela pourrait provenir de la priorité accordée par la plante à la photosynthèse (pièges ailés qui capturent peu de proies mais font de la photosynthèse) ou à la carnivorie (pièges bien formés mais peu photosynthétiques). Cela pourrait même être lié à la qualité du sol : s’il est « riche » en nutriments, la plante va plutôt faire de la photosynthèse, mais s’il est pauvre, la plante va favoriser la carnivorie. Tant de nouvelles questions en perspective !

expériences sylvain juin 2017 (14) (1)Image 6 – Mesure de la photosynthèse

Quid de la digestion et de l’absoption UV ?

Pour mesurer la digestion des plantes, nous les avons nourries avec des larves de drosophile. Nous avons récupéré ces larves après deux jours et je récupérerai le reste après deux semaines et deux mois pour voir la vitesse et l’efficacité de digestion en fonction de la taille des pièges, de leur forme, leur couleur et de l’espèce.

J’avais bouché certains des pièges avant l’expérience afin de les laisser vierges jusqu’à l’ajout de proies. L’idée est de savoir s’ils ont besoin d’être stimulé pour produire des enzymes digestives. Dans ce cas, les pièges qui n’étaient pas bouchés (avec donc potentiellement quelques proies à l’intérieur) devraient digérer plus rapidement les larves car les enzymes sont déjà présentes dans le tube.

Concernant l’absorption lumineux, nous avons remarqué une nette différence, prévisible, entre les plantes vertes et rouges. Néanmoins, certaines plantes particulièrement pourpres semblaient absorber beaucoup dans l’Ultra Violet (UV) qui est une longueur d’onde connue pour être vue par… les insectes ! Les plantes aux pièges rouges foncés ont donc une activité photosynthétique moindre que celles aux pièges verts, mais pourraient capturer plus d’insectes en rayonnant dans l’UV.

frt04 juin 2017 (2)Image 7 – Ce tube est si foncé que les veines apparaissent presque bleu… Et pour cause, cette plante rayonne dans l’ultra violet (Sarracenia flava var rubricorpora).

 

Beaucoup de données et beaucoup de questions sans réponse, pour l’instant. L’analyse de toutes les données va prendre du temps et nous espérons à terme pouvoir mettre en lumière certains procédés physiologiques des plantes carnivores, les sacrifices et coûts qu’engendre la carnivorie dans le règne végétal.

 

Affaire à suivre donc…

Changement climatique : retour sur l’année 2016

Bonjour,

Tout d’abord, je vous souhaite à toutes & à tous une bonne et heureuse année 2017, en espérant qu’elle soit meilleure que 2016 et ce, à tout point de vue. Attardons-nous un instant sur le climat de cette année et tentons de voir quels sont les indices qui tendraient à montrer que cette fois-ci, le changement climatique est véritablement amorcé.

Il est toujours difficile de sensibiliser les gens au changement climatique sans déformer la réalité en mettant le moindre changement de météo sur son dos. Des événements extrêmes arriveront toujours localement, avec ou sans « réchauffement climatique ». Néanmoins, lorsque l’on regarde les tendances générales à l’échelle mondiale de ces dernières années il faut se rendre à l’évidence : 1) rien n’est lié au hasard de la météo mais bien aux changements globaux et 2) ce n’est pas naturel mais bien de la faute de l’homme.

Figure 1 – Anomalies de températures en 2016. Le changement climatique est un phénomène complexe qui peut entraîner un rafraîchissement par endroit (en bleu) ou un réchauffement (jaune jusqu’à noir). Source : NCEP-NCAR

 

L’année dernière, j’avais déjà publié un article intitulé « un rapide topo des preuves et conséquences du changement climatique » à la suite du mois de Décembre 2015, particulièrement chaud. Durant cet article, nous avons vu que 2015 était l’année la plus chaude jamais enregistrée avec +1,3°C en comparaison des températures pré-industrielles, et en quoi cela était dangereux pour la planète et surtout, pour nous. Néanmoins, 2015 était aussi une année sous l’emprise du phénomène climatique El Niño particulièrement puissant (si ce n’est le plus important jamais observé) qui a la réputation de chambouler un peu le climat. Un an plus tard, aujourd’hui, ce phénomène et ses conséquences sont terminés, mais au niveau climatique, où en sommes-nous ?

 

Températures

Faisons tout d’abord un petit topo sur les températures. Lors de l’article que j’avais écrit l’an passé, concernant le bilan de l’année 2015, nous avions commenté les figures ci-dessous, montrant que 2015 était l’année la plus chaude jamais enregistrée, et de loin, peu importe la référence.

Figure 2 – Écart de température annuelle en 2015 par rapport à la période 1981-2010. Source : JMA
Figure 3 – Écart de température annuelle par rapport à l’ère pré-industrielle (1880-1899). Source : NASA-GISS

 

La COP21 qui a eu lieu l’année dernière prévoyait de limiter le réchauffement climatique en-dessous des +2°C par rapport à l’ère pré-industrielle, nous en étions déjà à +1,32°C. Les résultats viennent de tomber concernant l’année 2016, et deveniez quoi, c’est encore pire ! C’est comme si le phénomène s’emballait, et il y a de quoi s’inquiéter.

Anomalies de température par rapport à la moyenne 1981-2010. Source : NCEP-NCAR.
Figure 4 – Écart de température annuelle en 2016 par rapport à la période 1981-2010. Source : NCEP-NCAR.

 

L’année 2016 figure en tête de liste, et de loin sachant que l’écart est presque 2 fois plus important que la troisième place du podium ! Durant l’année 2016, les mois de Janvier à Septembre ont été les mois les plus chauds jamais enregistrés depuis 1880 et ceux d’Octobre à Décembre ont été les seconds, après ceux de 2015. Cela signifie que d’Octobre 2015 à Septembre 2016, nous avons historiquement battu tous les records de chaleurs jamais enregistré (donc 12 fois de suite), puis de Septembre 2016 à aujourd’hui, nous les avons secondé. Nous regardons ici les températures sur l’ensemble de la planète et pas seulement en France ou en Europe. Ces chiffres sont une preuve solide des changements globaux et donc du réchauffement.

 

Les pôles vont mal, et nous aussi

Ces températures anormalement chaudes ont d’autres conséquences. Il est scientifiquement prouvé que le réchauffement climatique affecte (et affectera) plus violemment les régions polaires et montagneuses. Nous pouvons déjà observer ce phénomène en Arctique, la calotte polaire de l’hémisphère Nord. Durant l’hiver 2016, la température a été en moyenne 2 à 3°C plus élevée que la période de référence (1961-1990) et des écarts de +8°C voire +11°C ont été enregistré en moyenne mensuel ! De même cet automne, les anomalies étaient autours de +6 à +8°C en moyenne avec des records journaliers autours de +14°C. C’est comme s’il faisait en ce moment une vingtaine de degrés au Nord de la France.

Figure 5 – Surface de glace moyenne en Arctique au mois de Novembre.
Figure 6 – Surface de glace moyenne en Antarctique cette fois, toujours au mois de Novembre.

 

Ces températures incroyablement chaudes sur toute la planète ont des conséquences direct sur la fonte des glaciers. Comme vous pouvez le constater, l’Antarctique (pôle sud) va mal. Ces dernières années, et plus particulièrement ces derniers jours, une faille gigantesque s’est creusée dans un glacier qui devrait, à tout moment, céder et créer un des plus gros Iceberg jamais observé. Et quand je dis gros, il fera environ les 2/3 de la taille de la Corse, soit plus de 5 000km². Son détachement de l’Antarctique et ses conséquences auront pour effet d’élever le niveau de la mer de 10cm très rapidement, soit environ 2 fois plus que l’augmentation de ces 20 dernières années (6cm) ! Du côté de l’Arctique (pôle Nord), les températures chaudes ont entraîné une fonte record de la glace et une des plus faible reconstruction de la glace à l’automne 2016. En gros, ce qui a fondu ne s’est pas ou peu reformé.

Figure 7 – L’immense fracture de la glace en Antarctique. Elle atteint aujourd’hui une longueur de plus de 100km. Source NASA
Figure 8 – Progression de la fracture de la glace ces dernières années. Nous voyons clairement que le phénomène s’accélère. Source :  MIDAS project

 

Mais pourquoi est-ce si important de garder de la glace au niveau des pôles de la planète ? Tout d’abord, et vous en avez probablement entendu parlé, la fonte des glaces va entraîner une augmentation du niveau de la mer d’environ 1m d’ici à la fin du siècle noyant potentiellement des centaines de millions d’habitants (en Asie notamment) qu’il faudra reloger. Mais ce n’est pas tout, la glace, très froide et très blanche, agit comme un bouclier contre le réchauffement climatique en revoyant la chaleur du soleil, c’est le principe d’Albédo. En disparaissant, elle est remplacée par des étendues d’eau bleu foncé qui, au contraire, absorbe la chaleur et favorise un réchauffement ambiant. En effet, si vous disposer deux cailloux en plein soleil, l’un blanc, l’autre noir, vous verrez que le caillou noir chauffe très rapidement. Cela accélère donc d’autant plus la fonte de la glace, ce qui baisse l’albédo, ce qui favorise le réchauffement etc. C’est un véritable cercle vicieux !

Cette vidéo vous permet de vous rendre compte de la vitesse à laquelle les glaciers du Groenland sont en train de fondre, et c’est terrifiant.

Une autre conséquence : la sécheresse

Le changement climatique ne va pas uniquement augmenter les températures moyennes sur toute la surface du globe, il va aussi changer les régimes de précipitations. Malheureusement, le système climatique étant très complexe, les scientifiques ont encore du mal à comprendre exactement comment et dans quelles mesures ils vont changer. En revanche un point semble vérifié : il y aura plus d’événement « catastrophique » à savoir des pluies diluviennes ou des sécheresses prolongées, notamment dans les milieux déjà aride ou en voie de désertification.

Au cœur de l’Altiplano  bolivien, les habitants de la ville de La Paz se sont par exemple retrouvé sans eau en Novembre 2016, ce qui a poussé le gouvernement a déclarer un état d’urgence sécheresse (toujours en vigueur en Janvier 2017) et à limiter la disponibilité en eau pour ses habitants à quelques jours par semaines puis quelques heures uniquement ! La ville de La Paz/El Alto regroupe tout de même 2,5 millions d’habitants et s’étend sur une surface faisant 11 fois la taille de la ville de Lyon ! La cause de ce manque d’eau ? Il ne pleut plus ou de plus en plus tard dans la saison des pluies ce qui a complètement asséché les réserves d’eau. De plus, les glaciers qui fournissaient de l’eau pendant la saison sèche ont quasiment disparu.

 

Mais il n’y a pas que dans des contrées exotiques que le changement climatique se fait sentir. En France, la majorité des régions ont vécu le mois de Décembre le plus sec et le plus ensoleillé depuis le début des relevés. C’est notamment le cas en Savoie où il n’est pas tombé une seule goutte de pluie (et de neige, une première) et qu’il a fait grand soleil 30 jours sur 31, le précédent record étant en 2015 avec environ 25 jours d’ensoleillement (source : météo France).

 

Quid du futur ?

Alors que nous étions dans la bonne voie avec le franc succès de la COP21 et notamment le développement des énergies renouvelables dans les pays nordiques ou en Inde, l’investiture d’un climatosceptique à la tête de la plus grande puissance mondiale pose un sérieux problème. En effet, les objectifs de la COP21, à savoir rester sous la barre des +2°C d’ici à 2100 (ça paraît mal engagé mais soit), ne sont réalisables que si tous les pays s’accordent pour baisser leurs émissions de CO2 (et donc perdre de l’argent). Si un des pays les plus importants refusent de jouer le jeux, les autres ne s’y risqueront pas !

J’espère ne pas avoir à réécrire un article comme celui-ci l’année prochaine, en effet, l’année 2017 devrait être un peu moins chaude et alarmante que les deux précédentes car nous entrons dans un phénomène La Niña qui refroidit généralement le climat planétaire. Enfin, si vous voulez faire quelque chose à votre échelle, n’oubliez pas que cette année, nous votons ! Alors tâchez de vous renseigner sur les programmes d’écologie des différents candidats.

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Figure 9 – Glacier des Evettes en Septembre 2016

Figure 10 – Glacier des Evettes en 1928. Il a reculé de plusieurs centaines de mètre (source : decidela.net)

 

 

Enjoy !

Retour sur les sites naturelles des Pinguicula vulgaris à 7 pétales

Il y a environ un an, je m’étais rendu sur deux sites que je connais afin d’y vérifier le bon développement de deux petites et fragiles populations de Pinguicula vulgaris f bicolor. J’ai été particulièrement surpris lorsque j’ai vu que la majorité des fleurs des deux populations étaient mutées et ne comportaient non pas 5 mais 7 pétales ! Nous en avions parlé ici :
https://phagophytos.com/2015/07/22/deux-etranges-populations-de-pinguicula-vulgaris-f-bicolor-a-7-petales/
Cette année, j’ai choisi de compter exactement toutes les fleurs (mutées ou non) présentes dans les deux populations afin d’avoir des chiffres à l’appuie.
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Dés mon arrivée, je remarque qu’il y a moins de fleurs mutées que l’année passée. Je choisi de classer les fleurs dans deux grandes catégories : normales (5 pétales) et mutées (6, 7, 8 ou + pétales). Voici par exemple deux fleurs mutées.

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Et des fleurs normales.

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Les résultats sont présentées dans le tableau ci-dessous.

Population normale 6 pétales 7 pétales 8 ou + pétales totale mutées

1

19 8 5 2 15

2

17 3 1  0 4

Nous voyons que dans la première population nous retrouvons toujours une forte proportion de fleurs mutées alors que cela semble être un événement plus rare dans la seconde. Nous avions émis l’hypothèse que cette mutation puisse être génétique, aux vues des résultats de cette année, je dirais qu’elle est très probablement due à l’environnement.

En effet, même si dans la première population nous avons environ autant de fleurs mutées que de normales, nous pouvons voir que plus la mutation est importante (c’est-à-dire plus le nombre de pétales en trop est grand) moins elle est fréquente. Si nous avions eu une différence génétique, la distribution de la mutation serait centrée sur 7 pétales, or ici il semble que l’apparition d’un pétale supplémentaire arrive environ 1 fois sur 2, 2 pétales supplémentaires 1 fois sur 4 et ainsi de suite.

Néanmoins, la petite taille de la population et les données que nous avons ne permettent pas de tirer de conclusions quant à l’origine de la variabilité de la fleur (température, humidité, sol, hasard ?). Il serait intéressant de relever par exemple des mesures de pH et de la température au moment de la formation des fleurs dans les deux sites.

Affaire à suivre donc….

 

Pour terminer, quelques photos de Pinguicula vulgaris, aussi rencontrée in-situ.
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Enjoy !

La Quinoa, controverses autours de la « graine magique ».

Ces dernières années, nous entendons beaucoup parler des vertus du Quinoa, cette graine d’origine andine qui plaît de plus en plus aux européens et américains en quête de nourriture saine, originale et équitable. Cela paraît bien beau sur le papier : une graine riche en protéines (parfait pour les végétariens), sans gluten (exemplaire pour les « gluten-free ») et qui permet d’aider les populations boliviennes et péruviennes d’où elle est importée (idéale pour les consommateurs consciencieux « bio »). Mais, qu’en est-il en réalité ?

Nous répondrons rapidement à quelques questions basiques sur cette plante concernant les avantages et inconvénients au niveau nutritionnel, social et environnemental. Je me suis vite rendu compte qu’en cherchant des informations sur la nutrition, on tombe sur tout un tas de sites Internet peu fiables, qui se contredisent et qui inventent des données autours de jolies histoires. Nous nous baserons donc uniquement sur les articles de la FAO pour cette partie.

 

Hebergeur d'imageHebergeur d'imagePhoto 1 & 2 – Champs de Quinoa très colorés près du Salar d’Uyuni en Bolivie.

 

Qu’est ce que la Quinoa ?

Le Quinoa (Chenopodium quinoa) est une Chenopodiaceae, au même titre que la betterave ou les épinards, cultivée depuis environ 7000ans sur les hauts plateaux andins aux alentours de 4000m d’altitude. C’est une des rares plantes capable de pousser et de produire de la nourriture pour l’homme dans des conditions extrêmes (froid, vent, altitude, manque d’eau et de nutriments etc.). Elle est très productive et peut atteindre plus de 2 mètres de hauteur. Les graines que cette plante produit sont utilisées depuis des milliers d’années par les populations andines pour diverses préparations culinaires.

Photo 3 – Différents stades de maturation des plants de Quinoa. (1)

 

Qualité nutritive et avantages alimentaires

Selon le site de la FAO, le Quinoa, comparé à d’autres sources de nourriture tel que le riz, le maïs, le blé ou l’haricot, est riche en protéines (entre 10 et 17%). Outre une teneur élevée, il contient tous les acides aminés essentiels qui constituent nos enzymes et protéines corporelles et assurent un bon fonctionnement métabolique. Il est également très riche en sels minéraux avec des valeurs jusqu’à 10 fois plus élevée que les autres céréales de l’étude. Enfin, il contient de bonnes quantités de fibres, lipides et vitamines ce qui en fait un aliment riche, complet et calorique.

 

Différences sociales

A la suite de ces découvertes nutritives – et de la démocratisation de pratiques alimentaires telles que le végétarisme ou la nourriture bio – le Quinoa s’est retrouvé dans nos supermarchés. Aujourd’hui, il est largement consommé en Europe et aux Etats-Unis, si bien que l’année 2013 a été nommé « année internationale du Quinoa » par les Nations Unis !

La Bolivie et le Pérou sont les deux plus gros producteurs mondiaux dont la très grande majorité part désormais à l’exportation vers l’Europe et les USA (environ 90%). Victime de son effet de mode, son prix a rapidement augmenté et sa culture rapporte désormais beaucoup d’argent. Ainsi, nombreux sont les boliviens et péruviens qui abandonnent leur cheptel de lamas pour la culture de la Quinoa POUR l’exportation.

Alors que cette plante est cultivée et consommée depuis des milliers d’années dans ces régions, le prix des graines de Quinoa est aujourd’hui très (trop) élevé pour les populations locales.

Photo 4 – Salinas, un petit village au bord du Salar d’Uyuni en Bolivie qui s’est construit quasiment exclusivement de la culture et de la vente du Quinoa. (2)

 

Impacts environnementaux

Résumons, Le Quinoa a tout un tas de vertus nutritionnelles et sa vente par les populations locales aide à leur développement. Malheureusement, sa culture « intensive » a des impacts profonds sur les écosystèmes boliviens & péruviens.

Cette plante pousse dans des zones très arides et froides. Les écosystèmes naturels mettent beaucoup de temps à se mettre en place à cause de la croissance très lente des différentes espèces végétales. Ainsi, quand les habitants brûlent la végétation pour créer des parcelles cultivables pour le Quinoa, l’écosystème peut prendre des centaines d’années pour se reconstruire.

Et cela a un autre effet : un phénomène de désertification qui s’accentue. Lorsque la végétation disparaît, l’eau est moins bien retenue au niveau du sol. Le milieu, déjà particulièrement aride, retient moins bien l’eau et se transforme petit à petit en désert stérile. Ce phénomène irréversible défavorise grandement la résilience de l’écosystème naturel, c’est à dire son retour à la normal.

 

Photo 5 – Aridité du milieu dans lequel pousse la Quinoa. (3)

 

Pour résumer, la graine de Quinoa possède des qualités nutritives évidentes. En revanche, cette « mode » occidentale que l’on nous vend comme bio et équitable pour les populations locales n’est pas si vertueuse. Elle entraîne en effet la destruction des habitats (ce qui paraît bien contradictoire pour une alimentation respectueuse de l’environnement) et des inégalités sociales croissantes (ce qui paraît contradictoire avec le principe d’équitabilité avec les populations locales).

 

 

Pour conclure, faites attention à ce que vous achetez et à ce que l’on vous dit.

 

Enjoy !

 

Crédit photos :

1/ http://theholisticchef.com/

2/ http://www.tamarastenn.com/

3/ http://altereco.com.au/