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Les grands défis pour lutter contre le changement climatique – Le manifeste des scientifiques

Il y a quelques semaines, j’ai reçu dans ma boite mail professionnelle une incitation à signer une énième lettre scientifique souhaitant alerter sur l’état actuel des écosystèmes. Avec le site Internet recueillant les signatures des scientifiques, un bref article de 3 pages (en anglais) était mentionné résumant un peu la situation actuelle et rappelant quelques chiffres clés que nous commençons à connaître. Ce qui est intéressant et que je vais plutôt vous présenter ici, ce sont les potentielles solutions proposées, du moins, les grands axes à travailler pour lutter contre le changement climatique, mais pas uniquement.

Voici l’article en question pour les curieu-ses-x, il n’est pas encore officiellement publié, d’où les quelques « xxx » présents par-ci par-là : http://scientistswarning.forestry.oregonstate.edu/sites/sw/files/climate%20emergency%20Ripple%20et%20al%20%208-6-19.pdf.

A l’heure où j’écris cet article, il y a environ 8200 signataires de la lettre. Pour signer ou avoir plus d’informations, c’est par ici : http://scientistswarning.forestry.oregonstate.edu/

Avant tout, petit rappel de la situation

Nous parlons beaucoup du réchauffement climatique dans les médias, et tant mieux, même si ce qui est raconté n’est pas toujours exact. En effet, on confond encore beaucoup la météo et le climat : ce n’est pas parce qu’il fait froid à un endroit donné que le climat de la planète entière se refroidit, et inversement. Par exemple, nous avons eu en France un printemps plutôt froid, pourtant, à l’échelle de la planète, il a fait plus chaud que d’habitude comme le montre l’image ci-dessous : on voit qu’il a fait plus froid que d’habitude en Europe (carrés bleus clairs) alors qu’en moyenne, dans le reste du monde, on voit largement une dominance de carrés rouges (plus chaud que la normal) voire rouges foncés (records absolus de chaleur).

Source : NOAA https://www.ncdc.noaa.gov/sotc/global/201905

En fait, il vaut mieux parler de changement climatique plutôt que de réchauffement climatique car même si la température moyenne de la surface de la Terre (qui représente la partie émergée de l’iceberg, mesurable) a tendance à augmenter, il n’est pas dit que certaines régions ne se refroidissent pas. Par exemple, certains prétendent que le réchauffement des océans pourrait modifier les courants océaniques ce qui pourrait plonger l’Europe dans un climat bien plus froid qu’il ne l’est actuellement. En effet, Montréal est environ à la même latitude que Chambéry, ou Bordeaux, et il fait pourtant bien plus chauds chez nous qu’au Québec, c’est entre-autre grâce aux courant océaniques chauds qui remontent en Europe. Enfin, nous savons aussi (n’en déplaisent aux climato-sceptiques et autres complotistes en manque de plot twist) que l’activité humaine est responsable de ce changement brusque, notamment à cause des émissions de gaz à effet de serre (voir figure ci-dessous).

Les différents gaz à effet de serre et leur concentration dans l’atmosphère. Source : NOAA https://www.esrl.noaa.gov/gmd/aggi/aggi.fig2.png

Malheureusement, ce n’est pas l’unique problème auquel fait face la biosphère. En effet, nous sommes à l’origine de tout un tas d’autres impacts sur l’environnement dont certains ont été quantifiés par Steffen et son équipe en 2015 comme vous le voyez sur l’image ci-dessous issue de son article.

Steffen et al. 2015. Planetary Boundaries: Guiding human development on a changing planet. Science Vol. 347 no. 6223

Nous voyons ici plusieurs limites au-delà desquelles les cycles naturels et la biosphère seront altérés sans aucun possible retour en arrière. Lorsque la couleur est verte, il est encore possible d’inverser la tendance, en orange, on ne sait pas bien, et en orange foncé, il y a peu voire pas du tout de chances de pouvoir faire demie tour. Bon, il faut noter que plusieurs éléments n’ont pas encore été calculé pour l’ensemble du globe, et que l’étude commence doucement à dater, nous devrions aujourd’hui être un peu pire dans tous les domaines.

Néanmoins, vous pouvez remarquer que le changement climatique n’est a priori pas le pire problème auquel nous devons faire face : l’intégrité de la biosphère (qui inclue en gros le fonctionnement normal des écosystèmes et la biodiversité), les cycles des nutriments utilisés principalement en agriculture (surtout l’azote N et le phosphore P), ou bien la destruction et/ou le changement d’utilisation des terres naturels, semblent être des problématiques encore plus graves, comme quoi !

Focalisons-nous encore un peu sur le changement climatique, même si, vous le verrez, il paraît peu probable de réussir à contrer les effets du changement climatique sans profondément mettre en place des solutions pour tous les autres problèmes car leur cause est la même : notre mode de vie.

Voici quelques figures issues de cet article résumant les différents indices mesurés par plusieurs équipes de scientifiques à travers le monde et compilés par les auteurs

Rapidement, que voyons-nous ? La population humaine augmente (a) mais la fertilité baisse (beaucoup, b), le nombre de bêtes destinées à la consommation de viande augmente (c, d), la croissance se porte bien (e), la déforestation augmente extrêmement rapidement (f), la disparition de la forêt amazonienne qui avait tendance à baisser repart à la hausse depuis Bolsonaro (g), les consommations d’énergie augmentent (h), tout comme le trafique aérien (i) ou le CO2 (k); bref, je ne vais pas m’attarder sur les courbes représentant l’économie du carbone que je ne comprends pas bien et dont l’intérêt profond m’échappe.

Un autre tableau cette fois plus axé sur les impacts et mesures du changement climatique en passant par la température, la fonte des glaciers, l’acidification des océans, les événements climatiques extrêmes etc. La prochaine fois que vous voyez un climato-sceptique, vous avez au moins de quoi lui fournir des données 🙂

Bon, de toutes manières, si vous lisez cet article, vous savez probablement ce qu’il se passe, en gros. Les auteurs précisent quand même que tous ces changements semblent apparaître plus rapidement que l’on ne le pensait jusqu’à présent et même certaines prévisions de l’IPCC (du GIEC en français) se sont avérées en deçà des mesures des années suivantes. Les auteurs suggèrent donc 6 défis qu’il nous faut réussir si nous souhaitons endiguer le changement climatique et limiter les dégâts sur l’environnement. Je vais détailler un peu ces 6 grands axes en les précisant un peu plus qu’ils ne le sont dans l’article. Attention, il est très TRÈS idéaliste de penser que nous pouvons complètement inverser la tendance, le mal est déjà fait et l’idée est simplement d’éviter que ce soit pire. Les espèces disparues ne reviendront jamais peupler la Terre, les habitats détruits ou pollués ne pourront pas revenir à un état stable et diversifié dans un futur plus ou moins proche, la température va continuer de monter même si nous stoppons complètement les émissions de carbone à cause des « rétroactions positives » etc. Ce dernier terme barbare est très important pour comprendre le réchauffement climatique et désigne en fait l’emballement des systèmes. Par exemple, plus il fait chaud, plus les glaciers fondent, donc plus la surface des terres et des océans chauffent (effet d’albédo : une surface sombre chauffe alors qu’une surface claire comme les glaciers non), donc plus il fait chaud, donc plus les glaciers fondent etc. Plus il fait chaud, plus il fait chaud, en gros.

Les 6 challenges de l’humanité

Premier défi : l’énergie

Je ne vais pas m’attarder sur ce point car je ne le maîtrise pas bien, mais les auteurs signalent qu’il faut impérativement sortir des énergies fossiles (évidemment polluantes) pour mettre en place plus d’énergies « propres » que vous connaissez bien (éolien, hydroélectrique, même le nucléaire). Les auteurs précisent aussi que les pays riches et développés devraient financer et aider les pays plus pauvres qui dépendent encore plus des énergies fossiles.

Cela paraît tout de même utopique. Autant il serait vraisemblable de pouvoir créer de l’énergie « propre » pour une utilisation domestique de l’électricité (et encore !), autant il me paraît plus difficile à imaginer tous les transports aériens ou navals passer à l’électrique, énergie qui est difficile à produire et à conserver. De plus, il ne faut pas croire que les énergies « propres » le sont totalement et certains métaux utilisés dans les batteries électriques (Lithium par exemple) sont rares, non renouvelables et loin d’être recyclables à 100%. Enfin, il est souvent reproché aux énergies propres de dépendre des énergies fossiles pour concevoir leurs pièces détachés, à tord ou à raison car il est pour le moment difficile de concevoir quoi que ce soit sans consommer des énergies fossiles polluantes. Dans l’immédiat, la seule solution plausible reste d’utiliser moins d’énergie, de l’économiser, voire de taxer le carbone là où il est le plus émis (ou de proposer des alternatives !).

Deuxième défi : les polluants à courte durée de vie

Il s’agit là de limiter drastiquement les polluants qui ont une durée de vie courte afin de rapidement réduire le réchauffement climatique. Par exemple, les gaz cités dans l’étude sont le méthane, principalement rejeté par les animaux d’élevage et le protoxyde d’azote, rejeté par les engrais chimiques.

Et oui, les végans et végétariens ont raison, qu’on le veuille ou non. La consommation de viande industrielle est terrible pour l’environnement, pas géniale pour la santé et très discutable éthiquement (notamment si on pense aux conditions de vie des animaux) ! Mais concentrons-nous ici sur l’environnement et plus particulièrement sur l’agriculture, principalement responsable de l’émission de deux des plus importants gaz à effet de serre : le méthane (CH4) et le Protoxyde d’azote (N2O, et ce n’est pas drôle). Le méthane est quasiment exclusivement émis par les animaux d’élevage et possède un pouvoir d’effet de serre bien plus grand que le CO2 (environ 25 fois plus grand). De même, le protoxyde d’azote (Nitrous Oxide), qui possède un pouvoir chauffant 300 fois plus fort que le CO2, est émis par l’épandage d’engrais chimiques pour les cultures. Ces deux derniers gaz, présents en relative faible quantité dans l’atmosphère, ont pourtant un impact très fort sur le réchauffement climatique. En effet, alors qu’il y a environ 400 ppm (particules par million) de CO2 dans l’atmosphère, nous trouvons aussi 1.8 ppm de méthane et 0.330 de N2O. Grâce à un rapide et très simple calcul de maths, nous trouvons que le CO2 est donc responsable de 73% du réchauffement climatique, le N2O de 18% et le méthane de 8.5% (environ) (données = https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaz_%C3%A0_effet_de_serre et https://www.esrl.noaa.gov/gmd/ccgg/trends/#global )

Pour autant (et heureusement) le méthane et le N2O ont une durée de vie plutôt courte et sont généralement absorbés au bout d’une dizaine d’année pour le méthane et une centaine d’année pour le N2O. Le CO2 lui peut mettre plusieurs centaines, voire milliers d’année avant d’être absorbé, durée durant laquelle il continuera de chauffer l’atmosphère même si nous stoppons nette les émissions. Donc, si nous limitons drastiquement la consommation de viande industrielle (j’insiste sur le mot « industrielle ») et que nous arrêtons tous les engrais chimiques en agriculture, nous pourrions diminuer en quelques décennies le réchauffement d’environ 25% (environ 8% en 10-15 ans et le reste progressivement en une centaine d’année).

Cependant, comme vous le voyez dans le graphique ci-dessous, les émissions de CO2 sont actuellement énormes alors que c’est le gaz qui restera le plus longtemps dans l’atmosphère…

Source : IPCC 2014 https://www.ipcc.ch/report/ar5/wg3

Troisième défi : la nourriture

Je vous l’avais dit, toutes ces problématiques sont entremêlées et inter-dépendantes. Ici, les auteurs rappellent qu’une consommation moins importante de viande permettrait de réduire la quantité de bêtes en captivité et donc de réduire les émissions de gaz à effet de serre, et notamment le méthane comme expliqué juste au-dessus.

Selon la FAO, environ 75% des terres agricoles servent soit à faire paître les animaux, soit à cultiver de la nourriture pour nourrir ces mêmes animaux, qui sont responsables d’environ 15% des émissions de gaz à effet de serre (voir figure ci-dessus et figure ci-dessous). Vous voyez le tableau ? Cela signifie que seul un quart des terres agricoles produisent de la nourriture directement pour les humains. Alors bien sûr, il est possible de tordre un peu les chiffres dans tous les sens, il n’en est pas moins que l’effet des animaux destinés à la consommation sur l’environnement et le réchauffement est grand, et qu’il y a encore potentiellement de la place pour cultiver de la nourriture pour l’homme, même si la population continue d’augmenter.

source : https://ourworldindata.org/uploads/2013/11/Land-use-graphic-01.png

Avec la réduction des surfaces destinées au pâturage et de celles destinées à cultiver de la nourriture pour les animaux, nous pourrions donc augmenter la production de nourriture pour nous-même et renaturaliser des zones pour satisfaire le quatrième défi (sauver la biodiversité) et piéger le carbone atmosphérique. J’ajouterai quand même que nous gaspillons environ 1/3 de la nourriture produite, cela signifie qu’avec notre seule production actuelle, nous pourrions nourrir environ 10 milliards d’êtres humains si le gaspillage était nul. Si nous augmentons les surfaces de production pour nous-même (sans déforester, du coup) et que nous arrêtons le gaspillage, il y a ainsi la possibilité d’améliorer nos méthodes de production, d’accepter les pertes, ne pas baser toute l’agriculture sur le rendement et donc arrêter les intrants (engrais, pesticides) qui sont un désastre pour la biodiversité et qui participent directement aux émissions de N2O comme expliqué au point précédent. Il faut drastiquement changer le système agricole mondial, relocaliser la production et diversifier les cultures tout en laissant des zones plus ou moins naturelles afin d’améliorer la connectivité entre les habitats et servir de refuges pour la biodiversité.

Revoir ce système agricole est un défi immense mais les résultats sont plus qu’encourageants : baisse de 25% des émissions de gaz à effet de serre en quelques décennies (méthane, N2O), réduction du CO2 utilisé dans les transports de nourriture en mangeant local, réduction de la pollution aux plastiques car des fruits et légumes achetés chez le producteur n’ont pas besoin de protection plastique, support à la biodiversité en laissant des zones naturelles, en supprimant les intrants etc.

Quatrième défi : sauver la biodiversité

Il fallait bien en parler à un moment. Sans entrer dans les problèmes liés à la perte de la biodiversité qui ont déjà été largement développés dans la série de 3 articles « définition, menaces et protection de la biodiversité » (partie 1 : l’effondrement de la biodiversité ; partie 2 : les changements globaux et la biodiversité ; partie 3 : protéger la biodiversité au mieux), il est vrai que les plantes consomment du CO2 pour leur croissance. Donc, planter des arbres et restaurer des habitats naturels permettent directement de piéger du carbone. Néanmoins, quelques explications et précisions sont de mises.

Il y a quelques semaines, un (nouvel) article un peu sensationnel a fait le buzz dans les journaux et sur le net. Les collègues de l’université de Zurich ont publié un article appelé « The global tree restoration potential » où ils proposent de planter 500 milliards d’arbres supplémentaires, ce qui permettrait de palier à environ 25% du carbone présent dans l’atmosphère. Cette solution est extrêmement sexy et semble presque facile mais… Il y a plusieurs limitations. Tout d’abord, nous l’avons déjà vu dans un autre article publié récemment, des plantations d’arbres destinées à la consommation ne servent strictement à rien. Lorsque les arbres meurent et sont dégradés ou sont brûlés, le carbone qu’ils ont absorbé pour pousser est relâché dans l’atmosphère. Il faut donc des arbres vivants et en croissance pour stocker le carbone. Il faudrait donc laisser les forêts repousser naturellement ou reforester de manière intelligente pour ne pas condamner la biodiversité locale. Malheureusement, les plans de reforestations sont coûteux et souvent difficiles à mettre en place car les habitats sont tellement dégradés, que la forêt n’arrive plus naturellement à repousser. Enfin, et les auteurs le signalent, le changement climatique pourrait rendre certaines zones simplement inhabitables par les forêts, malgré tous les efforts du monde, car le climat n’est plus favorable à ce type de milieux.

Critiquer est facile mais ce défi est plus important qu’il n’y paraît car il permettrait de résoudre quasiment tous les problèmes environnementaux que nous avons vu au début de l’article. Si la renaturalisation des milieux est faite correctement (et c’est un grand « si »), cela permettrait de réduire les changements climatiques, d’aider la biodiversité, de relancer un minimum les cycles des nutriments et de restaurer des espaces dégradés. Ces 4 sujets représentent les plus gros problèmes auxquels la planète fait face. Plutôt que de planter des forêts à l’autre bout du monde pour cela, il vaut mieux remettre un peu de nature partout : dans les villes, les jardins, les champs etc. Nous parlons beaucoup des forêts mais les océans piègent la majeure partie du carbone (jusqu’à 80% sur le long terme) et il faut aussi s’assurer du bon fonctionnement de ses écosystèmes et limiter la pollution et la surpêche. Sur la terre, les zones humides piègent énormément de carbones et possèdent une biodiversité exceptionnelles, elles ont pourtant réduites de près 90% dans certains pays d’Europe au cours des derniers siècles…

Les forêts tropicales abritent une biodiversité exceptionnelle mais sont aujourd’hui la proie de la déforestation massive pour créer de nouvelles zones agricoles…. Principalement pour nourrir les bovins que nous mangerons par la suite.

Cinquième défi : l’économie

C’est un peu le nerf de la guerre. Les auteurs signalent que notre société et notre économie est basée sur la croissance, qui elle même est basée sur l’extraction de denrées, matériaux en tout genre et la surexploitation des ressources. Les objectifs ne devraient pas être calqués sur l’argent mais plutôt sur le bien être humain, environnemental et sur la réduction des inégalités.

Cela paraît très utopique mais pour autant ce n’est pas insensé. Le modèle économique actuel atteint ses limites et n’est plus aussi pertinent qu’il y a 50 ans. Malheureusement, la croissance est directement indexé sur le cours du pétrole et créer une économie indépendante des énergies fossiles semble pour le moment plutôt compliqué à imaginer. Néanmoins, abaisser son niveau de consommation est un excellent moyen pour lutter, à son échelle, contre ce problème !

Sixième défi : la population

Les auteurs finissent par ce défi, par ailleurs légèrement tendancieux mais nous y reviendrons, qu’est la stabilisation de la population mondiale. Ils rappellent qu’actuellement, la population d’humain augmente d’environ 200 000 nouvelles têtes par jour, soit 80 millions de personnes par an, environ. Limiter la population, c’est limiter la consommation de millions d’individus et donc limiter les émissions de gaz à effet de serre et les impacts sur la biodiversité.

Oui… et non. C’est vrai, mais un peu trop facile à mon sens car ce sont les pays les plus pauvres qui ont la plus grande natalité et c’est un peu dédouaner les pays riches et industrialisés que de rejeter la faute du réchauffement climatique sur la surpopulation uniquement. De plus, il est un peu trop simple de se dire que nous pourrions être 3 fois moins nombreux et continuer notre style de vie actuelle en polluant et en détruisant la biodiversité. Ce qu’il faut changer, c’est notre mode de vie dans sa globalité et non compter sur une baisse de la population.

De toutes manières, la baisse de la natalité va prendre du temps, il faut des connaissances, des infrastructures, de l’éducation etc. Nous ne pouvons de pas attendre trois ou quatre génération pour commencer à régler le problème du changement climatique. Enfin, si vous regardez les tableaux avec les courbes présentées plus haut, vous verrez que la fécondité moyenne est très basse et tend à baisser jusqu’à stabiliser la population mondiale dans quelques décennies.

En conclusion

C’était un long article ! Mais j’imagine qu’après avoir lu tout cela, vous vous rendez compte que les solutions existent, nous les connaissons, il suffit de les appliquer. Il est assez difficile de représenter clairement les problèmes auxquels nous faisons face car ils sont tous liés et il est un peu stupide, voire utopique, d’essayer de n’en traiter qu’un, ou deux, en espérant que tout va se calmer naturellement. Je trouve que la manière dont les auteurs ont présenté les différents défis est intéressante car en développant un tout petit peu, on peut voir tous les liens qui existent entre le changement climatique, la catastrophe écologique et nos modes de vie. Alors certes, certains pourront penser que le réchauffement climatique est trop médiatisé par rapport à d’autres urgences environnementales, mais cela peut aussi permettre à des personnes de s’intéresser à ces sujets.

Il est certain que la majorité des gros changements sociétaux que nous devons entreprendre concernent avant tout des décisions politiques, qui seront parfois restrictives voire impopulaires pour les particuliers ou les entreprises (taxer le carbone là où il est le plus émis ou créer des alternatives, limiter les importations de fruits et légumes hors saison, se priver de certains buisness, taxer les produits industriels venant de loin et au contraire subventionner les produits locaux etc.). Individuellement, cela signifie se priver d’un certain confort auquel nous avons été un peu trop habitué.

Il y a aussi tout un tas d’actions que l’on peut faire individuellement, pour aider et aller dans la bonne direction, parmi elles : manger moins de viande et exclusivement locale, faire attention à ce que l’on achète en général, revoir sa consommation et son mode de vie (voyages, téléphones, électricité etc.), arrêter le gaspillage alimentaire ou énergétique, réduire sa production de déchets (sachets plastiques, déchets compostables), et parler de tout cela à vos proches et à votre entourage ! Mais cela fera l’objet d’un prochain article sur le site …

N’oubliez pas de transférer la lettre aux chercheurs et étudiants de votre entourage et de la signer =)

Désolé pour le petit pavé et enjoy !

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Planter des arbres pour contrer le réchauffement climatique une fausse bonne idée ? Réactions à chaud


Je suis récemment tombé sur un article de journal en ligne que vous pouvez retrouver ici disant que l’Australie allait planter 1 milliard d’arbres d’ici à 2050 suite aux températures records enregistrées dans le pays durant leur été 2018-2019. L’article présente une photo d’illustration de plantation d’arbres et tous les internautes qui laissaient des commentaires semblaient ravis de cette décision. Il faut bien comprendre qu’une plantation d’arbres n’a, une nouvelle fois, rien de naturel et le but premier de cette opération est surtout de produire du bois quelques dizaines d’année après la plantation. Alors, bonne ou mauvaise idée ? Réel pas en avant contre les problèmes environnementaux ou green washing ?


Image illustrant l’article. © franckreporter pour Getty Images

Planter 1 milliard d’arbres d’ici à 2050 en Australie

1 milliard d’arbres, ça fait beaucoup, mais pas tant que ça lorsque l’on apprend qu’il y a 3.04 billons d’arbres sur la planète (je n’ai pas vérifié les chiffres cités dans les articles de journaux). Cela équivaut à 3000 milliards d’arbres, et si 1 milliard de secondes équivaut environ à 32 ans, 3000 milliards de secondes équivaut à 95 siècles, pour vous donner un ordre de grandeur. D’après les journaux, cette plantation permettrait d’absorber 18 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an, encore une fois, cela a l’air énorme. Mais il est également dit que l’Australie produit 500 millions de tonnes de CO2 par an. Cette « forêt », une fois plantée en 2050, absorbera 3.6% des émissions de CO2 de ce pays, si elles n’augmentent pas d’ici là. Pour rappel, en 2018, les émissions de CO2 ont été les plus hautes jamais enregistrées avec 37.1 milliards de tonnes. Cette plantation permettra donc d’absorber 0.05% des émissions mondiales, si elles se stabilisent. Bon, ce n’est pas une révolution en terme de climat à première vue mais regardons de plus près les avantages qu’offrent les arbres et les forêts.

Les arbres et leurs bienfaits

Les arbres ont pourtant énormément d’avantages et leur efficacité à lutter contre le réchauffement climatique n’est plus à prouver. Tout d’abord, les arbres réduisent la chaleur en ombrageant le sol. Cela a l’air de rien, pourtant l’impact des arbres en région urbaine est immense car ils luttent contre les ilots de chaleur des zones très goudronnées qui absorbent l’énergie solaire et la restituent pendant la nuit. Ce mécanisme est aussi à l’œuvre dans la nature. De plus, les arbres possédant certaines propriétés dépolluantes sont d’autant plus appréciés en ville.

Comme toutes les plantes, les arbres transpirent via leurs feuilles et ce phénomène, ajouté à l’ombrage qu’ils génèrent, permet de garder une certaine humidité à leur base. C’est pour cela qu’il fait humide en forêt, le soleil étant filtré par la couronne des arbres l’eau s’évapore moins vite. Cela permet l’implantation de tout un tas d’espèces qui poussent à même l’écorce comme des mousses ou des lichens, mais ils servent aussi d’habitat ou d’aires de repos pour des insectes, des pollinisateurs, des oiseaux etc.

Enfin, les arbres font de la photosynthèse. Ils captent donc le carbone atmosphérique et rejettent du dioxygène, que nous respirons. Ce carbone est stocké dans les tissus de la plante et lui permet de grandir. Tant qu’elle grandit, elle stocke du carbone puisé dans l’atmosphère pour créer de nouvelles feuilles/branches, en revanche, quand elle meurt et qu’elle est dégradée ou brûlée, ce carbone repart dans l’atmosphère !

La plantation d’arbres, une solution?

Mais alors, si les arbres ont autant de bienfaits et de bénéfices pour lutter contre le réchauffement climatique, pourquoi cette plantation serait une mauvaise idée ?

Et bien encore une fois, on parle bien d’une « plantation » d’arbres et non d’une « reforestation » naturelle des écosystèmes. Une plantation de deux-trois espèces productives (peut être même exotiques!), bien rangées en ligne et organisées en carrés kilométriques afin de faciliter les traitements, les entretiens et la coupe lorsqu’ils seront jugés plus assez productifs, ce n’est pas une reforestation écologique d’un habitat naturel ! En fait, cela ressemble beaucoup plus à un champ de blé en monoculture qu’à une forêt naturelle. Et nous avons déjà vu plusieurs fois dans les articles publiés sur ce site que les grands champs en monoculture représentent un désastre écologique.

En effet, ce type de plantation sera entretenue, très probablement taillée, et traitée pour éviter les parasites et les maladies qui prolifèrent dans les milieux où la biodiversité est très faible. Cela devrait donc engendrer un bon paquet de pollution… Une forêt naturelle comporte des dizaines d’espèces d’arbres différents, des arbustes et des petites plantes poussant à même le sol, on appelle ça des « strates » de végétation. Plus il y a d’espèces différentes, plus des insectes et d’autres animaux pourront venir trouver refuge ou se nourrir des espèces qui y vivent, et donc plus la biodiversité sera élevée et l’écosystème résilient.

Cette plantation n’a donc rien de naturel et même s’il y aura un effet positif sur le captage du carbone et sur le réchauffement climatique (minime, mais positif), l’effet sur la biodiversité sera nulle voire négatif, suivant les pratiques employées (pesticides, entretiens intempestifs, introduction d’espèces exotiques potentiellement invasives etc.).

En conclusion

Nous avons là une bonne nouvelle mais à relativiser avec les urgences actuelles. Le réchauffement climatique est terrible, mais la perte en biodiversité est bien plus inquiétante et urgente comme vous pouvez le voir dans le schémas ci-dessous ! Les autorités pourraient mettre en place une reforestation plus naturelle (bien que le terme même de « reforestation » signifie déjà une intervention de l’homme qui reste discutable), où l’on planterait des espèces locales un peu aléatoirement et où on laisserait l’écosystème se mettre en place doucement, en laissant passer les différentes étapes de la succession écologique et sans vouloir impérativement des retombées économiques à court terme à la clé. Couper des arbres exploités au bout de 30 ans de croissance pour les vendre, ça rapporte de l’argent, c’est certain. Mais combien la perte de biodiversité et le changement climatique va coûter dans le futur si nous ne faisons rien aujourd’hui ? Ce genre de mesure complète permettrait de lutter à la fois contre le réchauffement climatique mais aussi contre la perte en biodiversité ! Pourquoi vouloir lutter (mal) contre l’un et sacrifier l’autre alors que les deux sont plus que compatibles ?


Planetary boundaries according to Rockström et al. 2009 and Steffen et al. 2015.[

Il faut rester attentif à ce type de « green washing » et bien comprendre tous les enjeux de la situation. Bien évidemment, planter des arbres, c’est mieux que de ne rien faire, c’est certain. Mais planter des arbres, qui vont puiser du CO2 dans l’atmosphère en le stockant, pour ensuite les bruler (bois de chauffe, industrie en tout genre etc.) et relâcher le CO2 qui a été capté pendant les décennies où ils ont poussé, ça n’a aucun sens et ça ne fait pas beaucoup avancer le problème (je ne sais pas ce que compte faire l’Australie de ce bois, ce n’est qu’un exemple pour montrer qu’il faut rester attentif). Si nous souhaitons réellement contrer la perte de biodiversité et le réchauffement climatique il faut entreprendre des actions beaucoup plus ambitieuses et intelligentes que celle-là. Encore une fois, des solutions existent, il faut juste que les décideurs aient la volonté de les mettre en pratique.

Quelques articles pour terminer

Définition, menaces et protection de la Biodiversité- Partie 1 : COMPRENDRE LA BIODIVERSITÉ ET SON EFFONDREMENT

Ces derniers temps, nous entendons beaucoup parler du réchauffement/changement climatique et cela est en partie dû au fait que les prévisions scientifiques des dernières décennies sont en train de se réaliser, et d’une manière bien plus intense et grave que ce qui avait été imaginé. Malheureusement, ce n’est pas le seul problème auquel nous devons faire face, la pollution, la fragmentation des aires naturelles et l’effondrement global de la biodiversité représentent aussi des problèmes majeurs. Si les espèces disparaissent, on peut penser qu’il suffit de les protéger et que tout ira bien. Est-ce aussi simple que ça ?

Je vous propose ici un nouvel article de vulgarisation sur la biodiversité et sa protection articulé en 3 parties car l’ensemble était un peu long pour être publié en un coup. La première partie traite des problèmes liés à l’effondrement de la biodiversité à différents niveaux pour bien comprendre les liens entre la diversité génétique, des espèces et des paysages. La seconde partie fait un résumé sur les changements globaux actuels (changement climatique, pollution, fragmentation etc.) qui impactent la biodiversité à tous les niveaux. Enfin la troisième et dernière partie résume les solutions existantes basées sur les travaux de recherche pour protéger au mieux la biodiversité à tous les niveaux et en prenant en compte les changements globaux.

Lire la PARTIE 1 : COMPRENDRE LA BIODIVERSITÉ ET SON EFFONDREMENT

Lire la PARTIE 2 : LES CHANGEMENTS GLOBAUX ET LEURS IMPACTS SUR LA BIODIVERSITÉ

Lire la PARTIE 3 : COMMENT PROTÉGER AU MIEUX LA BIODIVERSITÉ ?



 

COMPRENDRE LA BIODIVERSITÉ ET SON EFFONDREMENT 

 

Biodiversité

Les forêts tropicales abritent une biodiversité exceptionnelle

Posons le problème

Nous savons que la biodiversité s’effondre partout sur la Terre, pour diverses raisons : le changement climatique évidemment, la pollution matérielle (plastique), chimique (intrants), lumineuse représente un autre acteur important, la réduction considérable et alarmante des espaces naturelles (exploitation des ressources et étalement des villes) et enfin leur fragmentation. Avant de revenir plus en détails sur ces points que l’on regroupe sous le terme de « changements globaux » dans la partie 2, qu’est ce que ça signifie que la « biodiversité » diminue ?

La biodiversité représente, comme son nom l’indique, la diversité du vivant. C’est à dire la diversité des gênes dans un individu (allèles, résistance génétique etc.), des individus dans une espèce (la diversité des couleurs de peau de l’espèce humaine est un bon exemple), des espèces dans un habitat (nombre d’espèces dans une forêt, une prairie, une rivière etc.), mais aussi des habitats dans un écosystème global, une région, un pays etc. Et bien la biodiversité diminue dans chacun des niveaux présentés car ils sont tous interconnectés et la diminution de l’un provoque irrémédiablement la diminution des autres.

 

La diversité génétique

Au niveau génétique les espèces s’appauvrissent, et nous parlons bien ici des espèces sauvages et non pas des espèces sélectionnées et cultivées qui ont pour la plupart un génome identique les unes avec les autres. En effet, les champs de maïs, de blé ou de colza ont généralement une diversité génétique égale à …. 0 ! Toutes les plantes sont des clones, à peu de choses prêts. Pourquoi cela pose-t-il problème ? Après tout, ces variétés ont été sélectionnées pour leur résistance et leur production. Et bien si un insecte ravageur venu de contrées lointaines, ou une maladie qui s’attaque aux cultures se déclare, l’entièreté de la production sera atteinte. Si la diversité génétique est grande, il y a tout un panel de résistance au sein de la population et certains individus, plus costauds car ils possèdent des allèles de résistance, pourront s’en sortir. Nous n’attrapons pas tous la grippe en hiver, alors que si nous étions des clones avec un patrimoine génétique identique, tout le monde attraperait la grippe en même temps car nous avons exactement les mêmes forces et faiblesses dans notre génome. Cet exemple est très vulgarisé mais ici, c’est le même principe.

Donc nous voyons bien combien il est important de garder une diversité génétique au niveau le plus élevé possible. Mais, les habitats naturels étant toujours plus petits et isolés les uns des autres, cette diversité s’effondre dans la nature. Le problème, c’est que le changement climatique et les grandes voies de transports internationales entraînent un nombre incalculable d’invasion de ravageurs comme par exemple, récemment, la pyrale du buis dont mes plantes carnivores se sont d’ailleurs gavées. Les buis dans la nature ont été ravagés en 2 – 3 saisons à peine, imaginez s’il arrive la même chose aux cultures ?

Chaque plant de blé de ce champs est exactement la copie conforme de son voisin. La faible diversité génétique des cultures pose aujourd’hui problème. Source : http://1.bp.blogspot.com

 

La diversité individuelle

Au niveau des individus, les populations (regroupement d’individus) de quasiment toutes les espèces du monde sont en train de s’effondrer. Nous avons récemment entendu parlé de chiffres du WWF estimant que 60% des individus sur la planète sont morts depuis les années 70. Cela signifie que plus de la moitié de tous les animaux de la planète sont morts en moins de 50 ans. De même, pas loin de 80% des insectes ont disparus en 30 ans en Europe et si vous y pensez bien, il y avait beaucoup plus de bestioles quand nous étions enfant qu’aujourd’hui.

Mise à part le côté éthique du problème, car disons le clairement, tout ceci est de notre faute, ce « génocide écologique » ou « anéantissement biologique » ne présage rien de bon. Cela entraîne une baisse de la diversité génétique comme expliqué précédemment pour une raison simple. Prenez deux aquariums de même taille et mettez dans le premier 3 couples de poissons et dans le second 15 couples de la même espèce. Vous verrez qu’au bout de quelques générations, les descendants des poissons du premier aquarium seront totalement déformés à cause de la consanguinité. Dans la nature c’est à peu près la même chose qui se produit ! Si les individus ne sont pas assez nombreux ET différents d’un point de vue génétique, peu importe la protection que l’on mettra en place, l’espèce est déjà éteinte d’avance. Même s’il reste encore plusieurs individus, ça ne fonctionnera pas sur le long terme, c’est certain. Certaines espèces qui peuplent encore notre planète sont pourtant déjà considérées comme « éteintes » car il n’y a aucune chance que les générations futures puissent survivre avec une diversité génétique et un nombre d’individus aussi faible.

Nous avons malheureusement eu l’expérience médiatique de la mort du dernier mâle rhinocéros blanc (Ceratotherium simum B.) en Mars dernier emportant avec lui toutes chances de survie de son espèce (de sa sous espèce en fait). En réalité, les scientifiques savaient déjà que l’espèce était condamnée puisqu’il ne restait pas assez d’individus pour sa survie sur le long terme, le combat était donc perdu d’avance. Des dizaines voire des centaines d’autres espèces seraient elles aussi déjà condamnées à l’extinction.

Il ne reste plus que 7 000 guépards dans le monde.

Le guépard est une autre espèce qui semble condamnée à l’extinction. Image : Le Monde.

Pour aller plus loin sur cette thématique :

https://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2017/07/10/la-sixieme-extinction-de-masse-des-animaux-s-accelere-de-maniere-dramatique_5158718_1652692.html

https://www.wwf.fr/vous-informer/actualites/rapport-planete-vivante-2018

 

La diversité spécifique

La diversité des espèces est peut être l’aspect le plus documenté et le plus vulgarisé : nous savons tous que les espèces disparaissent. Lorsqu’une espèce a disparu, il faut bien se rendre compte qu’elle n’existe plus, nulle part. Toutes les espèces ne sont pas sensibles de la même manière aux changements globaux et, alors que certaines d’entre-elles vont prospérer dans leurs nouvelles conditions, d’autres, au contraire risquent gros. Nous pouvons lister les caractéristiques qui augmentent naturellement la vulnérabilité de certains groupes aux changements globaux

Tout d’abord, il faut savoir que le nombre d’individu et la rareté naturelle d’une espèce sont des caractéristiques intrinsèques. Par exemple, les fourmis sont globalement très abondantes alors que les éléphants sont rares, cela a toujours été le cas. Certains félins paraissent même invisibles tellement ils sont rares et peu observés : les chats forestiers ou les lynx chez nous, le puma en Amérique etc. Par conséquent, les espèces dont les individus sont peu nombreux de manière naturelle sont beaucoup plus vulnérables aux changements globaux.

En simplifiant au maximum, nous pourrions dire qu’il existe deux stratégies de vie. Les espèces généralistes qui peuvent survivre un peu partout dans un panel de conditions très variables (les mammifères en général dont nous, humains, mais aussi les pissenlits par exemple) et des espèces très spécialisées et très dépendantes de leur milieu dont elles sont adaptées à l’extrême. Par exemple, les plantes qui ne vivent que dans les tourbières (les plantes carnivores) sont incapables de pousser ailleurs, et de manière générale, toutes les espèces inféodées aux zones humides, marais et tourbières, sont parmi les plus menacées par un réchauffement climatique et une réduction des précipitations.

Les top prédateurs sont aussi extrêmement vulnérables car ils dépendent, pour leur survie, de la survie de dizaines, voire centaines d’espèces. Le plus connu des top-prédateur est le loup, et mise à part le fait qu’il est régulièrement chassé pour des raisons totalement obscures et insensées, il a besoin de la survie de ses proies pour sa propre survie, mais prenons plutôt l’exemple du renard. Imaginons que le renard chasse un serpent, il a donc besoin de cette espèce pour sa survie. Mais le serpent se nourrit d’espèces de rongeurs, qui eux-mêmes se nourrissent de graines, qui elles-mêmes sont produites par des plantes qui ont besoin d’insectes pollinisateurs etc. Si un des maillons de la chaîne disparaît, tout ce qui suit disparaît aussi. Par conséquent, les top prédateurs, ceux en haut de la chaîne, sont les plus vulnérables.

Exemple de chaîne trophique terrestre. Source : https://lewebpedagogique.com

 

Pour terminer le volet « espèce » de la biodiversité, nous pouvons aussi signaler que les espèces très dépendantes d’autres espèces sont aussi plus vulnérables que les autres car la disparition de l’une entraîne irrémédiablement la disparition de l’autre. Certaines orchidées par exemple dépendent d’une seule et unique espèce d’abeille sauvage pour la pollinisation et de certains champignons pour la germination des graines. Si l’une ou l’autre venait à disparaître, l’orchidée disparaîtrait aussi. Cela n’est pas qu’une théorie et il existe aujourd’hui des vestiges d’espèces vouées à l’extinction. Pour faire écho à ce qui était dit plus haut, certains arbres, notamment tropicaux, peuvent être considérés comme « éteints » même s’il reste encore quelques très vieux individus qui ne peuvent plus se reproduire car leur disperseur a disparu. En effet, ils ont évolué pour fabriquer de gros fruits dont les graines doivent absolument passer par le tube digestif d’un animal massif aujourd’hui disparu. Et bien ces arbres continuent leur croissance sans pour autant renouveler leur descendance. Ils sont donc vivants, mais l’espèce, elle, est déjà éteinte.

Une courte vidéo pour vous montrer des exemples d’espèces disparues récemment à cause de l’Homme.

 

Diversité des habitats

La diversité des milieux naturels diminue aussi à une vitesse vertigineuse. Il existe de moins en moins de zones humides et il n’existe quasiment plus de forêts « naturels » en Europe. En effet, l’idée générale que nous avons des forêts est un espace très naturel ou la vie prolifère, mais il n’en est rien ! La majorité des forêts sont entretenues pour produire du bois et ne sont en aucun cas un espace ou la nature s’exprime. Elles ressemblent plus à un champs cultivé qu’à un espace naturel finalement. Une forêt « naturelle » doit être désordonnées, avec tout un tas de bois morts, plusieurs strates de végétation, de très vieux arbres aux troncs gigantesques, et surtout beaucoup d’animaux, de bruits d’oiseaux et de traces de bestioles en tout genre. Vous conviendrez qu’il n’en est rien aujourd’hui, les forêts sont en fait des plantations d’arbres.

Le film français « LE TEMPS DES FORÊTS » actuellement au cinéma résume justement ce constat, voici une bande annonce.

 

Un autre paysage qui nous semble naturel mais qui ne l’est, pour le coup, vraiment pas, ce sont les zones agricoles. En France, nous sommes parmi les pays qui produisons le plus de denrées alimentaires et si vous regardez un peu le paysage en dehors des villes… On ne voit que des champs, des champs cultivés. Si vous prenez l’avion ou le train entre Lyon et Paris, vous ne verrez que des champs à perte de vue sur des centaines de kilomètres. L’agriculture n’a aujourd’hui absolument rien de naturelle, comme dit précédemment, les variétés plantées ont une diversité génétique quasiment inexistante, elles sont entretenues, les « mauvaises herbes » – qui sont en fait les espèces « naturelles » – sont éliminées à coup d’herbicides, les insectes – encore une fois des espèces naturelles – sont éliminés à coup d’insecticides, les sols sont gavés aux engrais si bien que plus rien n’arrive à pousser naturellement après quelques décennies… Inutile donc de préciser que le modèle agricole actuel est un désastre environnemental et participe directement à la disparition des habitats (pour les convertir en culture, au même titre que la déforestation pour cultiver de l’huile de palme), mais aussi la disparition des espèces qui n’ont plus d’espaces naturelles pour vivre et des individus qui meurent à cause de la pollution chimique.

Les aires vraiment naturelles restantes sont généralement de petites tailles et isolées, un peu partout sur le territoire, ne permettant pas la circulation des individus et ne pouvant pas supporter de grandes populations d’espèces.

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Vaste étendue naturelle, non entrenue, à la transition entre les Andes et la forêt amazonienne en Bolivie

 

Maintenant que nous avons vu les différents niveaux de la biodiversité, voyons plus en détails comment les changements globaux impactent chacun de ces niveaux. ALLER A LA PARTIE 2

Et si vous voulez voir à quoi ressemble les espèces menacées (et pas seulement l’ours blanc et le guépard…) c’est par ici :

http://www.thinkinghumanity.com/2018/07/photographer-spends-years-capturing-endangered-animals-the-extraordinary-photos-broke-our-hearts.html?m=1

Vous remarquerez qu’à ce moment, le dernier mâle Rhinocéros blanc était encore vivant.

 

Enjoy !

Définition, menaces et protection de la Biodiversité- Partie 2 : LES CHANGEMENTS GLOBAUX ET LEURS IMPACTS SUR LA BIODIVERSITÉ

Ces derniers temps, nous entendons beaucoup parler du réchauffement/changement climatique et cela est en partie dû au fait que les prévisions scientifiques des dernières décennies sont en train de se réaliser, et d’une manière bien plus intense et grave que ce qui avait été imaginé. Malheureusement, ce n’est pas le seul problème auquel nous devons faire face, la pollution, la fragmentation des aires naturelles et l’effondrement global de la biodiversité représentent aussi des problèmes majeurs. Si les espèces disparaissent, on peut penser qu’il suffit de les protéger et que tout ira bien. Est-ce aussi simple que ça ?

Je vous propose ici un nouvel article de vulgarisation sur la biodiversité et sa protection articulé en 3 parties car l’ensemble était un peu long pour être publié en un coup. La première partie traite des problèmes liés à l’effondrement de la biodiversité à différents niveaux pour bien comprendre les liens entre la diversité génétique, des espèces et des paysages. La seconde partie fait un résumé sur les changements globaux actuels (changement climatique, pollution, fragmentation etc.) qui impactent la biodiversité à tous les niveaux. Enfin la troisième et dernière partie résume les solutions existantes basées sur les travaux de recherche pour protéger au mieux la biodiversité à tous les niveaux et en prenant en compte les changements globaux.

Lire la PARTIE 1 : COMPRENDRE LA BIODIVERSITÉ ET SON EFFONDREMENT

Lire la PARTIE 2 : LES CHANGEMENTS GLOBAUX ET LEURS IMPACTS SUR LA BIODIVERSITÉ

Lire la PARTIE 3 : COMMENT PROTÉGER AU MIEUX LA BIODIVERSITÉ ?



 

LES CHANGEMENTS GLOBAUX ET LEURS IMPACTS SUR LA BIODIVERSITÉ

 

Ce type de paysage est totalement imperméable à la vie sauvage. source : reporterre.net

 

La première partie dépeint la triste réalité actuelle de l’état de la biodiversité de manière générale et vulgarisée. Elle représente le contexte des études scientifiques des écologues et biologistes de la conservation. Vous trouvez ça triste ? Alors accrochez-vous car ce qui suit est encore plus désespérant.

Inutile de repréciser que les changements globaux et la perte de biodiversité sont expliqués à 99% par les activités humaines, le petit pourcentage restant représentant des variations naturelles des populations et du climat. Il n’y a donc plus aucun doute là-dessus et nous ne reviendrons pas sur ce constat. Nous allons plutôt nous demander comment ces changements globaux vont impacter la biodiversité dans le futur ? Nous aborderons rapidement les différentes pollutions déjà évoquées dans la partie précédente, la fragmentation des habitats et enfin le changement climatique.

Une nouvelle bactérie mangeuse de plastique, solution ...

La pollution au plastique pose des problèmes terribles pour les animaux marins qui meurent étouffés par une ingestion trop importante de plastique. On en retrouve régulièrement plusieurs dizaines de kilogrammes dans les estomac des cétacés retrouvés échoués sur des plages. Source : francetvinfo.fr

 

Les pollutions

Les pollutions proviennent de l’industrialisation, de l’agriculture, de nos modes de consommation et de notre société de manière générale. Nous ne reviendrons pas non plus sur le fait que le rejet de CO2 participe énormément au réchauffement climatique, nous sommes tous assez au courant de cette situation, et que le plastique qui se retrouve dans les océans (et jusque dans nos selles !!) tuent des individus. Nous allons nous attarder plus longtemps sur la pollution chimique due à l’agriculture.

Les intrants regroupent toutes les substances chimiques apportées aux cultures dans le but de favoriser la croissance des plantes cultivées (engrais) et d’empêcher les « mauvaises herbes » (herbicides), les parasites (insecticides) et les maladies (fongicides). Ces 2 dernières familles de substances chimiques sont regroupées sous le terme de « pesticide ».

Les pesticides et herbicides qui sont aspergés dans les grandes cultures ruissellent malheureusement jusque dans les cours d’eau où ils tuent les insectes et les plantes loin des cultures. Mais ce n’est pas tout. Certains ravageurs des cultures et autres « mauvaises herbes » commencent à acquérir des résistances aux diverses substances, il faut donc constamment augmenter les doses et changer les molécules ce qui augmente considérablement les effets néfastes sur le reste de la biosphère (du vivant). Ne parlons même pas des petits insectes et animaux qui vivent dans la terre, sous les cultures et dont le rôle naturelle est de transformer les déchets organiques en engrais (ex : les lombrics).

Le problème est qu’au bout d’un certain temps, même les plantes cultivées commencent à souffrir de toutes ces molécules et c’est en partie pourquoi les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) ont fait leur apparition : pour pouvoir augmenter au maximum les doses d’herbicides sans que les plantes cultivées n’en pâtissent. Vous comprenez bien ici que c’est une fausse solution (tout comme l’importation d’huile de palme pour fabriquer du « bio » carburant, ah !). La seule solution viable est l’arrêt définitif des intrants pour que les mécanismes naturels puissent fonctionner de nouveau.

Les engrais apportent aussi leur lot de problèmes et étant donné la disparition des organismes dont le rôle « naturel », ou la fonction, est de dégrader la matière organique pour la transformer en engrais, les cycles naturels des nutriments sont rompus et les doses d’engrais chimiques ajoutés sont toujours plus importantes. Du coup, à trop vouloir ajouter des engrais pour favoriser la croissance des plantes cultivées, les écosystèmes perdent leurs fonctions naturelles de recyclage des déchets organiques et donc, il faut ajouter encore plus d’engrais pour palier à ce manque.

Les plantes utilisent le soleil et le CO2 pour fabriquer leur énergie mais elles ont aussi besoin de « nourriture » (les nutriments) afin de croître, et cette nourriture se trouve dans la terre. Les espèces naturellement présentes n’arrivent plus à se développer à proximité des milieux agricoles bourrés d’engrais car ces conditions favorisent la colonisation de quelques espèces nitrophiles (qui aiment les milieux riches) au détriment des autres. Les prairies « naturelles » (si tenté qu’elles existent encore) sont généralement très pauvres en nutriment. Vu que les ressources sont limitées, aucune espèce n’est assez compétitive pour entièrement coloniser le milieu et il y a donc de la place pour la coexistence d’une multitude d’espèces.

Une prairie est pauvre en nutriment, ce qui favorise la cohabitation de nombreuses espèces. Source : InfoFlora

 

Enfin, les engrais ruissellent jusque dans les lacs et les rivières et un phénomène bien connu s’en suit : l’eutrophisation. Cela signifie qu’il y a tellement de nutriments dans ces milieux que l’équilibre chimique globale change, les algues se développent de manière incontrôlée étouffant les autres organismes, la disponibilité en oxygène chute et la vie dans le point d’eau finit par mourir. Il faut donc à tous prix s’opposer aux produits provenant de l’agriculture industrielle et se rabattre vers des méthodes plus respectueuses de l’environnement !

Vous étiez peut être au courant de ces problématiques mais avez-vous entendu parlé de la pollution sonore et lumineuse ? Ces autres types de pollution posent aussi des problèmes pour les animaux nocturnes. Les chauve-souris par exemple ne peuvent pas circuler à travers les villes à cause de la quantité de lumière produite et bon nombre d’animaux ne s’aventurent pas proche des villes à cause du bruit qu’elles engendrent.

Schéma résumant l’eutrophisation des milieux aquatiques. Source : aquagreen-tech.com

 

La fragmentation

La fragmentation des habitats est un autre problème qui n’est pas prêt de disparaître. Cela représente l’isolation des habitats naturels et leur remplacement par des voies de communication, des cultures, des villages etc. Si les habitats sont isolés, les espèces ne peuvent plus circuler d’un habitat à l’autre et donc ne peuvent plus se reproduire avec des individus génétiquement différents. Nous avons vu dans la première partie que la perte de diversité génétique était une des principales et des plus graves conséquences de la perte de biodiversité. Elle est en partie expliquée par la fragmentation.

Pour bien comprendre la fragmentation, il faut comprendre la notion de « barrière écologique ». Une chaîne de montagne représente une barrière écologique pour beaucoup d’espèces qui ne peuvent pas passer d’un côté à l’autre. Mais aujourd’hui, les voies de communications comme les routes, les autoroutes, les voies de chemins de fer et même nos zones agricoles peuvent être des barrières écologiques pour certains animaux. Quelques exemples : les clôtures/grillages en zones agricoles représentent des barrières infranchissables pour les cerfs, de même que la pollution agricole, les trottoirs et les routes le sont pour les hérissons,  n’importe quelle zone un peu sèche peu l’être pour un amphibien etc.

Lorsqu’une route passe au milieu d’une forêt, cela fragmente le milieu « naturel » (difficile de ne plus mettre des guillemets) et réduit la part du milieu utilisée par les animaux. Pourquoi ? A cause notamment de l’effet de lisière et du bruit. L’effet lisière représente la transition progressive entre deux milieux. Cela signifie que la part de forêt à proximité d’éléments non naturels (route, cultures, village etc.) n’est pas aussi habitable par les espèces que les zones au cœur de la forêt, loin de notre société. Il faut donc laisser de la place aux zones naturelles et les connecter entre-elle pour éviter la chute de la diversité génétique.

Schéma illustrant la disparition des espèces qui vivent au cœur des habitats naturels à cause de la fragmentation de cet habitat. Source : rapport sur les continuités écologiques de l’Isère.

 

Le changement climatique

Je ne vais pas m’attarder très longtemps sur le changement climatique car vous trouverez d’autres articles sur le site traitant du sujet (voir en bas de page). Néanmoins, rappelez-vous que cette année 2018 marque encore pas mal de records, notamment en Europe et en France : les canicules de cet été ont été parmi les chaudes jamais enregistrées, 50 départements étaient encore en alerte hydrique fin octobre, les rivières sont sèches (même le Danube s’assèche !), les lacs sont à un niveau incroyablement bas car peu alimentés par les rivières, il n’a quasiment pas plu dans certaines zones depuis le début de l’été et enfin, nous observons des cyclones se former dans la méditerranée, poétiquement appelés « medicane » (méditerranée + hurricane).

Ces phénomènes sont de plus en plus courants ces 10 dernières années et nous nous sommes déjà presque habitué à régulièrement exploser tous les records de températures et de sécheresse. Le futur s’annonce sombre car le changement climatique entraîne une augmentation très significative des événements catastrophiques tel que les inondations (aussi causées par la perte d’habitat naturel et notamment des forêts normalement capables d’absorber l’eau), les tempêtes, les sécheresses et les canicules.

Inutile de préciser que toutes les espèces non acclimatées à ces nouvelles conditions vont irrémédiablement disparaître. Les animaux qui sont capables de bouger pour trouver des conditions plus clémentes ne pourront le faire que si le milieux n’est pas trop fragmenté et permet donc la connexion entre les habitats naturels.

Pour aller plus loin sur les derniers résultats concernant les impacts du changement climatique et surtout notre capacité à agir ou non, je vous conseille vivement de jeter un coup d’œil au dernier rapport du GIEC sorti il y a quelques semaines et qui dresse un tableau pour le moins alarmant de la situation.

Article de vulgarisation et résumé du rapport du GIEC : http://www.climat.be/fr-be/changements-climatiques/les-rapports-du-giec/2018-rapport-special

Rapport du GIEC à destination des décideurs politiques (résumé et vulgarisé) : https://www.climat.be/files/4115/3900/0027/181008_IPCC_sr15_spm.pdf

 

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Risques liés au changement climatique selon le dernier rapport du GIEC

 

Cet article est maintenant terminé et je vous invite à aller lire la troisième et dernière partie de cet ensemble d’article qui vise plus concrètement les méthodes de protection de l’environnement.

 

Voici quelques liens pour aller plus loin :

Le résumé de la 6e plenary de l’IPBES qui a eu lieu en Mars dernier concernant la chute de la biodiversité et les services écosystémiques : https://www.ipbes.net/system/tdf/ipbes-6-15-add.5_spm_ldr_french.pdf?file=1&type=node&id=28888

D’autres article du site sur la biodiversité et le changement climatique :

Un rapide topo des preuves et conséquences du changement climatique 

L’Agriculture, bilan actuel et perspectives

Changement climatique, retour sur l’année 2016

La biodiversité va mal, en quoi cela nous concerne ?

 

Enjoy !

Définition, menaces et protection de la Biodiversité- Partie 3 : COMMENT PROTÉGER AU MIEUX LA BIODIVERSITÉ ?

Ces derniers temps, nous entendons beaucoup parler du réchauffement/changement climatique et cela est en partie dû au fait que les prévisions scientifiques des dernières décennies sont en train de se réaliser, et d’une manière bien plus intense et grave que ce qui avait été imaginé. Malheureusement, ce n’est pas le seul problème auquel nous devons faire face, la pollution, la fragmentation des aires naturelles et l’effondrement global de la biodiversité représentent aussi des problèmes majeurs. Si les espèces disparaissent, on peut penser qu’il suffit de les protéger et que tout ira bien. Est-ce aussi simple que ça ?

Je vous propose ici un nouvel article de vulgarisation sur la biodiversité et sa protection articulé en 3 parties car l’ensemble était un peu long pour être publié en un coup. La première partie traite des problèmes liés à l’effondrement de la biodiversité à différents niveaux pour bien comprendre les liens entre la diversité génétique, des espèces et des paysages. La seconde partie fait un résumé sur les changements globaux actuels (changement climatique, pollution, fragmentation etc.) qui impactent la biodiversité à tous les niveaux. Enfin la troisième et dernière partie résume les solutions existantes basées sur les travaux de recherche pour protéger au mieux la biodiversité à tous les niveaux et en prenant en compte les changements globaux.

Lire la PARTIE 1 : COMPRENDRE LA BIODIVERSITÉ ET SON EFFONDREMENT

Lire la PARTIE 2 : LES CHANGEMENTS GLOBAUX ET LEURS IMPACTS SUR LA BIODIVERSITÉ

Lire la PARTIE 3 : COMMENT PROTÉGER AU MIEUX LA BIODIVERSITÉ ?



 

COMMENT PROTÉGER AU MIEUX LA BIODIVERSITÉ ?

 

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Les réserves naturelles sont très importantes pour la biodiversité

 

Un peu de contexte

Nous l’avons vu dans les parties précédentes, la biodiversité est impactée à tous les niveaux par les changements globaux et l’avenir ne présage rien de bon. Le réchauffement climatique va de toutes manières continuer pendant plusieurs décennies voire plusieurs siècles, les aires urbanisées et agricoles vont continuer à grappiller des habitats naturels et les espèces vont continuer à s’éteindre.

Beaucoup de problèmes donc… Et pas seulement à cause du climat. Nous voyons bien que c’est l’organisation entière de nos modes de vie qui se doit d’évoluer. Nous devons accepter de moins consommer, ne pas avoir accès à autant de produits et de confort qu’aujourd’hui et de revoir à la baisse notre niveau global de vie. Le citoyen lambda s’habituerait assez facilement à ce nouveau mode de vie, néanmoins, pour le moment, le principal blocage vient d’en haut, des politiques environnementales catastrophiques pour le climat et la biodiversité, du green washing de notre président « Champion de la terre », des lobbys des grandes entreprises plus attachés aux bénéfices rapides qu’à ceux sur le long terme et des politiciens qui … s’en foutent un peu ou qui ont les mains liées (malheureusement d’actualité avec la démission de Nicolas Hulot).

Bref nous n’allons pas parler politique mais plutôt identifier scientifiquement quelles sont les meilleures solutions pour protéger efficacement la biodiversité et vous verrez qu’il en existe un paquet ! En effet, les scientifiques étudient ces questions depuis des décennies et commencent à avoir une idée claire des problèmes et des solutions.

Posons un postulat de base : il n’est pas possible de protéger TOUS les habitats naturels restants, aussi malheureux que cela puisse paraître. Cela est en partie dû aux ressources financières insuffisantes mais aussi au fait que nous devons exploiter les milieux pour notre propre développement. Une idée assez intéressante et loufoque publiée par E.O. Wilson en 2016 propose de protéger la moitié de la planète et de déplacer l’humanité sur l’autre moitié. En dehors de l’impossibilité concrète de déplacer des milliards de personnes et d’effacer la totalité de nos impacts sur un continent entier (pollution, déchets nucléaires, barrages etc.), nous pouvons nous demander quelles sont les limites de cette approche afin d’identifier les problématiques de la conservation de la biodiversité.

Tout d’abord, protéger la moitié de la planète revient à protéger la moitié de la biodiversité et donc d’admettre immédiatement que l’autre moitié va disparaître. Ensuite, cette idée permettrait surtout à l’Homme de pouvoir continuer à détruire « sa » moitié de la terre et de bénéficier des avantages d’avoir un continent sauvage pour le piégeage du carbone, la régulation du climat etc. Pas certain que cela fonctionne sur le long terme !

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En France, les Alpes et les Pyrénées représentent les derniers espaces encore naturels où les espèces peuvent se développer normalement

 

En théorie

Pour protéger au mieux la biodiversité, il y a plusieurs paramètres à prendre en compte, comme expliqué dans les parties précédentes :

  •  Protéger un maximum de milieux différents pour offrir une palette diverse et variée d’habitats importants aux espèces
  • Avoir des surfaces suffisamment grandes pour permettre aux populations de se développer sur le long terme
  • Avoir aussi de petites surfaces éparpillées un peu partout pour permettre la circulation des individus

Revenons rapidement sur ces points.

Nous avons vu que la baisse d’un des niveaux de biodiversité entraîne la baisse de tous les autres car ils sont tous interconnectés. Mais la bonne nouvelle, c’est que l’inverse est aussi vrai, et offrir de nombreux habitats naturels variés augmente la diversité à l’échelle de l’écosystème, entraînant l’implantation de nombreuses espèces, donc potentiellement de nombreux individus et d’un brassage génétique plus important.  Coupler la protection de nombreux habitats différents (zones humides, forêts de conifères et de feuillus, prairies etc.) à la protection de grands espaces (de type parcs/réserves naturel(le)s) permet à de nombreuses espèces de se développer et d’avoir la place pour se reproduire.

En effet, les espèces animales (c’est un peu différent pour les végétaux) ont besoin d’un certain espace de vie pour : 1) avoir suffisamment de ressources pour se nourrir et 2) pouvoir se reproduire sans « voler » les ressources de ses semblables. Par exemple, une population d’escargot devrait pouvoir survivre dans 1 hectare de prairies naturelles, en revanche, une population de loup a besoin de centaines voire de milliers d’hectares pour leur survie. En gros, plus un animal est gros et en haut de la chaîne alimentaire, plus il va avoir besoin d’espace.

Enfin, la création de liens entre ces zones naturelles de grande taille est impératif pour permettre la circulation des individus, donc le renouvellement génétique de la population et ainsi éviter l’histoire de l’aquarium et de la consanguinité expliquée en première partie. Ces liens peuvent être sous forme de corridors de différentes tailles (grandes allées) ou bien sous forme de petits patchs naturels (appelés « stepping stones » ou « pas japonais » en français). Ces « pas japonais » représentent des aires de repos et de nourrissage pour les individus en chemin vers d’autres milieux naturels de grande taille où ils pourront se reproduire.

Les « hubs » représentent les grandes réserves et le reste des connexions. Source : https://www.surrey.ca

 

Et concrètement ?

Maintenant que nous avons compris l’idée générale, comment choisir concrètement les zones à protéger, et plus globalement, tout le réseau naturel à protéger ? La méthode la plus simple est de protéger les « hotspots de biodiversité ». Selon la définition de Myers et de ses collègues, les hotspots représentent des zones où : 1) beaucoup d’espèces végétales poussent, 2) beaucoup d’espèces sont endémiques, c’est à dire qu’on ne les retrouve QUE dans ladite zone et nulle part ailleurs et 3) que les habitats soient très menacés et détruits par les activités humaines à au moins 70% de leur surface initiale. L’idée derrière ces critères est de protéger en priorité les zones riches en espèces, avec des espèces rares et surtout en voie de disparition. Ils ont alors identifié plusieurs zones dans le monde dont les Andes en Amérique du Sud où je suis allé étudier divers milieux naturels et, tenez-vous bien, les habitats méditerranéens, cocorico !

Les hotspots de biodiversité dans le monde selon Myers et al., 2000

 

Protéger les zones avec le plus d’espèces est bien, mais malheureusement, cela ne prend pas en compte toutes les espèces, loin de là. Il existe des plantes et des animaux très spécialisés et dépendants d’un habitat particulier ou peu d’autres espèces sont capables de survivre (falaise, désert, haute montagne etc.). Ces habitats hébergent donc peu d’espèces, mais des espèces que l’on ne trouve pas ailleurs. Selon la définition des hotspots, ces zones ne sont pas prises en compte et donc, pas protégées. De même, les habitats très riches mais « pas encore » détruits à plus de 70% ne sont pas pris en compte, ce qui est dommage car ce sont des zones encore très naturelles.

Il faudrait donc pouvoir considérer à la fois les zones très riches et très menacées en priorité, mais aussi un peu toutes les autres zones du monde pour permettre le déplacement des animaux d’une zone à une autre grâce à la conservation de petits patchs naturels. Oui mais… Avons-nous réellement la place de re-naturaliser énormément d’espaces sans nous-même mourir de faim ? En effet, le plus gros impact de l’homme sur la planète en terme d’utilisation du sol concerne l’agriculture. Et nous l’avons vu, cette agriculture est loin d’être parfaite, au contraire ! Pour répondre immédiatement à la question, nous ne mourrions pas de faim car la grande majorité des cultures (3/4) est à destination des animaux destinés à la consommation… Manger moins de viande nous permettrait de manger tous un peu plus, finalement.

 

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Utilisation globale du sol à la surface de la planète. source : https://ourworldindata.org

Sur l’image ci-dessus, nous voyons que les 3/4 des terres habitables sont consacrées à l’agriculture et donc changer le système agricole c’est changer les 3/4 de notre impact sur la surface de la planète, ce n’est pas rien ! Et pour la biodiversité, c’est beaucoup. Attention, nous parlons bien de la couverture du sol et non de l’impact global de nos sociétés. Les villes qui couvrent, d’après l’image ci-dessus, 1% de la surface totale sont tout autant responsables. Nous n’allons pas parler plus longtemps des systèmes agricoles alternatifs qui existent, je le développerai peut être dans un prochain article, mais citons rapidement quelques idées principales afin de réduire l’impact de l’agriculture sur la biodiversité.

Il faut tout d’abord arrêter la monoculture et cultiver plusieurs espèces en même temps qui vont alors s’entre-aider pour leur croissance. Il faut ensuite arrêter les intrants et laisser les cycles naturels faire leur travail. Il faut créer des parcelles plus petites, moins mécanisées, entourées d’espaces naturels afin de laisser les populations de ravageurs être régulées par leurs prédateurs. Il faut arrêter de cultiver des « clones », laisser la variabilité génétique s’exprimer pour protéger les plantes contre les maladies. Enfin – mais c’est encore un autre débat – il faut une politique agricole qui finance mieux les paysans et arrête de ne penser qu’en terme de production. Du côté du consommateur, il faut accepter de ne pas pouvoir manger des fruits tropicaux en hiver, relocaliser la production de fruits et légumes et consommer la production locale de saison.

 

En conclusion

Concrètement, il faut protéger localement la biodiversité mais avec une vision globale. J’aime beaucoup l’idée qu’il faille réduire notre impact sur la nature partout, mais aussi de l’intégrer partout dans nos sociétés : planter des arbres en ville, laisser les prairies se développer au pied des arbres ou sur les trottoirs, créer beaucoup de petits parcs naturels – plus naturels que les parcs actuels des villes -, laisser plein de petits îlots sauvages entre les champs cultivés, entre les immeubles etc. L’idée principale est de réduire la différence drastique entre le « naturel » et le « non naturel » afin d’avoir du « naturel » et du « moins naturel » partout. Il doit exister des sanctuaires de biodiversité (grands espaces protégés) pour permettre aux organismes qui ont besoin de beaucoup d’espaces de survivre, mais aussi énormément de petites et moyennes zones naturelles autours de toutes les villes, dans tous les types d’habitats.

A travers ces longs (très longs) articles, vous pouvez avoir une idée générale des problématiques que l’on rencontre en biologie de la conservation et en écologie. L’effondrement de la biodiversité nous impacte tous et à diverses échelles comme je l’avais déjà présenté dans cet article. Vous voyez ici que les solutions existent, et nous savons qu’elles fonctionnent, mais leur mise en oeuvre nécessite un changement drastique de cap et de priorités politiques. Ce changement doit s’effectuer rapidement et les nombreux appels récents en faveur de la biodiversité prouve bien l’urgence dans laquelle nous nous trouvons.

Les effets du changement climatique et de l’effondrement de la biodiversité ne se font ressentir qu’après le dépassement d’un certain seuil car le système global est très résilient (difficile à changer). Néanmoins, lorsque ces seuils sont dépassés, il est très difficile (voire impossible) de revenir en arrière, même après plusieurs siècles. Par exemple, même si nous arrêtions totalement de rejeter du CO2, le climat continuerait de se réchauffer pendant encore plusieurs décennies et les espèces aujourd’hui disparues ne reviendront jamais.

N’hésitez pas à consulter les différentes ressources de chaque partie pour aller plus loin dans la réflexion ! Cette série d’articles est la plus longue jamais écrite et j’espère que vous serez indulgents sur la tournure de certaines phrases et sur les potentielles fautes d’orthographe. Encore une fois, ces articles dépeignent une vision vulgarisée des problématiques environnementales, la réalité des interactions écologiques est bien plus complexe qu’elle n’y paraît, mais les grandes idées présentées sont véridiques.

Une petite vidéo pour terminer sur mon projet de thèse : l’infrastructure écologique (green infrastructure en anglais)

 

 

Pour aller plus loin sur ces thématiques :

L’agriculture, bilan actuel et perspectives

Une énorme source de données sur l’agriculture au niveau mondial : https://ourworldindata.org/yields-and-land-use-in-agriculture

L’excellentissime vidéo d’Aurélien Barrau sur la nécessité de changement de société et sur la destruction de la biodiversité

 

De manière plus vulgarisée, la dernière vidéo en date de Balade Mentale sur Youtube est aussi une jolie pépite qui fait réfléchir

 

 

Enfin le site Internet ilestencoretemps qui regroupe les potentielles actions que nous pouvons tous faire pour contribuer à la sauvegarde de la biodiversité :

https://ilestencoretemps.fr

 

 

Enjoy !

Observatoire des Plantes Carnivores Françaises (OPCF)

Bonjour à toutes et à tous,

 

Après de longs mois de travail et d’implication, je suis très fier de vous annoncer la sortie du premier Observatoire citoyen des Plantes Carnivores sauvages Françaises et des pays voisins !! Ce projet est né d’une collaboration inédite entre Dionée et Tela Botanica, deux association de renom dans le domaine des plantes carnivores et de la botanique !

 

Qu’est-ce que l’OPCF ?

L’Observatoire citoyen des Plantes Carnivores sauvages Françaises (OPCF) a pour objectif de rassembler la communauté de naturalistes, botanistes et amateurs de plantes carnivores autours de l’observation des espèces sauvages en France métropolitaine et pays voisins. Les objectifs sont de regrouper les données dans un même projet afin mieux connaître la répartition des différentes espèces, de mettre en avant la protection des plantes et des habitats, et de diffuser l’information au grand public afin de le sensibiliser. A terme, l’objectif est de mettre en place des actions de conservation concrètes sur les espèces et populations les plus à risque, en partenariat avec des associations naturalistes locales.

Pourquoi un observatoire ?

Comme vous le savez probablement, la trentaine d’espèces et d’hybrides de plantes carnivores sauvages qui poussent en France sont rares, menacées et pour certaines protégées sur l’ensemble du territoire. Alors que l’on décrit de nouveaux taxons, d’autres se sont déjà éteints.

Outre la rareté de leurs habitats naturels, ils sont systématiquement perturbés ou détruits par les activités humaines qui menacent leur vitalité sur le long terme. Même si la plupart des zones humides jouissent à l’heure actuelle d’une protection relative, leur isolement grandissant altère la circulation des gènes et des individus. De plus, l’eutrophisation et la pollution des cours d’eau et des tourbières par les intrants, utilisés notamment dans l’agriculture, changent la chimie et l’organisation des communautés végétales à la défaveur des plantes carnivores. Enfin, comme si cela ne suffisait pas, le changement climatique apporte une incertitude supplémentaire à la pérennité de ces écosystèmes fragiles…

Comme pour les orchidées, il existe énormément de passionnés de terrain, ou des cultivateurs de ces plantes extraordinaires. Pourtant, nous ne nous sommes jamais vraiment organiser pour contribuer à la protection de ces végétaux que nous apprécions tant !

Des données publiques… Mais pas toutes !

Toutes les données publiées dans l’OPCF seront libres et publiques, sauf spécification contraire. Néanmoins, l’objectif premier étant de protéger les plantes carnivores, il ne faut pas que ces données puissent alimenter des pillages de sites naturels, pratique que l’OPCF condamne fermement. Pour cela, les données précises seront gardées en interne et non diffusées publiquement. Celles visibles par les utilisateurs seront volontairement dégradées à l’échelle de la commune, voire du département pour des cas spécifiques de rareté ou de menace extrême.

Il est très important de rappeler que seules les données concernant des plantes carnivores sauvages en France métropolitaine ou dans les pays voisins doivent être envoyées. Les observations concernant les plantes cultivées faussent les cartes de répartition et sous-estiment le niveau de menace qui pèse sur les espèces sauvages. Elles seront donc systématiquement supprimées de la base de données.

Chaque observation entrée via les outils de l’OPCF est consultable publiquement sur le site internet IdentiPlante (http://www.tela-botanica.org/appli:identiplante) en écrivant « OPCF » dans la barre de recherche. Si vous êtes inscrit à Tela Botanica, vous pouvez alors commenter ces observations et aider à leur identification. Enfin, chaque observation de plantes carnivores de la base de données de Tela Botanica est visible sur les cartographies proposées sur le site internet de l’OPCF.

 

Comment ça fonctionne ?

Vous avez observé des plantes carnivores sauvages, vous souhaitez partir à leur recherche durant la belle saison, vous avez remarqué une population proche de chez vous sur les cartographies et souhaitez vérifier la présence des espèces ? Voici quelques règles de base pour transmettre les données les plus complètes et de meilleure qualité possible afin de pouvoir les utiliser par la suite.

  • Observez des plantes sauvages et non cultivées
  • Prenez un maximum de photos des plantes dans leur ensemble, si possible les détails des fleurs et des feuilles pour permettre leur détermination, ainsi que du milieu en général
  • Prenez un maximum d’informations : date, altitude, lieu précis d’observation, type de milieu, perturbations (d’origine humaine ou non : exploitation des tourbières, traces de pillage, sécheresse etc.) et l’état de la population (beaucoup d’individus, peu d’individus, présence de jeunes plantules ou non etc.). N’oubliez pas, plus vous pouvez transmettre des informations, plus nous pourrons être efficaces dans l’évaluation de la santé de l’écosystème et des populations !
  • Rendez-vous sur le site internet de l’Observatoire (https://dionee.org/observatoire/) et sélectionnez l’espèce, ou les espèces que vous avez observées. Attention, vous ne pouvez entrer qu’une espèce à la fois ! Si vous avez observé plusieurs populations de la même espèce, à différentes localisations, il est préférable d’entrer une donnée par population.
  • Si vous n’êtes pas certain de l’espèce exacte observée, il est préférable de cliquer sur « taxon inconnu », les naturalistes et passionnés se chargeront de la détermination.
  • Une fois sur l’outil de saisie remplissez les informations demandées, au minimum : adresse mail, date de relevé, localisation précise en utilisant la carte interactive, les photos de la ou des plantes de la population observée, un maximum de commentaires sur l’état du milieu, de la population etc. Si vous avez un doute, passez le curseur de votre souris sur la case à remplir et lisez les compléments d’informations qui s’écrivent.
  • Une fois toutes les informations renseignées, cliquez sur « créer » puis « transmettre ». Votre observation a alors été prise en compte et elle sera visible sur le site d’IdentiPlante et dans la base de données de l’OPCF, bravo !

 

Si vous souhaitez voir une démonstration vidéo de cette explication, nous vous invitons à regarder cette courte vidéo explicative :

Rejoignez la communauté !

Nous invitons tous les utilisateurs souhaitant s’investir dans ce projet à s’inscrire sur le site de Tela Botanica ainsi qu’à l’association Dionée pour ne rien rater des actualités.
Vous pouvez aussi nous suivre sur les réseaux sociaux, les forums en ligne d’amateurs de plantes carnivores et nous contacter par mail pour plus d’informations. Vous retrouverez les différents liens ci-dessous.

Site de l’observatoire : https://dionee.org/observatoire/

Adresse mail : observatoire@dionee.org

Page Facebook de l’OPCF : https://www.facebook.com/ObsPCF

Pour plus d’informations, n’hésitez pas à lire la newsletter de Dionée d’Avril 2018, un article complet précise le contexte de création de l’OPCF ainsi que ses objectifs et ses missions.

N’hésitez pas pas à nous / me contacter pour plus d’informations ou si vous avez des remarques et conseils pertinents. Cet observatoire étant un mouvement citoyen, il appartient à tous ses utilisateurs !

Enjoy !

La biodiversité va mal… en quoi cela nous concerne ?

Dans une série de nouveaux rapports publiés en Mars 2018, l’IPBES (Intergovernemental Science-Policy Plateform on Biodiversity and Ecosystem Services) tire la sonnette d’alarme sur l’état actuel de la biodiversité et des services écosystémiques sur la planète. Outre la question éthique de la dégradation de l’environnement et de la disparition des espèces directement causées par les activités humaines, c’est aussi notre propre bien-être qui sera impacté, et ce, plus rapidement que nous le pensions.

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Figure 1 – Les mares temporaires sont des milieux rares, menacés, où poussent des plantes que l’on ne retrouve pas dans d’autres écosystèmes.

C’est quoi la Biodiversité et les services écosystémiques ?

On entend beaucoup parler de la biodiversité ces derniers temps sans vraiment avoir une définition claire de ce qu’est la biodiversité et surtout de son importance pour l’homme et la nature. Une tentative de définition serait celle faite lors de la conférence de Rio, en 1992, première rencontre internationale sur le thème de l’environnement, où tous les états se sont engagés à prendre des mesures pour réduire la perte de biodiversité (sauf les Etats-Unis). Plus de 25 ans après, rien n’a vraiment changé, si ce n’est l’échéance avant laquelle nous devons agir. Voici la définition proposée à l’issue de cette rencontre :

« […] variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie ; cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes »

Pour faire simple, la diversité des gènes (allèles), des individus, des espèces mais aussi des habitats et des paysages, bref tout ce qui touche à la vie (bio- diversité). Cette diversité n’est pas simplement une manière de combler les passions de chercheurs bizarres et autres hippies amoureux de l’environnement, elle est en fait d’une importance capitale pour le bon fonctionnement des écosystèmes et des services qu’ils nous rendent. On les appelle services écosystémiques, ou contribution de la nature au bien-être de l’homme.

Ces derniers regroupent tout ce qui est directement d’origine naturel et qui permet à l’humanité de survivre, et même, de bien vivre. Quelques exemples pour bien comprendre : la production de nourriture, la qualité du sol, la production de dioxygène que nous respirons par les plantes, la filtration de l’eau par les forêts et les étangs, la pollinisation des plantes et arbres fruitiers par les insectes pour notre production de fruits, la régulation des maladies, des espèces envahissantes ainsi que du climat, mais aussi la récréation et les loisirs tels que les balades dans la nature, la vue sur les montagnes ou la mer etc.

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Figure 2 – La beauté des paysages et la spiritualité sont aussi des contributions de la nature à notre bien être. On les appelle des services culturels.

Mais alors, quel est le lien entre la biodiversité et les services écosystémiques ?

En lisant les exemples de services écosystémiques, vous vous êtes probablement rendu compte que certains ne fonctionnaient déjà plus très bien… La régulation du climat et des espèces envahissantes par exemple.

Une forte biodiversité permet un fonctionnement optimal des écosystèmes et donc un panel très important de services pour notre développement et notre bien être, dont on ne se rend compte de l’existence que lorsqu’ils disparaissent. Vous connaissez la fameuse citation de Jacques Prévert « on reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va », ici c’est exactement la même chose. La perte de biodiversité va lentement éroder le fonctionnement des écosystèmes jusqu’à la disparition totale des services contribuant, entre-autre, à notre bien être.

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Figure 3 – Les orchidées entretiennent des relations étroites avec certains insectes pollinisateurs sans lesquels elles ne pourraient survivre et se reproduire.

Aujourd’hui, nombre de ces services ont déjà disparu : les habitats naturels sont si dégradés et si petits que les prédateurs disparaissent et ne régulent plus les populations d’herbivores qui vont alors dévorer toutes les espèces végétales, entraînant une disparition des insectes qui vivaient de la consommation de ces plantes et donc des animaux qui se nourrissaient de ces insectes. Il faut alors abattre tous les ans des herbivores (la chasse) pour réguler les populations que la nature ne peut plus réguler seule. Je vous propose de regarder cette superbe vidéo qui résume bien les interactions trophiques dans les écosystèmes et l’importance des top prédateurs tel que le loup :

 

Ainsi, la diversité des gènes et des individus permet une adaptation rapide des populations aux maladies et au changement climatique par exemple. Mais les habitats naturels n’étant plus connectés entre-eux, le brassage des populations s’affaiblit et la consanguinité augmente, amenuisant la diversité génétique et donc la capacité des espèces à survivre aux changements à venir. Ne parlons même pas des plantes cultivées pour notre nourriture qui ont toutes exactement le même génome, ce qui représente un risque considérable en cas d’épidémie de maladies ravageuses de culture.

La diversité des espèces et des habitats permet le bon fonctionnement des écosystèmes et donc notre propre bien-être. Nous allons maintenant voir rapidement les résultats de l’IPBES concernant la biodiversité du monde entier.

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Figure 4 – Les forêts tropicales renferment une biodiversité exceptionnelle. Il y a en effet plus d’espèces végétales dans quelques hectares de forêt amazonienne que dans toute la France !

Les résultats de l’IPBES en Mars 2018

Cette agence intergouvernementale des Nations Unies se veut comme un trait d’union entre la Science et la Politique, deux domaines extrêmement déconnectés l’un de l’autre alors que leur synergie est une condition sine qua none si nous souhaitons vivre correctement dans les années à venir. Travail fort ambitieux donc ! Leur mission principale est de regrouper toutes les études scientifiques sur un sujet et d’en tirer de grandes conclusions sur une échelle très large.

Un des rapports commence comme cela, attention, ça vous met directement dans le bain :

« Biodiversity – the essential variety of life forms on Earth – continues to decline in every region of the world, significantly reducing nature’s capacity to contribute to people’s well-being. This alarming trend endangers economies, livelihoods, food security and the quality of life of people everywhere »

« La biodiversité continue de décliner dans toutes les régions du monde réduisant significativement la capacité de la nature à contribuer à notre bien être. Cette tendance alarmante met en danger notre économie, notre mode de vie, la sécurité alimentaire et la qualité de la vie des gens partout sur la planète »

Voici quelques chiffres clés issus du rapport et de ses projections pour la moitié du 21e siècle. 38 à 46% des espèces pourraient avoir disparues d’ici 2050 si l’on suit les courbes actuelles d’extinction de masse des animaux, des plantes et des champignons. On parle même de 6e extinction de masse des espèces avec un rythme d’extinction aussi voire plus rapide que lors de la collision de la météorite qui a anéanti les dinosaures (c’était la 5e grande extinction). Cela signifie que les espèces disparaissent plus rapidement à cause des activités de l’homme aujourd’hui, qu’à cause d’une météorite dont la puissance a littéralement vaporisé une partie de l’océan et recouvert la terre de débris pendant des dizaines voire des centaines d’années entrainant la disparition des dinosaures.

En Europe et en Asie centrale, 42% des animaux terrestres ont disparu ces 10 dernières années. Cela n’est pas sans rappeler les récents articles signalant que 75% des insectes volant ont disparu ces 30 dernières années en Allemagne (c’est aussi vrai pour la France et l’Europe en général). Je me rappelle très bien, étant plus jeune, des nuées de fourmis volantes, de hannetons, de sauterelles dans les hautes herbes mais aussi de lucioles visibles la nuit. Ces insectes sont aujourd’hui plus rares et nous voyons des invasions de Pyrales du Buis, un ravageur incontrôlable venu d’Asie dont l’impact écologique sur les forêts européennes est encore très incertain. Un autre article signale une diversité en chute libre des oiseaux des campagnes, devenues silencieuses, avec des chiffres allant jusqu’à -70% d’individus pour certaines espèces en moins de 20 ans.

Le changement climatique, l’appauvrissement et la dégradation des sols va presque doubler le nombre de personnes vivant en zone aride pour arriver à 4 milliards d’êtres humains en 2050, entraînant des migrations vers des zones climatiques plus favorables. De même, le réchauffement de l’eau entraîne une diminution fulgurante de la barrière de Corail australienne et il ne devrait rester que 10% des coraux dans trentaine d’années.

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Figure 5 – Des phénomènes de désertification posent déjà de gros problèmes dans certaines régions du monde, notamment en Bolivie ou en Afrique du Sud où les lacs s’évaporent et les réserves d’eau potables pour les habitants s’assèchent.

 

Des solutions existent-elles ?

Oui. Il existe tout un tas de solutions trouvées par les scientifiques depuis des dizaines d’années mais qui ne sont pas appliquées ou pas prises en considération par les gouvernements à cause des divergences de priorités (prochain mandat vs le sort de l’humanité d’ici la fin du siècle, pour caricaturer).

Nous savons que les causes de la majorité de ces problèmes sont les suivantes : un système agricole intensif ne respectant pas les capacités naturelles des milieux, une pollution des écosystèmes aux intrants (pesticides, herbicides) mais aussi aux déchets humains (plastiques), un changement de la chimie des écosystèmes à cause de l’abus d’engrais, une urbanisation croissante et l’expansion des villes au détriment des habitats naturels, une déconnexion des habitats entre-eux ne permettant plus le brassage génétique et les migrations d’espèces entrainant un appauvrissement de la diversité génétique globale, un rejet de gaz à effet de serre qui a déjà atteint le point de non retour entrainant un changement climatique incontrôlable, une société de manière générale basée sur la surconsommation et le profit plutôt que sur le besoin et le respect des limites naturelles amplement suffisantes au bien être de toute l’humanité.

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Figure 6 – L’agroécologie est une discipline scientifique visant à implémenter les connaissances en écologie dans l’agriculture pour la rendre plus respectueuse de l’environnement.

Chacune des ces causes ont leur lot de solutions : agroécologie, agriculture biologique, recyclage, protection efficace de l’environnement, changement du style de vie à son échelle (covoiturage, transport en commun, achat de nourriture produite localement), développement d’énergie propre (c’est un euphémisme, disons « moins sale »), mise en place de lois contraignantes en faveur de la biodiversité, plantation d’arbres en ville pour réduire la chaleur et plus largement, une communication efficace pour toucher et sensibiliser un maximum de personnes à ces problématiques.

Chacun peut piocher au moins 1 élément dans cette liste et l’appliquer sans trop bousculer son petit confort. Si tout le monde s’y met et que de nouveaux marchés financiers semblent rentables, alors les gouvernements suivront !

Cette vision peut paraître optimiste, voire naïve… C’est pour cette raison que l’année prochaine, l’IPBES va rendre publique la plus importante évaluation scientifique sur la biodiversité et les services écosystémiques réalisées depuis 2005 en dictant aux États la marche à suivre pour limiter notre impact sur la nature et notre propre bien être. États qui ont pour le moment complètement foiré à s’organiser entre-eux de manière responsable afin de lutter contre les grands problèmes que nous rencontrons au 21e siècle.

Enjoy !

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Figure 7 – Une prairie sèche non fauchée peut accueillir près d’une centaine d’espèces de plantes uniquement, et probablement bien plus d’insectes.

 



Quelques références :

IPBES : https://www.ipbes.net/

Un des rapports publiés : https://www.ipbes.net/news/media-release-biodiversity-nature%E2%80%99s-contributions-continue-%C2%A0dangerous-decline-scientists-warn

Le détail par continent : https://www.ipbes.net/outcomes

Des articles de vulgarisations

Biodiversité : l’état d’urgence, CNRS : https://lejournal.cnrs.fr/articles/biodiversite-letat-durgence

Campagnes françaises : ces oiseaux en voie de disparition, Libération : http://www.liberation.fr/france/2018/03/22/campagnes-francaises-ces-oiseaux-en-voie-de-disparition_1637881

Les chiffres alarmants de cette étude sur la disparition des insectes volants, Huffingtonpost : https://www.huffingtonpost.fr/2017/10/19/les-chiffres-alarmants-de-cette-etude-sur-la-disparition-des-insectes-volants_a_23248522/

La sixième extinction de masse des animaux est sous-estimée, Futura planète : https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/zoologie-sixieme-extinction-masse-animaux-sous-estimee-58704/

Des articles scientifiques :

Ceballos, G., Ehrlich, P. R., Barnosky, A. D., García, A., Pringle, R. M., & Palmer, T. M. (2015). Accelerated modern human–induced species losses: Entering the sixth mass extinction. Science advances, 1(5), e1400253.
Barnosky, A. D., Matzke, N., Tomiya, S., Wogan, G. O., Swartz, B., Quental, T. B., … & Mersey, B. (2011). Has the Earth’s sixth mass extinction already arrived?. Nature, 471(7336), 51.
Newbold, T., Hudson, L. N., Arnell, A. P., Contu, S., De Palma, A., Ferrier, S., … & Burton, V. J. (2016). Has land use pushed terrestrial biodiversity beyond the planetary boundary? A global assessment. Science, 353(6296), 288-291.