Les interactions plantes-animaux chez les plantes carnivores

Les interactions plantes-insectes et plantes-animaux en général sont très importants pour le fonctionnement et la stabilité des écosystèmes.

En effet, les plantes « utilisent » les animaux pour plusieurs mécanismes. Tout d’abord, les insectes pollinisent les fleurs des Angiospermes pour  leur reproduction et certains animaux dispersent leurs graines par tout un tas de mécanismes (consommation des fruits, fouissage des graines par les fourmis etc.) permettant ainsi leur implantation durable. En contre partie, les animaux peuvent se nourrir du nectar des fleurs et/ou de la pulpe des fruits charnus par exemple, c’est le principe d’interaction mutualiste.

Sans ces interactions, les écosystèmes auraient un fonctionnement totalement différent et nous ne profiterions pas des services écosystémiques qu’ils nous rendent actuellement (pollinisation des fruits que l’on consomme par les abeilles, régulation du climat, maintien de la structure du sol par les racines, production de dioxygène, stockage du gaz carbonique etc.).

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Abeille pollinisant une fleur de lavande (Lavandula sp)

 

Les plantes carnivores entretiennent de nombreuses interactions avec les insectes, et pas seulement de la prédation passive. Il existe en effet plusieurs cas de mutualisme que nous allons détailler.

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Captures d’un Sarracenia hybride.
  • Araignées et Sarracenia

Dans leurs milieux naturels, certaines araignées, notamment l’araignée lynx (Oxyopidae), profitent de l’attraction des insectes par les Sarracenia pour tisser leur toile à l’entrée du piège ou à proximité de ce dernier augmentant ainsi ses chances de capturer des proies. La plante produisant plusieurs pièges ne se voit pas impactée par ce petit désagrément qui ne dure guère plus de quelques semaines en général. Ces mêmes araignées sont aussi capables d’entrer dans le piège d’un Sarracenia sans glisser sur les parois afin d’aller chercher leur repas dans l’antre de la plante carnivore.


Araignée lynx postée à l’entrée du piège d’un Sarracenia leucophylla.

Ce genre de phénomène est aussi régulièrement observé en culture et il n’est pas rare que des araignées tissent leur toile à proximité des urnes redoutablement attractives pour les insectes.

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Toile d’araignée au dessus d’un pied de Sarracenia.

D’autres interactions mutualistes sont observables comme par exemple ce papillon qui profite du nectar des Sarracenia sans risquer de se faire piéger grâce sa taille.

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Papillon se délectant du nectar d’un Sarracenia flava var ornata.
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Papillon se délectant du nectar d’un Sarracenia « Laurissia ».

 

 

  • Punaises et Roridula

Le Roridula gorgonias est une plante protocarnivore, cela signifie qu’elle est capable d’attirer et de capturer une proie mais ne produit pas d’enzymes digestives. Dans son milieu naturel en Afrique du Sud, cette plante héberge une petite punaise (Pameridea marlothii) qui vit sur ces feuilles et qui arrive à éviter les tentacules engluées d’une résine extrêmement collante, plus encore que celle du genre Drosera. Cette punaise se nourrit exclusivement des proies capturer par le Roridula et, en contre partie, ses déjections très riches en azote sont directement assimilées par les feuilles de la plante, lui permettant ainsi une meilleure croissance.


Roridula gorgonias en culture.

On lit souvent, à tord, que cette relation est une parfaite symbiose entre la plante et l’insecte. En réalité, il s’agit d’une interaction mutualiste car la plante peut survivre sans la présence de cette punaise, et vise versa, ce qui n’est pas le cas dans une réelle relation symbiotique où les deux organismes sont interdépendants pour leur survie (algues et champignons chez le lichen par exemple).


Pameridea sp attaquant une drosophile piégée par un Roridula gorgonias. Ses grandes pattes lui permettent de ne pas se faire engluer par la plante carnivore.

 

  • Les interactions des Nepenthes

Les Nepenthes sont sans aucun doute les espèces qui entretiennent le plus de relations mutualistes avec les animaux. Il existe de très nombreux exemples mais nous n’aborderons ici que quelques uns d’entre-eux.

Commençons par Nepenthes albomarginata, reconnaissable par la ligne blanche qui entoure l’entrée de son piège.


Gros plan sur l’entrée du piège de Nepenthes albomarginata.

Cette structure est en fait composée de millier de petits trichomes qui sécrètent une substance très appétante pour les termites. Ces dernières sont attirées jusqu’au piège où elles peuvent se nourrir à volonté. En contre partie de la production de nourriture spéciale termite (coûteuse en énergie), certaines d’entre-elles tombent malencontreusement dans le piège, nourrissant ainsi la plante.


Termites se nourrissant sur le piège de Nepenthes albomarginata.

 

D’autres espèces nouent une relation mutualiste avec des grenouilles. Ces dernières sont capables de ne pas glisser à l’intérieur du piège et, un peu comme l’araignée lynx avec les Sarracenia, elles se postent à l’intérieur de l’urne en attendant que les proies arrivent, la plante digère alors ses excréments riches en azote.


Grenouille attendant patiemment l’arrivée de proies.

Chez Nepenthes ampullaria, une espèce de grenouille (Microhyla nepenthicola) pond directement ses œufs à l’intérieur de l’urne. Les petits têtards, qui ne se font pas digérer par le piège, peuvent alors se développer en toute sécurité à l’abris des prédateurs et la plante assimile une fois encore leurs rejets azotés.


Têtards de Microhyla nepenthicola profitant de l’abris d’un Nepenthes ampullaria.

 

Les abris qu’offrent les urnes de Nepenthes attirent aussi de plus gros animaux tel que des chauve-souris. En effet, Nepenthes rafflesiana elongata propose un abris de choix pour ces mammifères en les protégeant des prédateurs et du soleil de la journée. Ainsi, ces petites chauves-souris passent leur journée à l’intérieur du piège et la plante digère une nouvelle fois ses excréments.


Interaction mutualiste entre une chauve souris et Nepenthes rafflesiana elongata.

 

Enfin, la plante aux pièges géants (plus de 5 litres de contenance parfois), Nepenthes rajah, produit une substance sucrée en quantité impressionnante sous son opercule qui attire de petits mammifères. La forme du piège est telle que l’animal est obligé de se positionner juste au dessus de l’entrée de l’urne, ainsi, tout en consommant sa nourriture sous l’opercule, ses déjections tombent directement au fond du piège et sont assimilées par la plante. Ce type d’interaction est aussi observé chez Nepenthes lowii.


Petit mammifère sur une urne de Nepenthes rajah.

Petit mammifère sur une urne de Nepenthes rajah.
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Petit mammifère sur une urne de Nepenthes lowii.

Petit mammifère sur une urne de Nepenthes lowii.

 

 

 

Il existe encore énormément d’intéractions mutualistes de ce genre chez les plantes carnivores et des études sont actuellement lancées afin de mieux les cerner (en particulier chez les Nepenthes). N’oublions pas au passage que certaines plantes carnivores du genre Heliamphora ou encore Darlingtonia ne sont capables d’assimiler l’azote de leurs proies uniquement grâce à un mutualisme avec des bactéries qui digèrent les insectes pour elles ; c’est d’ailleurs en partie ce qu’il se passe dans la digestion des Hommes (flore intestinale) et des animaux en général.

 

 

Enjoy !

 

 

Source photo : wikipedia & google images (pour celles qui n’ont pas la source écrite).
Un article pour aller plus loin : http://rsbl.royalsocietypublishing.org/content/early/2011/01/21/rsbl.2010.1141.full
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3 réflexions au sujet de « Les interactions plantes-animaux chez les plantes carnivores »

  1. Ping : PhagoPhytos fête ses 1an ! | PhagoPhytos

  2. Kiwano

    Article très intéressant. Un autre exemple assez spectaculaire de mutualisme concerne Nepenthes bicalcarata et une espèce de fourmis (Camponotus schmitzi). La plante fournit un habitat à l’insecte (ses tendrils creux) qui en retour participe au nettoyage des urnes et les alimente même en y apportant les cadavres de sa propre colonie. La myrmécophilie, c’est magique !

    Répondre
  3. Ping : Phagophytos fête ses deux ans !! | PhagoPhytos

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