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Nous n’arrêterons pas le réchauffement climatique : le terrible constat de la crise du coronavirus

La crise du coronavirus, aussi terrible soit-elle, nous a démontré plusieurs choses : il est possible de prendre des mesures radicales en quelques jours, il est possible de créer beaucoup d’argent pour répondre à un problème urgent, et surtout, l’arrêt de la consommation et de la production entraînent une chute importante des émissions de gaz à effet de serre. Nous avons tou-te-s vu ces vidéos d’animaux qui reprennent possession de l’espace laissé à l’abandon par les humains durant le confinement, ainsi que ces images satellites montrant la chute du niveau d’émission de CO2. Pour autant, même si nous avions un confinement identique tous les ans, nous n’arriverions même pas à limiter le réchauffement sous la barre symbolique des +2°C. Autrement dit, nous nous sommes rendus compte de l’étendu de notre impact sur le climat, mais surtout des efforts titanesques à mettre en place pour le limiter.

Cet article est assez long et dense mais j’ai souhaité le laisser en une seule partie pour mieux montrer les liens entre les différents chapitres. Nous allons tout d’abord faire un bilan de la température moyenne annuelle de ces dernières années pour bien se remémorer combien le climat change, en chiffre. Ensuite, nous discuterons rapidement de l’impact du changement climatique sur la biodiversité, même si ce thème a déjà été abordé dans plusieurs articles du site. Nous verrons ensuite quel est la trajectoire actuelle du réchauffement et nous terminerons par les éléments que la crise a mis en lumière. Vous trouverez à disposition beaucoup de références, n’hésitez pas à aller vérifier les chiffres par vous-même et à approfondir le sujet en regardant les quelques vidéos dans la conclusion. Le sujet est évidemment vaste et je ferai quelques raccourcis.

Le réchauffement en chiffres

Je ne vais pas revenir sur la véracité ou non du changement climatique qui, je le rappelle, n’a rien d’une opinion personnelle ; c’est un processus météorologique aujourd’hui bien compris. Je vais néanmoins vous donner quelques chiffres brutes issues de sources sérieuses pour que vous réalisiez l’ampleur de l’accélération du réchauffement climatique. Pour consulter ces chiffres, c’est ici : https://www.noaa.gov/news/2019-was-2nd-hottest-year-on-record-for-earth-say-noaa-nasa, ici : http://www.meteofrance.fr/actualites/78484941-monde-plus-d-extremes-en-2020-apres-une-annee-2019-exceptionnelle et ici : http://www.meteofrance.fr/actualites/78251648-france-2019-au-3e-rang-des-annees-les-plus-chaudes

2019 a été l’une des années les plus chaudes en France (3e avec +1.1°C) et dans le monde (2e) précédée de peu par 2016 (0.04°C plus chaude) et suivie de 2015, 2017 et 2018. À l’échelle de l’Europe, 2019 est l’année la plus chaude jamais enregistrée (+1,24°C).

La température moyenne annuelle approche déjà +1°C par rapport aux températures pré-industrielles, 0.95°C exactement pour 2019, avec des conséquences déjà visibles et mesurables, par exemple en Suisse : il fait +2°C par rapport au début des mesures en 1864 (il fait globalement plus chaud sur les continents qu’au dessus des océans), le nombre de jours de neige a été divisé par 2 depuis 1970, l’ensoleillement à augmenté de 20% depuis 1980, les vagues de chaleur ont triplé en un peu plus de 100 ans, les glaciers ont perdu 60% de leur volume (ou de leur masse) en 150 ans (source météosuisse).

Les 5 années les plus chaudes ont été mesurées depuis 2015 et les 20 années les plus chaudes ont été mesurées dans les 21 dernières années (1999-2019). On a donc de plus en plus de probabilité de battre des records de chaleur, ce qui souligne bien l’accélération du réchauffement. Dans la même veine, les 43 dernières années sont toutes plus chaudes que la moyenne pré-industrielle, que ce soit dans l’air ou les océans.

• Explosion des records de température en Europe en 2019, notamment en France et en Allemagne, beaucoup de catastrophes naturelles et notamment des super-incendies partout sur la planète, une accélération de la fonte de l’Antarctique, un record d’augmentation du niveau de la mer et de son acidification.

• Il y a eu un déficit de précipitations allant de 20 à 30% du territoire français avec une augmentation des phénomènes brutaux (orages) qui permettent mal l’absorption de l’eau dans les sols. L’été 2019 ayant été particulièrement sec et chaud, nous avons un bel exemple de ce à quoi pourrait ressembler le climat en métropole d’ici quelques décennies, un climat de type « méditerranéen ». http://www.meteofrance.fr/actualites/79551843-humidite-des-sols-une-saison-marquee-par-un-deficit-des-precipitations

Anomalies de températures du mois d’Avril 2020. Les zones en bleu sont plus froide qu’à l’habitude alors que les zones en rouge sont plus chaudes. Les zones en rouge pourpre ont des températures moyennes jusqu’à 10 degrés supérieures à la normale ! Source : https://www.noaa.gov/news/april-2020-was-earth-s-2nd-hottest-april-on-record
  • L’année 2020 semble bien partie pour entrer dans le top 5 des années les plus chaudes depuis le début des mesures. L’année commence avec l’hiver le plus chaud jamais enregistré en France métropolitaine (+ 2,7°C) caractérisé par une absence de vague de froid et un ensoleillement particulièrement important. Au niveau mondial, Février et Mars ont été les 2e plus chauds jamais enregistrés. https://www.noaa.gov/news/earth-had-its-2nd-hottest-march-on-record
http://www.meteofrance.fr/documents/10192/82450374/CARTE_FRANCE_ATM_2020PRI_280520.png/82ceec61-30ff-4f00-b50a-06de9fce87e0?t=1590738825997&json={%27type%27:%27Media_Image%27,%27titre%27:%27Ecart%20%C3%A0%20la%20moyenne%20saisonni%C3%A8re%20de%20la%20temp%C3%A9rature%20moyenne%20-%20France%20-%20Printemps%202020%27,%27alternative%27:%27Ecart%20%C3%A0%20la%20moyenne%20saisonni%C3%A8re%20de%20la%20temp%C3%A9rature%20moyenne%20-%20France%20-%20Printemps%202020%27,%27legende%27:%27Ecart%20%C3%A0%20la%20moyenne%20saisonni%C3%A8re%20de%20la%20temp%C3%A9rature%20moyenne%20-%20France%20-%20Printemps%202020%27,%27credits%27:%27M%C3%A9t%C3%A9o-France%27,%27poids%27:%27144,2ko%27}
Anomalies de température en France métropolitaine pour le printemps 2020. Source : Météo France

Bon il n’est pas nécessaire de vous assommer avec plus de chiffres, vous avez compris l’idée. Pour terminer cette section je voudrais rappeler une chose très importante. Comme une vague de froid ne prouve en rien que le réchauffement climatique n’existe pas (argument favoris des climatosceptiques de comptoirs ou des présentateurs de Cnews), une vague de chaleur ou un record de chaleur isolé ne prouve en rien qu’il existe. Il faut bien faire la distinction entre le climat, qui est un phénomène global, et la météo qui est un phénomène très localisé. En revanche, la multiplication et l’accélération des phénomènes météorologiques extrêmes comme les canicules et les records de chaleur représentent une preuve du réchauffement climatique ! Pour rappel, nous observons rarement (voire jamais ?), des records de fraîcheur ces dernières années, alors que nous explosons tous les ans des records de chaleur. Par exemple, ce mois de Juillet 2020 a été le 427 mois consécutifs (plus de 35 ans !!) pour lequel les températures moyennes sont supérieures à la normale au niveau global. On ne parle donc pas d’un événement épisodique, mais bien d’un réchauffement profond de notre climat. Enfin, il faut bien comprendre que les températures représentent une moyenne mondiale, il peut évidemment faire plus froid dans certaines zones, comme cet été en Irlande (http://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/planete/irlande-une-annee-sans-ete)

Quelles conséquences pour la biodiversité et l’humain ?

Le changement climatique est un problème pour la biodiversité mais aussi pour l’homme lui-même. De nombreuses régions, concentrées dans la zone intertropicale, vont voir leur habitabilité drastiquement diminuée à cause de la chaleur. Mais ce n’est pas tout, il est probable que certaines régions n’aient plus accès à des ressources suffisantes en eau pour vivre ou faire de l’agriculture, ce qui étend encore les régions invivables. Selon les estimations et en fonction des scénarios de changement climatique, on pourrait s’attendre à un demi milliard de migrants climatiques d’ici la fin du siècle.

La carte ci-dessous provient d’un article scientifique qui souhaitait regarder l’évolution de l’habitabilité de notre planète en ne se basant que sur la température. La première carte représente l’habitabilité actuelle et la seconde celle en 2070 si nous ne changeons pas drastiquement de cap dans nos émissions de CO2. Les zones en bleu sombre sont faciles à vivre, les zones en blanc non. Les auteurs ont regardé la température uniquement et non le développement ou les infrastructures des pays. La carte du bas montre les changements observés entre l’habitabilité actuelle et future. En vert les zones qui gagnent en habitabilité représentent généralement des régions froides qui vont se réchauffer (et avoir des hiver plus doux donc plus vivables). En rouge, les zones perdent en habitabilité. On voit notamment que toute la ceinture tropicale va devenir moins habitable qu’elle ne l’est actuellement, mais aussi l’Espagne, une partie de l’Italie et probablement le sud de la France.

Source : https://www.pnas.org/content/117/21/11350

La biodiversité va aussi souffrir de ce changement brusque de température. Il y a déjà eu des changements climatiques par le passé, mais ces changements s’étalaient sur des dizaines de milliers d’années pour les plus rapides. Il existe deux méthodes à disposition des espèces pour survivre : migrer ou s’adapter. L’adaptation est possible si la diversité génétique est suffisamment importante et si les changements climatiques ne sont pas trop brutaux & intenses car c’est un processus long. Autant vous dire que l’adaptation est peu crédible dans notre contexte actuel vu la rapidité des changements et l’état de la diversité génétique des populations sauvages. La seconde solution est la migration, c’est-à-dire d’aller chercher des zones plus favorables sans spécialement s’adapter au nouveau climat. Par exemple, s’il fait plus chaud, les espèces ont tendance à remonter en latitude ou en altitude. On observe déjà ce phénomène actuellement : les glaciers fondent et les plantes colonisent les terres libérées en altitude, de même, certaines espèces méditerranéennes remontent doucement la France car le climat y devient favorable. Bientôt les cigales à Paris ? Pas vraiment…

Deux problèmes majeurs entravent la migration des espèces. Le premier est le temps nécessaire à cette migration. Même si le déplacement des espèces est plus rapide que leur adaptation, toutes ne sont pas armées de la même manière pour migrer. Autant certains animaux peuvent se déplacer de plusieurs kilomètres par an, autant certaines petites plantes n’ont pas de stratégie de dispersion de leurs graines sur de longues distances car elles n’en ont jamais eu « besoin » auparavant. Toutes les espèces qui ne peuvent pas migrer vite et loin sont donc extrêmement menacées par le réchauffement climatique. Le deuxième problème est la fragmentation des milieux naturels. En effet, nous avons la fâcheuse tendance à prendre beaucoup de place dans notre environnement et notamment à découper les habitats naturels par des routes, des chemins, des villes, des voies de chemin de fer, des champs agricoles etc. Les habitats sont donc réduits et isolés les uns des autres. La fragmentation affecte chaque espèce différemment, prenons un exemple pour bien comprendre : une route qui passe dans une forêt. Cela n’a l’air de rien, pourtant l’impact sur la mobilité des animaux est important. Les oiseaux ne sont pas/peu impactés par cette route puisqu’ils volent, les gros mammifères peuvent la traverser sans trop de soucis mais risquent de se faire percuter. En revanche, les petits mammifères (hérisson par exemple), les gastéropodes (escargots), les amphibiens (tritons), certains insectes ou les reptiles vont être beaucoup plus sensibles et la route peut représenter une barrière infranchissable. De plus, nos infrastructures s’accompagnent de nuisances sonores, lumineuses et olfactives si bien que plusieurs centaines de mètres autour d’une route sont inhabitables pour la majorité de la faune, réduisant virtuellement encore plus les habitats naturels « habitables ». Quel est le lien avec la migration des espèces ? Et bien les habitats naturels sont aujourd’hui tellement isolés et mal connectés que même si les espèces étaient en capacité de migrer rapidement, toutes ne le pourraient pas car il n’y a pas de chemins naturels qui permettent leur déplacement. Vous voyez le piège ?

Schéma illustrant la disparition des espèces qui vivent au cœur des habitats naturels à cause de la fragmentation de cet habitat. Source : rapport sur les continuités écologiques de l’Isère.

Aujourd’hui la biodiversité est déjà menacée par la disparition des milieux naturels, les pollutions, la surexploitation des organismes et le développement des espèces exotiques invasives. La disparition des espèces mesurée actuellement est similaire à celle qui a suivie la chute de la météorite qui a tué les dinosaures (entre-autre). Nous sommes donc la météorite de la biodiversité actuelle, félicitations. Il a été mesuré qu’une espèce sur 7 dans le monde est menacée d’extinction. Mais le changement climatique n’est pas vraiment la cause de l’état actuel de la biodiversité puisqu’il n’est perceptible que depuis quelques décennies. Il va donc simplement ajouter une contrainte, une menace supplémentaire sur la biodiversité, et pas des moindres !

Les espèces qui ne pourront pas migrer ou s’adapter risquent de disparaître, de même que celles qui vivent dans des habitats rares et menacés comme les zones humides (que nous avons asséchées à 80-90% en France pour irriguer nos champs agricoles). Vous savez maintenant qu’il existe des intéractions très fortes entre toutes les espèces de la biosphère et une menace aussi importante que le changement climatique va forcément entraîner des disparitions en chaîne dans les réseaux trophiques (le prédateur disparaît car moins de proies, le pollinisateur car sa plante a disparu etc.). L’apparition de nouvelles maladies ou espèces exotiques invasives/nuisibles est aussi favorisée par un climat qui se réchauffe. Nous avons un bel exemple avec le moustique tigre qui est maintenant bien implanté dans la moitié sud de la France et qui peut à terme transmettre plusieurs maladies mortelles pour l’homme. Enfin, la disparition de plusieurs espèces peut aussi entraîner la disparition des fonctions des écosystèmes (voir cet article pour plus d’informations).

L’impact du réchauffement climatique sur la biodiversité commence à être perceptible chez nous en France métropolitaine. Nous l’avons déjà dit, les glaciers fondent et les espèces montent en altitude ou en latitude pour chercher de la fraîcheur. Mais des changements à plus large échelle commencent à s’observer. Depuis quelques années dans le Jura, les hêtres (Fagus sylvatica) ne supportent plus les chaleurs estivales couplées à la sécheresse et à de nouvelles maladies qui les ravagent. Ils « grillent » littéralement depuis plusieurs étés et risquent de mourir définitivement dans quelques années. Il est probable que des écosystèmes entiers se réarrangent vers un nouvel état d’équilibre où les espèces dominantes sont différentes (par exemple une forêt de chênes à la place du hêtres, de pins sylvestre au lieu d’épicéas etc.). Mais ces réarrangements prennent du temps, beaucoup de temps et les écosystèmes peuvent aussi complètement changer si le réchauffement est trop brusque : une forêt peut se transformer en prairie par exemple (qui stocke moins de carbone au passage). La distribution des espèces mute et le paysage risque de changer.

Une forêt touchée (photo Valentin Queloz, WSL).
Cette photo n’a pas été prise en Octobre mais en Juillet dans le Jura suisse. Source : https://www.rts.ch/info/regions/jura/10510203-secheresse-et-parasites-mettent-les-forets-jurassiennes-en-peril.html

Bref, autant nous pouvons à peu près prévoir les températures et les grandes lignes du climat futur, autant leurs conséquences concrètes sur la biodiversité sont difficiles à cerner tant les interactions sont nombreuses. Néanmoins, le changement climatique représente une pression supplémentaire sur la biodiversité déjà largement menacée. Je vous laisse quelques liens pour aller plus loin sur les menaces qui pèsent sur la biodiversité : définition, menaces et protection de la biodiversité (en 3 parties) ; la biodiversité va mal, en quoi cela nous concerne ?

Vers quoi se dirige-t-on aujourd’hui ?

La trajectoire actuelle serait de l’ordre de +4-5°C d’ici à 2100, avec une augmentation des températures qui va évidemment continuer après 2100 si nous ne faisons rien. Les scientifiques modélisent depuis de nombreuses années le climat futur. Cela représente un exercice compliqué car beaucoup de paramètres entrent en jeu : la concentration des gaz à effet de serre (évidemment), les capacités du système à s’auto-réguler, les boucles et événements naturels qui peuvent accentuer ou diminuer le réchauffement, le hasard joue aussi un rôle, mais aussi notre capacité à faire quelque chose ou non. Ci-dessous vous trouverez des modèles (très) récents produits par les climatologues. Tous ces modèles ont été revus à la hausse par rapport à leur version précédente car tout semble aller plus vite que ce que l’on avait prédit jusque là. Vous voyez qu’en fonction des modèles, nous pourrions être à +1.5 ou +5.5°C avant la fin du siècle et je le répète une nouvelle fois, cette augmentation ne s’arrête pas par magie en 2100, les températures continueront à augmenter tant qu’il y a des gaz à effet de serre rejetés dans l’atmosphère.

Toutes les explications de ces modèles ici en anglais : https://www.carbonbrief.org/cmip6-the-next-generation-of-climate-models-explained

Nous voyons sur cette figure des rectangles avec un point qui représente la moyenne puis des valeurs un peu plus hautes et un peu plus basses, c’est l’intervalle de confiance. On ne peut pas être certain qu’il fera exactement +3.3°C si l’on suit scénario gris, mais on peut être sûr qu’il fera en gros entre +2.0 et +4.3°C.

Les scénarios les plus optimistes sur la gauche considèrent que nous prenions très rapidement des mesures pour lutter contre le réchauffement climatique afin de stabiliser la température autour de +2°C. Vous remarquerez que le scénario tout à fait à gauche est celui qui représente ce qui a été annoncé lors des accords de Paris. Il stipule en gros que nous dépasserions +2°C durant la moitié du siècle, mais qu’ensuite nous développerions une stratégie pour re-capturer du carbone dans l’atmosphère pour rapidement baisser la température. C’est à dire laisser la forêt reprendre sa place sur la planète pour stocker le carbone. Vous voyez donc combien ce scénario est peu probable car pour le moment les forêts disparaissent de la planète, et un arbre ne poussant pas en quelques années, nous devrions déjà être en train de massivement reforester la planète si nous souhaitions vraiment atteindre cet objectif. À l’inverse, tout à fait à droite, se trouvent les deux scénarios les plus pessimistes où nous continuons notre vie exactement comme nous le faisons jusqu’à maintenant (« business as usual ») avec des niveaux de développement des pays « pauvres » variables. Nous avons donc un gradient avec d’un côté : beaucoup de mesures prises rapidement + de la recapture de CO2, et de l’autre : rien de plus que ce que nous faisons déjà.

Il y a fort à parier que nous nous retrouverons donc dans un des modèles au centre-droit, c’est à dire le gris (dans le meilleur des cas), le jaune (probablement) voire le orange si nous continuons à remettre le soucis du climat au mandat suivant. Mais du coup, quelles peuvent être les répercussions d’un climat à +5°C ? Difficile à dire, mais en regardant les climats passés, on peut avoir une idée de l’ampleur des changements à venir.

Les grandes glaciations voient le climat se bouleverser de quelques degrés sur des milliers d’années et pour autant, beaucoup d’espèces n’arrivent pas à s’adapter et s’éteignent naturellement (notamment toute la mégafaune d’Eurasie et d’Amérique, que l’on a semble-t-il aider un peu à rayer de la carte en la chassant). Lors de la dernière glaciation, le climat s’est refroidit en moyenne de -5°C (avec un pic autour de -7-8°C), et l’Europe ressemblait à l’image ci-dessous : toute l’Europe du Nord est un glacier, la Suisse est recouverte de plusieurs centaines de mètres de glaces, ainsi que les Alpes, les Savoies, une partie de l’Isère, de l’Ain et de la Drôme, et des océans 120m plus bas qu’aujourd’hui permettant de se rendre à pied au Royaume-Unis (dont le Nord est aussi sous la glace). Que pourrait-il se passer si nous atteignons +5°C en quelques décennies en suivant la trajectoire actuelle ?

File:Weichsel-Würm-Glaciation.png
Dernier maximum glacière il y a environ 20’000 ans où le climat était 5°C plus frais qu’aujourd’hui. source : Wikipedia

Nous savons que le réchauffement climatique ne va pas avoir la même intensité partout sur la planète, ni les mêmes conséquences. +5°C en moyenne, cela signifie +8°C sur les continents car la terre chauffe plus vite que l’eau. Cela signifie aussi +10°C voire plus au niveau des hautes et basse latitudes car les pôles chauffent aussi plus rapidement que l’équateur. Comme mentionné plus haut et illustré avec la figure ci-dessous, de grands changements d’écosystèmes sont à prévoir d’ici la fin du siècle.

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Avec un réchauffement compris entre 2 et 6°C (scénario moyen), la végétation d’Amérique du Sud est vouée à largement changer d’ici à la fin du siècle, peu importe les modèles utilisés. On observe notamment la réduction drastique de la forêt tropicale pour laisser place à de la savane. Pour rappel, les forêts, en plus de représenter l’habitat le plus riche en espèces de la planète, sont des puits naturels du CO2 atmosphérique. La déforestation accélère et favorise leur disparition dans un contexte de réchauffement du climat, et donc favorise une accélération du réchauffement (boucle de rétroaction positive). Source : https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1029/2007GL029695

Ce que nous a appris la crise du coronavirus

La crise sanitaire et surtout le confinement d’une partie du monde (celle qui pollue le plus) a permis de baisser les rejets de CO2. Ce sera une des rares années où le CO2 émis ne va pas être un record et surtout la première année où nous respecterons les accords de Paris à l’échelle globale. Cette année, le jour du dépassement de la terre a même gagné 3 semaines, youpi !

Nous devrions observer cette année une baisse des émissions d’environ 4 à 6%. C’est à la fois beaucoup, et pas tant que ça. Nous parlons en effet d’une baisse des émissions de CO2 et absolument pas une baisse de la concentration de CO2 dans l’atmosphère qui elle continue largement d’augmenter et qui est le seul facteur à avoir un impact sur le réchauffement climatique. Ce n’est pas parce que vous jetez votre poubelle tous les 3 jours plutôt que tous les 2 jours que vos déchets ne vont pas s’accumuler dans la rue. Ce chiffre montre aussi que l’impact réel de cette crise sanitaire et des mesures qui ont été prises n’est finalement pas si grand. Nous avions l’impression que le monde était à l’arrêt, les individus ne pouvaient pas sortir de chez eux pendant 2 mois, les entreprises majoritairement fermées et pourtant sur l’année, nous n’observons qu’une variation de quelques pourcentages des émissions de CO2. Cela est évidemment dû au fait que nous n’avons pas tous été confinés sur la planète et que nous n’avons pas été confiné plus de quelques semaines sur une année. Au moment de la crise en revanche, les émissions ont parfois chuté de 20% par rapport à 2019 avec des variations importantes entre les secteurs, pays etc (voir figures ci-dessous).

figure4
Alors que globalement les émissions journalières de CO2 ont baissé dans tous les secteurs, les émissions dues à la production d’électricité (residential) sont restées stables, voire ont légèrement augmenté pendant le confinement. Source : https://www.nature.com/articles/s41558-020-0797-x/figures/3
Fig. 3
Baisse des émissions de CO2 de l’année 2020, calculée au mois de Mai 2020. Attention, une nouvelle fois nous parlons d’émission et donc de la quantité rejetée quotidiennement dans l’atmosphère, on ne parle absolument pas de concentration de CO2 qui elle continue d’augmenter et qui est le seul paramètre à avoir un effet sur le réchauffement. Source : https://www.nature.com/articles/s41558-020-0797-x/figures/3

Cela signifie que la mise à l’arrêt de notre système économique peut largement faire baisser les émissions de CO2, rapidement et efficacement. Si nous souhaitons limiter les effets du réchauffement climatique à +2°C en suivant les accords de Paris, il faudrait être en mesure de d’avoir une baisse similaire sur la quantité rejetée de CO2 tous les ans. Pour que vous compreniez bien ce que cela implique, il faudrait un confinement identique à celui de 2020 supplémentaire tous les ans. Et oui, car cette année nous avons baissé nos émissions de 5% (environ) par rapport à 2019. Mais l’année prochaine, il nous faudra baisser de 5% nos émissions par rapport à 2020, où nous avons déjà eu un confinement. Il faudrait donc 2 confinements en 2021, 3 confinements en 2022 etc.

Vu la crise économique actuelle résultant de cette baisse infime des émissions de CO2, il est totalement invraisemblable d’imaginer répéter et doubler cela l’année prochaine. C’est économiquement impossible, et pourtant, c’est pour le moment la seule option fonctionnelle. Cela démontre parfaitement combien tout notre système économique est dépendant de la consommation et donc des émissions de CO2. Le baril de pétrole a même été « gratuit » durant le confinement suite à l’effondrement de la demande (et à la gue-guerre des pays producteurs). Nous sommes donc loin, très loin de pouvoir assumer les efforts titanesques qu’il faudrait mettre en place si nous souhaitions réellement changer notre impact sur le climat, à moins de sacrifier l’économie telle que nous la connaissons. Nous n’arrêterons pas le réchauffement climatique.

Pour terminer sur une note négative

Même si nous arrivons par une méthode inconnue à baisser nos émissions de CO2 jusqu’à la neutralité en 2050 et que nous limitons le réchauffement climatique à +2°C, cela ne veut pas dire que tout sera parfait pour autant. Une bonne partie du CO2 rejeté dans l’atmosphère aujourd’hui y restera des centaines, voire des milliers d’année. Nous influons donc actuellement sur le climat à long terme de notre planète !

D’un point de vue climatique, un monde à +2°C est très différent d’un monde à +1°C comme il l’est actuellement, et les changements prennent généralement du temps à être perceptibles à cause de la résilience des systèmes. +2°C c’est déjà une avancée des déserts, une désertification des alentours de la méditerranée, des longues périodes de sécheresse, des orages et phénomènes météorologiques violents plus fréquents (inondations, grêle vent violent voire tornades comme en Italie fin Août 2020), des canicules encore plus extrêmes en été etc.

D’un point de vue plus sociétal, réussir à rester sous les +2°C ne va pas être une partie de plaisir. Il ne faut pas croire que nous pouvons limiter notre impact climatique sans drastiquement changer nos habitudes. En vrac, cela signifie moins d’importations en tous genres : nourriture, électroménager, gadgets & technologies comme les smartphones, les ordinateurs, voitures etc. Cela signifie ne plus manger autant de bananes/d’avocats cultivés à l’autre bout du monde, ne plus acheter d’appareils électroniques neufs, ne pas jeter mais réparer ces mêmes appareils, ne pas changer de téléphone ou d’ordinateur tous les ans, ne plus acheter sur des gros sites à l’emprunte carbone désastreuse (Amazone par exemple) et la liste est longue. Mais cela signifie aussi une réduction drastique des voyages en avion, quasiment plus de déplacements en voiture, moins de confort (chauffage etc.) et beaucoup moins de consommation de manière globale.

Comme le dit J-M. Jancovici, cela revient à diviser par environ 6 la consommation individuelle de pétrole par rapport à la génération précédente, car nous sommes plus nombreux, nous avons accès à une quantité effroyable de technologie avec une emprunte carbone terrifiante, nous voyageons beaucoup plus, nous sommes déjà habitués à un confort gourmand en énergies fossiles et on nous pousse toujours plus à la consommation plutôt qu’à la sobriété. Cela vous paraît jouable ? Bof…

Evidemment, ce ne sont pas les plus pauvres qui consomment le plus. Néanmoins, les citoyens européens sont parmi les plus riches relativement au reste du monde et surtout parmi les plus gros consommateur et pollueur car nous délocalisons la majorité de notre pollution vers d’autres pays (au pif, la Chine) en important leurs produits. En réalité, et aussi terrible que cela puisse paraître car il est toujours plus facile de dire aux autres de changer, c’est à nous tout-e-s de faire le maximum d’efforts, même les plus modestes.

figure3
Même si l’on respectait les accords de Paris et que l’on maintenait la température globale en dessous de +2°C, de larges zones notamment tropicales deviendraient tout bonnement inhabitables pour les humains (second graphique RCP 2.6). Si nous continuons sur notre lancée, c’est toute la ceinture tropicale qui sera invivable (graphique du bas RCP 8.5). Source : https://www.nature.com/articles/nclimate3322?dom=prime&src=syn

Histoire de finir sur une touche positive (quand même), la crise sanitaire nous a montré qu’il était possible de créer de l’argent sans trop de problèmes et un investissement massif et rapide vers une réelle transition énergétique est une nécessité absolue. Nous avons aussi vu que nous pouvions accepter des mesures contraignantes face à l’urgence et il faudra nécessairement mettre en place des restrictions pour limiter notre consommation. Par exemple, nous pourrions avoir des seuils individuels d’émission de CO2 à ne pas dépasser qui prendraient en compte les voyages, les transports mais aussi nos biens de consommation. J’aime beaucoup cette idée de « seuil individuel » carbone à ne pas dépasser car ce serait une restriction universelle plus juste qu’une taxe qui ne changera rien (les pauvres qui ne consomment rien consommeront moins, et les riches qui peuvent payer la taxe continueront à polluer).

Sachant que le pétrole commence de toutes manières à manquer, ces changements profonds se feront de gré ou de force, plus nous nous y prenons tôt, plus nous pouvons nous adapter tranquillement, moins le climat se réchauffe, plus se sera facile. En effet, il y a fort à parier que nous limiterons nos émissions lorsque le pétrole deviendra trop cher. Je vous laisse d’excellentes vidéos qui m’ont beaucoup inspirées si vous souhaitez creuser le sujet :

Le Réveilleur et les climats passés, n’hésitez pas à regarder ses vidéos qui décortiquent le changement climatique, c’est long et difficile à comprendre pour le commun des mortelles mais il vulgarise très bien l’information scientifique : https://www.youtube.com/watch?v=NRdaPrMNrkI

Quelques conférences de J-M Jancovici qui a une vision très éclairée sur le CO2, l’énergie, notre société et le changement climatique: https://www.youtube.com/watch?v=UM3EW01_PUY ; https://www.youtube.com/watch?v=v8qGglY_jM4 . Les deux conférences sont similaires mais l’une est plus détaillée que l’autre.

Enjoy !

Pinguicula primuliflora, plus résistante qu’on ne le croit

Je cultive cette espèce depuis une quinzaine d’années maintenant et je voulais faire un point rapide sur sa culture et notamment sa tolérance au froid : j’ai en effet quelques plantes qui poussent en tourbière extérieure toute l’année, en Savoie, où les gelées peuvent être assez fortes en hiver. Je vous détaille ici ma méthode de culture et ma compréhension de cette résistance.

Localisation & climat

Pinguicula primuliflora pousse dans le Sud-Est des États-Unis où le climat est dit sub-tropical, au même titre que les Sarracenia ou la dionée. Elle pousse d’ailleurs très souvent en compagnie de Sarracenia dans le sud des états d’Alabama et du Mississippi. Voici une carte des observations de cette espèce en milieu naturel, issu du site GBif

Observations directes géoréférencées de Pinguicula primuliflora en Mai 2020

Cette espèce pousse dans des milieux très humides, parfois inondés, et demande donc beaucoup d’eau en culture. C’est pour cette raison qu’elle se plaît généralement avec de l’eau jusqu’au niveau de la rosette et qu’elle survie très bien plusieurs semaines sous l’eau. Cette abondance d’eau permet entre-autre sa multiplication végétative très caractéristique, et redoutablement efficace, avec la création de nouvelles plantules à l’extrémité des feuilles (ce qui est plus rare si l’arrosage est plus modéré).

Concernant les températures, cette région reste relativement chaude toute l’année, mais l’Amérique du Nord subit souvent des descentes de vortex polaires, c’est-à-dire des masses d’air froid qui sont éjectées du pôle Nord et qui redescendent le long du continent, parfois jusqu’au Sud des États-Unis. Ainsi, les minimales observées dans la région au mois de Janvier tournent autours de 0°C, mais les records de fraîcheur peuvent tomber très bas (-33°C au Nord de l’Alabama, -27°C en Louisiane ou encore -28°C au Mississippi). Il peut donc faire froid, très froid, dans le sud des États-Unis, mais ces événements ne durent généralement pas plus de quelques jours, ce qui est différent des gelées constantes d’un point de vue purement adaptatif pour les espèces. Ces descentes d’air froid jusque dans le sud des États-Unis devraient d’ailleurs expliquer pourquoi les Sarracenia résistent très bien au froid alors que le climat est en moyenne plutôt doux.

La fleur caractéristique de Pinguicula primuliflora

En culture

Pinguicula primuliflora est plus fragile que les Sarracenia car elle ne possède pas de rhizome enterré lui permettant de stocker de l’énergie, de se protéger l’hiver, et de repartir à la belle saison si le froid a été trop intense. En revanche, elle possède de grosses racines pouvant faire office d’organes de stockage et il n’est pas rare que le feuillage disparaisse totalement en hiver avant de repartir du cœur de la rosette au printemps. Ses racines lui permettent donc de supporter quelques gelées mais il faudra la protéger davantage si vous souhaitez qu’elle passe l’hiver dehors sous nos latitudes (quoique dans les régions côtières où le gel est rare, ce n’est peut être même pas nécessaire !).

Chez moi, elle supporte très bien les hivers savoyards en serre froide, où la température peut descendre jusqu’à -10°C la nuit (ponctuellement) mais remonte assez vite en journée pour peu qu’il y ait un rayon de soleil. Mais depuis quelques années, j’ai plusieurs plants qui se développent en tourbière extérieure avec mes Sarracenia et ils se portent à merveille. Ils fleurissent peu par rapport aux plantes en serre mais se multiplient et poussent correctement à la belle saison. Attention tout de même, les derniers hivers ont été globalement assez doux, ce qui n’a pas empêché quelques épisodes brefs mais particulièrement froids où les températures n’ont pas dépassé les 0°C sur quelques jours (en 2018 notamment).

Mais alors comment cette espèce a pu survivre aux derniers hivers à l’extérieur ? Le secret de cette réussite (involontaire !) est, je pense, dans l’utilisation de l’eau et d’une protection naturelle (tout aussi involontaire). En effet, durant l’hiver, les plantes sont noyées sous quelques centimètres d’eau et recouvertes par des feuilles d’arbres qui tombent dans la tourbière à la fin de l’automne ainsi que par quelques graminées qui sèchent et meurent. Cette légère protection naturelle ajoutée à la noyade lui permettent de résister à de belles gelées, de l’ordre de -5 ou -6°C durant la nuit sans aucun soucis. La température est très probablement tombée plus bas ponctuellement durant la nuit. Il arrive même régulièrement que l’eau gèle en surface, ce qui n’a pas l’air d’impacter les plantes, au contraire, cela pourrait même les protéger davantage du froid car la glace est un excellent isolant. Il arrive aussi que toute la rosette soit prise dans la glace, sans réelles conséquences. Ce sont probablement ces deux éléments (la noyade et la protection par les végétaux morts) qui lui permettent aussi de se maintenir en milieu naturel lors des épisodes de gel !

Pour résumer, si vous souhaitez maintenir Pinguicula primuliflora à l’extérieur, n’hésitez pas à la noyer sous quelques cm d’eau pendant l’hiver et à la recouvrir d’herbes/feuilles mortes. Personnellement je ne fais absolument rien intentionnellement, le niveau de l’eau monte « naturellement » dans la tourbière en hiver et les graminées aux alentours meurent tout aussi « naturellement » lorsqu’il commence à faire froid. Je conseillerais aussi de l’exposer plutôt au soleil du matin, cela permet à la température de rapidement monter et d’éviter à la plante de rester trop longtemps gelée. De plus, elle supporte moyennement bien le plein soleil dans la journée et je la cultive généralement à l’ombre dans la serre.

Pinguicula primuliflora en tourbière extérieur. Notez l’abondance d’eau ainsi que les débris végétaux qui lui ont permis de supporter les derniers hivers sans soucis en Savoie.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez aller plus loin dans vos recherches, je vous mets quelques liens pratiques à disposition. N’hésitez pas à me faire part de vos propres observations et expériences sur cette espèce !

Climat aux Etats-Unis :

https://en.wikipedia.org/wiki/U.S._state_and_territory_temperature_extremes

https://fr.wikipedia.org/wiki/Climat_des_%C3%89tats-Unis#Les_r%C3%A9gions_subtropicales_du_Sud-Est

Pour en savoir plus sur la culture de P. primuliflora :

http://www.pinguicula.org/A_world_of_Pinguicula_2/Pages/pinguicula_primuliflora.htm

Enjoy !

Les « services écosystémiques », définition, discussion, et limites dans la protection de l’environnement

Les services écosystémiques regroupent les fonctions des écosystèmes et leurs contributions au fonctionnement de notre société ainsi qu’à notre bien être général. Ce concept plutôt récent a permis un autre regard de la nature, surtout à destination des décideurs politiques qui n’ont pas forcément la formation nécessaire, les connaissances ou l’intérêt de protéger l’environnement. Regardons d’un peu plus près à quoi correspondent les services écosystémiques et discutons des limites dans la conservation de l’environnement de ce concept anthropocentré.

C’est quoi un « service écosystémique »

Comme son nom l’indique, c’est un service, gratuit, rendu par la nature, qui nous permet de vivre et de faire fonctionner notre société. Ce sont toutes les contributions de la nature qui nous affectent directement. Par exemple, la pollinisation de nos arbres fruitiers et nos plantes à fleurs qui produisent nos fruits et légumes est un service (gratuit) de la nature : les insectes vont polliniser nos cultures ce qui nous permet de manger. Voyons tout de suite plus d’exemples afin de bien cerner ce concept.

On classe généralement ces services en 4 grandes catégories :

  • Les services d’approvisionnement/production : ce qui nous permet de nous nourrir et de nous donner des ressources (bois, poissons, pollinisation, accès à l’eau etc.)
  • Les services de régulation : ce qui permet la résilience de la biosphère face aux perturbations (protection ou atténuation de catastrophes naturelles par des écosystèmes particuliers, stockage du CO2 et limitation du réchauffement climatique, purification de l’eau etc.)
  • Les services de support : ce qui permet aux écosystèmes de fonctionner sans trop de problèmes (formation des sols, cycle de l’eau et des nutriments, résilience grâce à la biodiversité etc.). Cette catégorie est souvent fusionnée aux services de régulation.
  • Les services culturels : ce qui nous touche en tant qu’être humain (beauté des paysages, spiritualité, éducation, appréciation de la nature en général etc.)

Peut être est-ce la première fois que vous entendez parler de services écosystémiques auquel cas vous devriez être un peu perdu et vous vous demandez probablement où je veux en venir. Ce n’est pas un concept obscure de scientifiques qui s’ennuient, mais quelque chose de très utilisé aujourd’hui dans la protection de l’environnement, notamment par les décideurs politiques. En effet, ce concept a avant tout pour vocation de montrer aux décideurs que la nature (au sens global du terme) joue un rôle extrêmement important dans le fonctionnement de nos sociétés (et de notre économie), et la négliger pourrait à terme nous être fatal. L’idée est aussi de montrer qu’une trop forte pression sur ces services (surpêche, surconsommation de ressources) entraîne une rupture et une disparition de ces mêmes services (donc moins de poissons, et moins de ressources, moins d’argent, pour caricaturer).

Les 4 grandes catégories de services écosystémiques, selon le Millenium Ecosystem Assessment

Un concept très centré sur l’Homme ?

Les services écosystémiques regroupent en réalité deux grandes entités, bien différentes l’une de l’autre.

  • Les fonctions des écosystèmes

Dire que les écosystèmes ont une « fonction » est un peu tendancieux mais c’est la meilleure description de ce concept. Dans le système « Terre » global, les écosystèmes ont des fonctions différentes et l’ensemble de ces fonctions permettent un certain équilibre. Exemple : les plantes font de la photosynthèse, stockent le carbone et d’autres éléments pendant leur croissance, finissent par mourir, ces éléments sont ensuite dégradés par toute une communauté d’organismes afin de les rendre à nouveau disponibles pour un prochain cycle. C’est grossièrement ce que l’on appelle le cycle du carbone. Dans ce cycle, les habitats, les écosystèmes et les organismes qui entrent en jeu vont avoir des rôles différents (fixer le carbone de l’atmosphère, dégrader les végétaux morts etc.), ce sont leur fonction. D’autres exemples : une prairie fleurie aide au maintien des populations d’insectes (c’est une des fonctions des prairies), les forêts stockent beaucoup de carbone, les points d’eau permettent aux animaux de s’abreuver, les grands habitats naturels régulent le climat global et influence le climat local (effet tampon) etc. Chaque habitat, organisme ou écosystème possède un ou plusieurs rôles écologiques permettant un équilibre global.

Un dernier exemple pour la route afin de bien comprendre. Les steppes permettent de nourrir beaucoup d’animaux herbivores qui mangent les plantes qui s’y trouvent. Les insectes pollinisateurs fécondent les fleurs de ces steppes ce qui permet leur reproduction et donc le maintien de cet habitat (même si beaucoup de graminées se pollinisent avec le vent). Les prédateurs mangent l’excédent d’herbivores permettant ainsi de laisser des fleurs, pour la pollinisation, ils aident donc indirectement le maintien de cet habitat. Les herbivores empêchent les steppes de se transformer en forêt en mangeant les jeunes pousses des arbres, permettant ainsi le maintien de la communauté végétale et des pollinisateurs.

Tout est finement intriqué et tout fonctionne à merveille. Attention, il n’y a rien d’ésotérique là-dedans, nous parlons bien de l’interaction écologiques des organismes. Cette intrication des fonctions des écosystèmes est fondamentale pour garantir une grande résilience face aux changements : cela signifie que les petits aléas et perturbations naturelles sont rapidement compensées afin de revenir à un état d’équilibre. Par exemple, si la population d’herbivores augmentent beaucoup et mangent toutes les plantes, cela peut avoir des conséquences terribles pour les espèces végétales mais aussi pour les insectes qui dépendent de ces habitats. Heureusement, des processus naturels entrent en jeu afin de réguler cet excédent d’herbivores : la population de prédateur va rapidement augmenter, consommer le « trop plein » d’herbivores et en quelques années on observera un retour à la norme. Cependant, cette intrication rend aussi les écosystèmes d’une grande vulnérabilité quand les perturbations sont intenses et répétées, par exemple à cause de notre impact sur la nature. Si nous décidons que le prédateur n’est plus souhaité dans notre environnement (c’est exactement ce qu’il se passe avec le loup), alors tout l’équilibre est rompu, il n’y a plus de régulation et cela coûte cher à gérer (chasse, dégâts sur les culture, impact directe sur la régénération des espèces car les plantules sont mangées en forêt etc.). À l’inverse, si vous ré-introduisez des prédateurs là où ils avaient disparu, cela peut considérablement changer le paysage, comme cela s’est produit dans le parc naturel de Yellowstone.

Cette vidéo vous montre comment l’introduction de top prédateur, dans ce cas le loup, à considérablement modifié la biodiversité, jusqu’à changer l’aspect des cours d’eau (oui oui).

Chaque écosystème est donc un petit système connecté à un ensemble d’autres systèmes sans lesquels il ne pourrait fonctionner. Ces fonctions, ces « rôles écologiques », permettent globalement un équilibre des interactions et des écosystèmes à la surface de la Terre.

  • La production de ressource et notre bien-être

La deuxième moitié des services écosystémiques a une origine très différente et représentent en fait notre manière de vivre, notre économie et notre vision du monde en tant qu’être humain ou de société qui souhaite se développer. Nous pouvons apprécier particulièrement un habitat car il nous rend des services économiques (il nous permet de gagner de l’argent, ou de ne pas en perdre) ou simplement car on le trouve beau. Par exemple, nous l’avons dit plus haut, les forêts stockent du CO2, mais elles produisent aussi du bois, et protègent les habitations des avalanches ou des glissements de terrain. Elles fournissent donc de nombreux services très utiles à notre société (production, protection, atténuation de nos effets sur le climat etc.). Elles peuvent aussi être appréciées par les joggeurs ou les randonneurs (services culturels).

Alors a priori, jusque là tout va bien. Sauf que ces services de production et culturels ne sont pas forcément en adéquation avec la biodiversité. C’est logique, on ne parle pas là d’éléments naturels, ou de fonctions écologiques, mais bien des avantages de la nature pour nous-même. Certains services, s’ils sont conservés, peuvent être nuisibles à la biodiversité. Par exemple, une forêt avec des arbres jeunes va pousser plus vite, donc stocker plus de CO2 qu’une forêt vieille. Il est plus facile de produire et vendre du bois dans une forêt jeune, plantée et entretenue. Une forêt jeune est donc plus intéressante qu’une forêt vieille, si l’on en croit cette sélection de services écosystémiques. Pour la maintenir jeune, il faut l’exploiter, et couper les arbres qui atteignent leur maturité, les revendre et gagner de l’argent au passage, tout en absorbant le CO2 de l’atmosphère. En revanche, une forêt vieille est beaucoup plus intéressante pour la biodiversité, les arbres vieux servent d’habitats à d’autres plantes (mousses, épiphytes), les arbres morts qui se décomposent offre de la nourriture à une multitude d’espèces (champignons, myxomycètes, insectes) qui sont à la base de nombreuses chaines trophiques (ils sont mangés par plein d’autres bestioles). Dans ce cas, que faire ? Le problème est très complexe et il n’est pas facile de décider. Vous vous dîtes sans doute que se protéger du changement climatique tout en gagnant de l’argent semble la solution la plus raisonnable (« win-win » comme on dit). Maintenant si je vous dis qu’il n’existe plus (allez, disons presque plus) de forêts vieilles en Europe, et si j’ajoute que si le bois produit par la forêt jeune et exploitée est brûlé, tout le CO2 emmagasiné par les arbres sera immédiatement relargué dans l’atmosphère, le choix devient moins clair et il semblerait donc qu’une jeune forêt serve avant tout… à vendre du bois, plus qu’à nous protéger du changement climatique.

Bon j’ai pris un exemple volontairement bancal et il y a beaucoup de « si » dans cette affaire. L’idée est simplement de vous montrer que c’est plus compliqué que ça n’y paraît. Mais le problème se pose dans la conservation : doit-on protéger un service, ou la biodiversité ? Doit-on protéger une forêt jeune, entretenue, proche des villes et cadastrée pour qu’elle soit appréciée des randonneurs citadins, pour sensibiliser les jeunes générations à la nature, ou bien volontairement laisser une forêt « moche » vieillir, sans entretien, en la rendant inaccessible afin d’aider la biodiversité ?

Bon, certains services écosystémiques (pas tous !) sont centrés sur l’Homme et son intérêt économique ou culturel, soit. Les services écosystémiques sont une porte d’entrée pour montrer les relations directes qu’il existe entre notre société et la nature, soit. Mais un petit problème fait son apparition dans la conservation de la nature depuis quelques années : certaines villes / communes ne se basent que sur des services écosystémiques pour protéger leur environnement, potentiellement au détriment de la biodiversité. C’est-à-dire que l’on choisit de protéger des milieux, sur des principes potentiellement biaisés. Attention, ne considérer QUE la biodiversité n’est pas non plus souhaitable et j’en parlerai peut être plus longuement dans un prochain article.

La nature à notre service ?

Pour intéresser encore plus les décideurs politiques et les sphères économiques qui ne se soucient que très peu, par exemple, de l’état des populations d’insectes dans le monde, il existe même une monétisation des services écosystémiques. En effet, on calcule la somme d’argent que l’on perdrait si un service n’existait pas. Par exemple, s’il n’y avait pas d’insectes pollinisateurs, on ne pourrait plus vendre de fruits et d’autres denrées alimentaires, on perdrait alors beaucoup d’argent (et à manger). De même, la protection d’habitats naturels contre les risques de crues ou de glissement de terrain est calculable (combien ça coûte de reconstruire un village, ou de grosses barrières de protection etc.). Et en faisant ces calculs on se rend compte de deux choses : 1) protéger des habitats naturels peut être TRÈS intéressant économiquement et 2) certains services sont plus importants que d’autres à conserver car s’ils venaient à disparaître, on perdrait plus d’argent.

Reprenons notre exemple de la forêt jeune qui stocke du CO2, et disons que cette forêt protège aussi un petit village des risque de glissement de terrain ou d’avalanche en montagne. Cette forêt nous rend énormément de service (production, stockage de CO2, protection etc.), mais le but premier de cet habitat n’est pas de nous rendre service ! Une forêt a des fonctions bien particulières dans l’écosystème et héberge tout une diversité unique. Le fait qu’un village se trouve en aval, ou que nous rejetons des quantités astronomiques de CO2 dans l’atmosphère n’a rien à voir avec son « rôle » premier. Cela signifie qu’un habitat qui ne nous rendrait pas services serait moins intéressant ? Une belle forêt ancienne sur un terrain plat et constructible est-elle alors intrinsèquement moins intéressante à protéger ?

Dans la même veine, parlons des services écosystémiques culturels, c’est à dire la valeur sentimentale/spirituelle que l’on attribut aux différents habitats par rapport à notre perception, nos intérêts ou nos expériences. Si les gens apprécient un endroit, ce n’est pas pour autant que cet endroit est fondamentalement important pour la biodiversité, le fonctionnement des écosystèmes ou la nature en général. Une façon d’étudier les services culturels est par exemple de demander à des citadins quel milieu naturel ils préfèrent dans leur commune/agglomération afin de le protéger ou de le mettre en valeur. Ils vont probablement désigner le parc municipal le plus entretenu, planté, tondu et perturbé. En même temps, ce n’est pas de leur faute, s’ils ont l’habitude de passer des bons moments dans ce parc, il est logique qu’ils le choisissent. Mais s’ils n’ont jamais eu d’expériences avec de « vrais » habitats naturels, ils n’ont peut être pas toutes les cartes en main pour réellement choisir quels habitats ils préfèrent. Peut être que si à la place d’un parc très entretenu, on avait laissé une prairie avec des herbes hautes, des insectes, des fleurs et des animaux, les citadins auraient préféré la prairie naturelle au parc entretenu. Cela pourrait aider à concilier nos critères de beauté, et la protection de l’environnement.

Certains services écosystémiques peuvent aider à atténuer l’impacte du réchauffement climatique. Un exemple très connu est la plantation d’arbres en ville. Les arbres représentent un habitat pour de nombreux insectes et oiseaux et permettent une certaine continuité entre ce qui est « naturel » et la ville, ce qui est très important pour connecter les habitats. Il serait donc très intéressant d’en planter beaucoup, partout (et si possible des espèces indigènes !). De plus, les arbres fournissent un service très intéressant : ils abaissent localement la température. Vous avez sans doute constatés qu’il fait plus frais sous un arbre qu’au milieu d’un parking de béton, et ce type de service est particulièrement important actuellement car les vagues de chaleur et canicules vont fortement progresser dans le monde dans les prochaines décennies à cause du changement climatique. De même, ils peuvent aider à légèrement dépolluer l’air des centres villes (même si cette affirmation ne semble pas faire totalement consensus dans la communauté scientifique). Mais si l’on réfléchit un peu à ces deux services très promus des adeptes des arbres en ville, ils correspondent en fait totalement aux conséquences de notre mode de vie. En effet, nous souhaitons dans ce cas atténuer les effets des vagues de chaleurs et la pollution des centre-villes. Mais le vrai problème ne viendrait-il pas du fait que nous polluons et que nous provoquons le réchauffement climatique ?

Faire attention et ne pas se voiler la face

Il ne faut pas se voiler la face, planter quelques arbres par-ci par-là tout en continuant notre vie ne suffira clairement pas à nous protéger du changement climatique et de ses conséquences (mais ça aide à se faire élire 🙂 ). Il ne faut pas croire que nous pourrons continuer à polluer « comme avant » une fois que chaque commune aura planter sa petite forêt entretenue pour lutter contre le réchauffement global. Il faut combattre le problème à la base et c’est tout notre mode de vie qu’il faut revoir : s’il n’y avait plus de pollution, on pourrait se concentrer sur la protection de l’environnement et pas sur des services qui aident à réguler les conséquences négatives de cette pollution (tout en continuant à polluer, la boucle est bouclée). Car l’effondrement de la biodiversité peut avoir des conséquences terribles et notamment l’arrêt de toutes ces fonctions, ces « rôles écologiques » que remplissent les habitats et les organismes pour que l’ensemble du système tienne debout. Le problème, c’est que l’arrêt de ces fonctions n’est pas linéaire, c’est-à-dire qu’on ne peut pas le quantifier comme : s’il y a 50% d’espèces en moins, on a 50% de fonctions en moins. Il existe ce qu’on appelle des « tipping-points », ou des « points de non retour » et l’arrêt des fonctions écologiques ressemblent plus à des marches d’escaliers, elles chutent brutalement, d’un coup, au delà d’un certain seuil, et il est extrêmement difficile de réparer cela car tout l’écosystème retrouve un nouvel équilibre très résilient (avec moins de diversité et moins de fonctions, mais qui est stable). Pour inverser ce changement, il faut mettre au moins autant d’effort dans la réhabilitation des milieux naturels que nous en mettons à les détruire, ce n’est donc pas gagner d’avance !

Si l’on supprimait d’un coup les loups du parc de Yellowstone, il ne se passerait sans doute pas grand chose les premières années mais au bout d’un moment, chaque étape présentée dans la vidéo sera déconstruite. Il faudrait en fait passer la vidéo à l’envers pour s’en rendre compte. Les herbivores augmenteraient, mangeraient les jeunes pousses, jusqu’à ce qu’elles ne puissent plus remplacer les arbres adultes, qui vont alors disparaître, empêchant d’autres espèces d’oiseaux de se nourrir, de même pour le castor, qui ne fabriquera plus de barrages, donc les poissons qui y vivent vont disparaître ainsi que leurs prédateurs, les berges seront moins stables etc. Jusqu’au moment où on trouvera un nouvel équilibre entre la disponibilité de nourriture et le nombre d’herbivores, avec beaucoup, beaucoup moins de diversité.

Bon, je pense que nous avons bien compris qu’on ne peut pas se contenter de conserver quelques services écosystémiques qui nous arrangent bien pour protéger la nature, il faut évidemment considérer d’autres éléments tels que la biodiversité et la connectivité des habitats. Mais plus profond que cela, c’est l’ensemble de notre organisation et notre regard à la nature qu’il faut revoir pour changer les mentalités et faire comprendre aux gens que la nature n’est pas au service de l’Homme, mais possède une valeur intrinsèque et des fonctions écologiques qui dépassent nos intérêts. Protéger des écosystèmes uniquement pour nos propres intérêts est au mieux stupide, au pire une preuve cinglante du manque de connaissances, de compétences ou d’intérêt sur le fonctionnement des écosystèmes de la part des décideurs.

Mais les services écosystémiques sont évidemment fondamentaux à conserver, on ne peut pas faire comme s’il n’y avait pas de problèmes, ou comme si nous ne dépendions pas de la nature pour notre survie et notre production. Il faut en revanche bien comprendre à quoi correspond ce concept pour avoir toutes les cartes en main et décider en connaissance de cause. Si nous souhaitons créer une société plus durable, il faudra évidemment conserver tout un tas de services écosystémiques. De même, nous avons besoin de réfléchir à des solutions naturelles pour atténuer les effets désastreux du changement climatique et de nos impacts sur l’environnement. Planter des arbres en ville pour créer des îlots de fraîcheur durant les canicules des décennies à venir est évidemment une priorité pour les habitants et prendre en compte la biodiversité dans l’équation ne coûte rien (planter des espèces indigènes, tenter de faire des liens entre les habitats naturels, laisser l’herbe au pied des arbres pousser etc.).

J’ai volontairement montré des exemples où biodiversité et services écosystémiques sont opposés dans cet article, mais la réalité n’est pas aussi dichotomique. Il existe en fait beaucoup d’études qui montrent que les habitats très diversifiés produisent plus de services écosystémiques que ceux pauvres en biodiversité. Et c’est logique quelque part, plus d’espèces veut dire plus d’intéractions et donc plus de fonctions écologiques remplies par les habitats.

Finalement, le réel problème que démontre ce (très) long article, c’est surtout qu’il faille choisir entre : 1) conserver des services utiles au fonctionnement durable de notre société ou 2) conserver la biodiversité et la résilience des habitats naturels. Le problème est donc avant tout économique, si nous déployons suffisamment d’argent dans la conservation de l’environnement, nous pouvons prendre ces deux éléments en compte sans les opposer. Et c’est même la chose la plus intelligente à faire ! Ce qu’il manque, c’est bien la volonté politique de faire mieux.

Pour aller plus loin sur ce sujet, deux articles scientifiques ainsi que le Millenium Ecosystem Services Assessment

https://academic.oup.com/bioscience/article/67/4/332/3065740

https://www.millenniumassessment.org/en/BoardStatement.html

https://link.springer.com/article/10.1007/s11676-019-00916-x

Enjoy !