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Canicule au Canada, la faute au réchauffement climatique ? Réactions à chaud #3

Vous avez sans doute entendu parlé de la canicule historique qui a frappé l’Ouest des États-Unis et du Canada entre fin Juin et début Juillet 2021 (qui n’est d’ailleurs pas totalement terminée au moment où je publie cet article). Les températures ont été pendant plusieurs jours bien supérieures à 40°C et ont même avoisiné les 50°C par endroit, pulvérisant tous les records de températures de ces régions, parfois de plusieurs degrés (ce qui est extrêmement rare). Il est clair que le changement climatique va entraîner une augmentation des températures et donc une augmentation de la fréquence et de l’intensité des canicules. Pour autant, peut-on vraiment affirmer que le réchauffement climatique en est la cause comme nous pouvons le lire dans certains articles ? Pas si sûr… Dans ce 3e épisode de réactions à chaud (sans mauvais jeu de mot), faisons le point sur la situation et réfléchissons à la responsabilité du changement climatique, tout en nuance.

Rapide topo de la situation

La dernière semaine de Juin, les records de températures ont été pulvérisés dans l’Ouest de l’Amérique du Nord. Ces records concernent des régions entières, des villes et même.. tout un pays ! En effet, le dernier record de chaleur pour le Canada était de 45°C, il est aujourd’hui de 49.6°C soit près de 5°C supplémentaires, ce qui est tout à fait exceptionnel, surtout à l’échelle d’un pays. Les températures observées durant cet épisode se situaient parfois à plus de 22°C au-dessus des normales saisonnières, ce qui équivaut à des températures de l’ordre de 45°C à Paris à la même période, par exemple. Cette information est particulièrement importante car elle prouve que cette région du monde n’est absolument pas habituée ou préparée à des vagues de chaleur de cette amplitude. Dans les autres records impressionnants il faut aussi noter qu’il a fait plus de 20°C, à 1500 mètres d’altitude, au-dessus du 60e parallèle, c’est-à-dire à une latitude supérieure à celle de la ville d’Helsinki, ce qui est absolument inédit (et un peu difficile à imaginer !).

Anomalies thermiques le 28 Juin, soit la veille du jour le plus chaud

Nous avons vu des images impressionnantes montrant le goudron des routes qui fondait et s’ondulait sous l’effet de la chaleur, d’animaux venant se baigner dans les piscines privées, de centres climatisés ouverts en catastrophe pour permettre aux habitants de se rafraîchir etc. La canicule a aussi favorisé l’apparition de feux difficiles à arrêter et la ville de Lytton, qui a subit les températures les plus hautes jamais enregistrées par le Canada, a (quasiment) entièrement brûlé quelques jours plus tard. Mais l’élément le plus important est que la chaleur aurait aussi entraîné des centaines de morts.

La responsabilité du changement climatique

Beaucoup d’articles ont titré ou largement sous-entendu que la canicule était un effet du changement climatique, mais la réalité est bien plus nuancée que ça, reprenons alors les bases.

Le changement climatique est un fait observé et avéré qui se traduit, entre-autre, par une augmentation des températures moyennes mondiales, ainsi qu’une altération des régimes de précipitations. Lorsque l’on parle de réchauffement climatique, on parle donc du réchauffement progressif de la température moyenne mondiale, c’est-à-dire la moyenne de tous les relevés de la planète durant toute l’année. Cela n’exclue donc absolument pas que des régions isolées soient temporairement (ou définitivement !) plus froides qu’avant, puisque l’on mesure la moyenne globale. Nous avions déjà vu que le changement climatique n’est absolument pas incompatible avec l’observation d’une vague de froid, comme c’était le cas ce printemps par exemple. Enfin, nous savons aussi que le réchauffement n’est pas de même intensité partout, il est plus fort en montagne et dans les hautes latitudes (plutôt en hémisphère Nord où se situe une large masse continentale).

Nous savons aussi que ces changements entraîneront une météo plus capricieuse, plus changeante, plus extrême. Nous pouvons donc nous attendre à des tempêtes (ou des orages) plus violentes, plus fréquentes, ainsi que des canicules de plus forte intensité, plus récurrentes, ou qui se produisent plus fréquemment dans des périodes inhabituelles (au printemps ou en automne chez nous par exemple).

En revanche, comme nous ne pouvons pas dire : « il fait froid, donc le changement climatique n’existe pas », nous ne pouvons pas non plus affirmer : « il fait chaud, donc le changement climatique existe » (et oui, ça fonctionne dans les deux sens…). On ne le répétera jamais assez, mais il ne faut pas confondre météo et climat. Ainsi, nous ne pouvons pas dire que la canicule qui a touché l’Amérique du Nord est causée par le changement climatique et j’en veux pour preuve que le dernier record de température du Canada de 45°C date de 1937, donc bien avant le début des aléas climatiques dus aux activités anthropiques. De plus, cette canicule est très bien expliquée par le blocage atmosphérique de type Oméga qui entraîne nécessairement des températures élevées (mais je ne suis pas météorologue donc je ne vais pas vous expliquer ce que c’est 🙂 ).

Pourtant, quelques arguments viennent nuancer cette idée. Tout d’abord, l’intensité de cette canicule est de loin inégalée et probablement inédite de mémoire d’Homme, ce qui n’est pas totalement anodin. De plus, elle fait étrangement écho à celle qu’a traversé l’Europe en Juin 2019 avec des températures similaires, sans compter les autres épisodes caniculaires que l’on observe régulièrement en Russie ou en Australie.

Résonnons en terme de probabilités. Sans changement climatique, une canicule isolée de cette intensité est possible, hautement improbable mais possible. Des canicules régulières sont aussi possibles dans un climat « normal » mais devraient être compensées d’une certaine manière par des vagues de froid d’une intensité et d’une fréquence similaire au niveau global.

Or ce n’est pas ce que nous observons ! Alors que nous explosons régulièrement des records de chaleur, il est bien plus rare de battre des records de fraîcheur, encore plus à de grandes échelles (région/pays/continent). Ainsi, l’accumulation d’épisodes chauds est une preuve tangible que le climat part à la dérive et se réchauffe car ils ne sont pas compensés au niveau mondial par des vagues de froid similaires. Dans ce contexte, une canicule de cette intensité devient bien moins improbable et peut donc s’observer plus régulièrement. On peut alors conclure que le changement climatique a une réelle responsabilité dans l’apparition de cette canicule justement car elle s’ajoute à une liste d’autres phénomènes similaires observés à travers le monde.

Quelles leçons en tirer ?

Ce type d’événement, vous l’aurez compris, est voué à se répéter, s’accentuer, et s’intensifier. Il n’est même pas complètement improbable que ces mêmes records soient de nouveau battus dans la décennie ou les années à venir. En revanche, cela nous démontre plusieurs choses intéressantes auxquelles nous n’aurions pas forcément pensé de prime abord lorsque l’on pense au changement climatique et à ses conséquences. En effet, un monde à + 2°C n’est absolument pas un monde où l’hiver sera simplement moins pénible et l’été plus cool car plus ensoleillé !

Tout d’abord, notre mode de fonctionnement et nos sociétés ne sont pas adaptés à de telles chaleurs, surtout à nos latitudes, j’en veux pour preuve le nombre de morts de la canicule de 2003 en France et de celle traitée par cet article. De plus, durant cet épisode, les écoles ont dû être fermée au Canada alors qu’au même moment en Italie, on interdisait aux saisonniers de travailler dans les champs car certains d’entre eux sont littéralement morts de chaud. Il y a donc des coûts sociaux et économiques aux canicules et c’est exactement pour ces raisons qu’il est financièrement plus intéressant de lutter aujourd’hui contre le réchauffement climatique plutôt que de réagir à ses manifestations « plus tard » (perte d’argent à court terme mais gain certain sur le long terme).

Mais il y a autre chose à prendre en compte, c’est que quand il fait trop chaud… on meurt ! En effet, au-dessus d’une certaine température et en l’absence de vent, le corp ne peut simplement plus se refroidir et la climatisation, qui rejette une quantité folle de gaz à effet de serre, n’est absolument pas une solution viable sur le long terme, d’autant plus si toute la planète se munit de climatiseurs tournant à plein régime pendant les 3 mois d’été (encore pire si l’on décide de climatiser des rues, ou des stades de foot à l’air libre comme c’est le cas dans certaines parties du monde humhum). D’ailleurs, il y a même eu des craintes de coupures de courant à l’Ouest des Etats-Unis à cause de l’utilisation massive de climatiseurs durant cette canicule. Vous voyez donc qu’il y a tout un tas de problèmes en cascade qui surviennent auxquels nous n’avions peut-être pas assez prêté attention.

Enfin, on parle beaucoup de l’Homme dans cette histoire mais ces canicules sont encore plus terribles pour la faune et la flore, qui n’ont pas de climatiseurs, et qui ne sont absolument pas adaptées à ces températures. Les impacts sur le long terme sont difficiles à imaginer, mais on peut émettre l’hypothèse que les animaux (et les plantes, dans une moindre mesure) vont rapidement migrer en altitude ou en latitude afin de trouver des températures plus adéquates. Le problème, c’est qu’il leur est difficile de se déplacer à cause de la fragmentation des paysages naturels par nos infrastructures (routes, champs agricoles, villes etc.), et la diminution des habitats naturels disponibles. En revanche, à très court terme, un événement de ce type peut très largement endommager d’un coup une bonne partie de la végétation et avoir de lourdes conséquences (mort subite de certaines populations entières d’arbres par exemple). De plus, la chaleur favorise grandement l’apparition de feux qu’il est difficile de combattre par 50°C !

Même si les climatologues ont une idée assez claire de l’évolution du climat global, nous avons encore du mal à imaginer concrètement les conséquences d’un changement climatique sur nos sociétés ou la biodiversité, et encore plus ses épisodes extrêmes. Nous avons ici discuté de canicules mais il serait tout aussi intéressant de se pencher sur les tempêtes, les sécheresses ou les inondations et ce qu’elles impliquent.

Même si les médias sont toujours un peu maladroits avec des thématiques comme celle-ci, j’ai tout de même l’impression que cela s’améliore depuis quelques temps et les raccourcis autrefois utilisés tendent à disparaître (le fameux « il neige en Mai, le réchauffement climatique n’existe pas », bisous Pascal). Avec un peu de recul, je trouve même qu’il est plus judicieux d’attribuer totalement cette canicule au changement climatique, plutôt que ne pas évoquer du tout la part de responsabilité de l’homme dans ce type d’événement météorologique tout à fait exceptionnel. Cela peut permettre d’éveiller certaines consciences plus réceptives à des événements extrêmes de ce type qu’à des chiffres sortis de rapports scientifiques…

Voilà c’est terminé pour ce court article écrit un peu rapidement mais qui, je l’espère, permet de recontextualiser un peu ce qu’il se passe 🙂

Enjoy !

Pourquoi les plantes carnivores sont menacées dans leurs milieux naturels ?

Je suis particulièrement content de pouvoir écrire cet article qui représente le lien parfait entre ma passion, les plantes carnivores, et mon travail, la conservation de la biodiversité. En se basant sur les dernières données scientifiques à notre disposition ainsi qu’aux observations de naturalistes et spécialistes de la question, nous allons voir dans cet article comment mesurer les menaces d’une espèce, à quel point les plantes carnivores sont menacées dans leurs milieux naturels, comment ces menaces vont évoluer dans le futur, pourquoi et par quoi elles sont menacées et, enfin, ce que nous pouvons faire, à notre échelle, pour lutter contre leur disparition.

Une bonne partie des plantes carnivores de ma collection sont en danger d’extinction dans leur habitat naturel

Avant de commencer

Il existe beaucoup d’études sur les menaces d’espèces spécifiques de plantes carnivores dans leur milieu naturel, mais pour cet article nous allons principalement nous baser sur deux revues scientifiques dont l’une fait un état de l’art de la question, et l’autre réalise étude complète avec toutes les données à disposition, un peu à la manière du GIEC pour le climat ou de l’IPBES pour la biodiversité. Cela signifie que l’on ne va pas ou peu entrer dans le détail dans cet article mais bien parler des plantes carnivores dans leur généralité. Les articles, rédigés en anglais, sont les suivants :

-Fitzpatrick, M. C., & Ellison, A. M. (2018). Estimating the exposure of carnivorous plants to rapid climatic change. L Adamec L, A Ellison (Eds), Carnivorous Plants: Physiology, Ecology and Evolution. Oxford University Press, London.

-Cross, A. T., Krueger, T. A., Gonella, P. M., Robinson, A. S., & Fleischmann, A. S. (2020). Conservation of carnivorous plants in the age of extinction. Global Ecology and Conservation, e01272.

Si vous n’avez pas accès à ces articles n’hésitez pas à me contacter.

Fig. 1. Drosera x obovata (Mert. & W.D.J.Koch) dans une tourbière en Savoie. Cet hybride naturel entre Drosera longifolia (L.) et Drosera rotundifolia (L.) n’a à ce jour pas de statut de menace particulier, probablement car il n’a pas été étudié ou que les données manquent. Un de ses parents (Drosera longifolia) est rare et en danger critique d’extinction dans la plupart des régions françaises.

Qu’est-ce qu’une espèce dite « menacée » ?

Lorsqu’une espèce est considérée comme « menacée », elle se fait de plus en plus rare dans son milieu naturel, et cela s’applique aussi bien aux plantes qu’aux animaux. Ses populations déclinent (il y a donc de moins en moins d’individus), certaines disparaissent, et l’espèce a globalement des difficultés à se reproduire efficacement. Pour mesurer cela, les scientifiques et naturalistes se rendent dans les milieux naturels et mesurent la présence et l’abondance d’une espèce tous les x années. Ils analysent ensuite ces données pour voir la dynamique et la santé des populations.

Comme tout est une question de nuance, il existe plusieurs niveaux de menace et il est évidemment impossible de mesurer de la même manière la santé des populations d’éléphants ou de Drosera rotundifola. Sans rentrer trop dans les détails, voici les différents paliers qui existent, selon l’organisation qui s’occupe de cette problématique : l’UICN (Union Internationale de Conservation de la Nature).

  • Données manquantes. Malheureusement, une bonne partie des espèces animales et végétales n’ont à ce jour pas été étudiées et on ne connaît donc pas leurs menaces potentielles (~15% selon l’IUCN). Cela provient d’un manque de temps, de données, de moyens ou de la difficulté d’accès aux milieux naturels.
  • Least Concern (LC) « préoccupation mineure ». Ce palier regroupe les espèces globalement en bonne santé dont les populations sont stables, augmentent, ou baissent lentement. Cela ne signifie pas qu’elles resteront indéfiniment en bonne santé, mais pour le moment il n’est pas nécessaire de leur allouer des efforts de conservation. En revanche, il existe tout de même des menaces identifiées qui peuvent poser de réels problèmes dans les décennies à venir. Ce palier comporte la moitié des espèces étudiées (~50%).
  • Near Threatened (NT) : « presque menacées ». Ce palier regroupe les espèces qui ne sont pas encore menacées, mais dont les populations sont en net déclin. Il représente une transition entre les espèces en préoccupation mineure et celles sur liste rouge (menacées), et concerne environ 6% des espèces étudiées.
  • Vulnérable (VU): C’est le premier palier des espèces dites « menacées d’extinction ». Les populations sont en forte baisse dans le milieu naturel et le risque d’extinction est réel à moyen terme. En effet, les espèces concernées par ce critère ont vu leurs effectifs baisser de 30 à 50% en 10 ans (ou 3 générations) et leur aire de répartition est petite, fragmentée et/ou en réduction. Cela représente ~12% des espèces étudiées.
  • Endangered (EN) : « en danger d’extinction ». Dans ce cas, les populations ont baissé de moitié, voire aux 3/4 en une dizaine d’années et les derniers milieux naturels où ces espèces survivent sont extrêmement réduits et perturbés. Le risque d’extinction est grand à court terme étant donné la vitesse à laquelle les populations déclinent. Ce palier englobe ~10% de toutes les espèces étudiées.
  • Critically Endangered (CR) : « En Danger Critique d’extinction ». C’est le stade ultime de menace avant la disparition des espèces : les populations ont diminué de 80 à 90% (on observe 10 fois moins d’individus en 10 ans) et la dynamique n’est clairement pas bonne. L’aire de distribution natur-elle est minuscule (entre 10 et 100km²) et extrêmement morcelée. Il reste très peu d’individus (50-250) dans la nature et les probabilités d’extinction sont très grandes à très court terme (<10ans). Environ 6% des espèces sont concernées par ce palier.
  • Extinct in the Wild : « Éteinte dans la nature ». Ce palier est atteint quand, il n’existe plus un seul individu dans l’aire de distribution naturelle de l’espèce, mais que certains sont conservés en collection ou en dehors de leur aire de répartition originelle. Enfin, il existe la catégorie « Extinct » où cette fois il n’existe plus un seul individu nulle part sur la planète. Ces deux derniers paliers représentent environ 1% des espèces qui ont été étudiée.

Vous pouvez retrouver plus d’informations sur ces termes et ces catégories ici : https://uicn.fr/wp-content/uploads/2016/06/UICN_2012_Categories_et_criteres_Liste_rouge.pdf & là : https://www.iucnredlist.org/

Fig. 2. Cette variante de Pinguicula vulgaris aux fleurs blanches et bleues (Pinguicula vulgaris f bicolor (Nordst. ex Hartm.) Neuman) photographiée dans les Alpes savoyardes n’est connue que de quelques localisations en France et n’a jamais été évaluée par l’UICN.

À quel point les plantes carnivores sauvages sont menacées ?

Une fois ce petit interlude terminé, entrons dans le vif du sujet. La revue publiée en 2020 propose de faire un résumé de tous les articles scientifiques à comité de relecture qui traitent d’une ou plusieurs espèces ou genres de plantes carnivores (PC) et de leurs menaces dans leur milieu naturel. Les auteurs ont cherché dans la base de données de l’UICN (entre-autre) toutes les espèces de PC pour voir leurs statuts actuels. Enfin, ils ont regardé où se situent les zones où beaucoup d’espèces poussent naturellement, et identifié si elles étaient menacées ou non par les activités humaines. S’en suit une longue discussion sur les risques et menaces des PC sauvages que je ne vous détaillerai pas mais que je vous invite à lire si l’anglais scientifique ne vous effraie pas.

Les premiers résultats indiquent que 69 espèces sur les 860 étudiées sont en danger critique d’extinction (CR), principalement dans les genres Nepenthes, Pinguicula et Drosera. 47 espèces sont considérées comme en danger d’extinction (EN), la plupart dans les genres Nepenthes, Drosera et Utricularia. Enfin, 104 espèces sont vulnérables (VU), principalement chez Drosera, Pinguicula et Nepenthes. Il y a donc environ 1/4 des espèces qui sont aujourd’hui menacées d’extinction dans la nature. Gardez en tête que ce chiffre est sous-estimé car environ 11% des espèces n’ont pas été étudiées à cause d’un manque de données et l’UICN ne prend généralement pas en compte les niveaux intraspécifiques (variétés, formes, sous-espèces etc.) et encore moins les écotypes (petites variations locales qui n’ont pas de statut taxonomique particulier). Sans grande surprise, les espèces menacées se trouvent majoritairement au Brésil, en Indonésie et aux Philippines.

Fig. 1
Fig. 3. Graphique résumant la proportion d’espèces menacées chez différents genres de plantes carnivores, à l’échelle globale. Source : Cross, A. T., Krueger, T. A., Gonella, P. M., Robinson, A. S., & Fleischmann, A. S. (2020). Conservation of carnivorous plants in the age of extinction. Global Ecology and Conservation, e01272. : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2351989420308131?fbclid=IwAR1U0AHsTIXP2C0QUKt56jzk2qn0wO79L9QdB9sCDB26e55vJ49kVKG74dY

On voit sur le graphique (Fig. 3) que les menaces sont assez différentes en fonction des genres. Par exemple, seulement 36% des espèces de Pinguicula ne sont pas menacées contre 78% chez les Utricularia. Globalement, les genres Sarracenia, Pinguicula, Nepenthes, et Philcoxia sont les plus menacés. Enfin, les auteurs signalent que les espèces micro-endémiques, c’est à dire qui vivent exclusivement dans une zone très petite, ont de fait plus tendance à être menacées.

L’article donne beaucoup d’exemples d’espèces dont l’habitat naturel est extrêmement réduit et menacé. Par exemple, Drosera oreopodion n’est présent sur la planète, à l’état sauvage, que sur une surface d’environ…. 25m²; il n’existerait en 2020 plus que 7 plants de Drosera leioblastus (contre une vingtaine en 2019), principalement à cause d’un incendie important qui a décimé ses populations; Drosera allantostigma serait même éteint suite à des sécheresses répétées puisque les naturalistes n’ont pas retrouvé d’individus sauvages depuis 2 ans dans l’unique zone où il se trouvait.

Fig. 4. La dionée (Dionaea muscipula) est aujourd’hui largement cultivée et toutes les plantes que l’on trouve dans le commerce proviennent de culture. En revanche, il fût un temps où les dionées étaient ramassées dans la nature pour la revente en jardineries. À cause de cela, et d’autres menaces, elle est aujourd’hui vulnérable à l’extinction (VU) dans son milieu naturel.

Par quoi les plantes carnivores sauvages sont-elles menacées ?

D’après les données de l’IUCN, 11 menaces pèsent sur la biodiversité de manière générale : 1) augmentation/étalement des zones urbaines, 2) agriculture (& aquaculture mais ça ne s’applique pas ici), 3) extraction de ressources minières et production d’énergie, 4) transport en tous genre (routes, terrestres, maritimes), 5) exploitation directe des organismes (pêche, braconnage), 6) perturbation humaine directe, 7) modification des ecosystèmes, 8) espèces invasives, 9) pollution, 10) problèmes géologiques, 11) changement climatique.

Certaines espèces de PC cumulent jusqu’à 9 des 11 menaces potentielles ! La dionée par exemple cumule 8 menaces différentes, elle est donc particulièrement menacée à l’état naturel et le sera encore plus dans les années à venir. Les menaces les plus récurrentes sont : l’agriculture (plus particulièrement la déforestation pour l’agriculture), la modification directe des écosystèmes (feu volontaire, assèchement des zones humides pour irrigation etc.) et le changement climatique qui affecte presque toutes les espèces de PC (on en discute juste après). La menace la moins présente sur l’ensemble des PC est l’unique menace naturelle à savoir les problèmes géologiques (éboulements etc.). On se rend bien compte que les activités humaines sont responsables de la disparition des PC dans leurs milieux naturels.

Fig. 5. Byblis gigantea, actuellement en danger critique d’extinction (CR), dans son milieu naturel en 1994. Cette zone naturelle est aujourd’hui détruite et a laissée place à une zone d’activités urbaine. La destruction des habitats naturels est aujourd’hui la première cause du déclin de la biodiversité. Photo : Serge Lavayssière, utilisée avec son accord.

Si l’on regarde plus en détails ce sont en fait les changements d’utilisation du sol qui posent le plus de problèmes pour les PC, mais c’est aussi vrai pour la biodiversité en général. On change l’utilisation d’un sol quand on déforeste une forêt tropicale naturelle pour en faire des champs agricoles, ou bien quand on assèche une zone humide pour irriguer des champs, ou encore quand on bétonne une prairie pour en faire un centre commercial. Les zones qui étaient « naturelles » se transforment en tout autre chose, moins naturel, pouvant accueillir moins d’espèces sauvages, et cela est quasiment systématiquement fait pour des intérêts économiques. Cette destruction d’habitats naturels est si importante que les auteurs considèrent même que certaines espèces ont disparu avant même que nous ayons pu les découvrir, notamment en Australie. Triste nouvelle de se dire qu’il existait probablement des espèces de PC que nous ne pourrons jamais découvrir et cultiver !

Fig. 3
Fig. 6. Cette image représente des sites marqués en jaune où poussaient des plantes carnivores déjà menacées à l’époque, et ce qu’ils sont devenu après un changement d’utilisation du sol (urbanisation dans ce cas). Toutes les populations naturelles de ces zones ont disparu. Il s’agit dans l’ordre de : a) Triphyophyllum peltatum (niveau de menace inconnue car manque de données), b) Nepenthes bokorensis (en danger critique d’extinction CR), c) Byblis gigantea (en danger critique d’extinction CR), d) Drosera schwackei (en danger d’extinction EN). Source et plus de détails ici : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2351989420308131?fbclid=IwAR1U0AHsTIXP2C0QUKt56jzk2qn0wO79L9QdB9sCDB26e55vJ49kVKG74dY

Selon les auteurs, environ 10% des PC sont directement impactées par le prélèvement illégal en nature, et cela est tout particulièrement vrai pour les Sarracenia dont toutes les espèces subissent un braconnage important, c’est aussi vrai pour une partie des Nepenthes (45 espèces tout de même), Pinguicula, ainsi que pour le Cephalotus follicularis et la dionée (Dionaea muscipula). Plus localement, la construction de routes et de pistes de ski est directement responsable de la disparition de populations de Pinguicula dans les Alpes.

La pollution des cours d’eau et l’eutrophisation de ces derniers à cause du ruissellement des intrants utilisés dans l’agriculture posent aussi de sérieux problèmes. La majorité des PC ont besoin d’un substrat pauvre et l’apport de nutriments change complètement la chimie des milieux, favorisant l’implantation d’espèces plus compétitives dans un substrat riche qui remplacent alors rapidement les PC. Cette pollution de l’eau est semble-t-il une des causes principales de la disparition d’Aldrovanda vesiculosa dans nombre de marais autour du globe et de sa disparition pure et simple du territoire français. Toutes les plantes aquatiques sont d’ailleurs très sensibles à la pollution de l’eau et des disparitions d’Utricularia sont aussi répertoriées.

Fig. 7. La qualité et l’abondance de l’eau sont deux éléments primordiaux pour le développement et la survie des plantes carnivores. Ici Pinguicula alpina (L.) pousse près d’une source dans les Alpes savoyardes à 1850 mètres d’altitude en Mai.

Le cas du changement climatique

Il est clair que le changement climatique va modifier la distribution des espèces et celles dont les populations sont déjà fragilisées, fragmentées ou en mauvaise santé seront d’autant plus vulnérables et impactées par ses effets. La répartition des espèces est très liée au climat, et les cultivateurs de plantes en tout genre savent très bien qu’un petit écart de température peut être fatal à la survie des plantes. Au sein de cette zone climatique de confort, ou zone climatique favorable (ou niche climatique si vous voulez briller en société), seulement certains habitats bien particuliers sont favorables au développement d’une espèce et même parmi ces habitats favorables, tous n’accueillent pas en pratique chacune des espèces qui pourraient y pousser pour plusieurs raisons : 1) il faut que la plante puisse arriver jusqu’à cet habitat via sa dispersion, ce qui n’est pas toujours possible (barrières écologiques naturelles ou artificielles), 2) il faut qu’il y ait suffisamment de place pour permettre son développement et sa reproduction. C’est pour cela qu’il n’y a pas systématiquement toutes les espèces de plantes carnivores que l’on peut trouver en France dans chacune des tourbières françaises. Nous ne trouvons pas non plus de Drosera rotundifolia dans nos jardins, alors que le climat y est favorable. Le climat n’est donc pas l’unique raison de la présence ou non d’une espèce, mais joue un rôle prépondérant dans sa distribution globale.

L’étude que je vous invite à lire analyse la zone de confort climatique de presque 300 espèces de plantes carnivores et les auteurs ont regardé si et à quel point cette zone est vouée à bouger d’ici à 2050 (c’est à dire dans 30 ans !) à cause du changement climatique. L’article en question est le suivant : Fitzpatrick, M. C., & Ellison, A. M. (2018). Estimating the exposure of carnivorous plants to rapid climatic change. L Adamec L, A Ellison (Eds), Carnivorous Plants: Physiology, Ecology and Evolution. Oxford University Press, London.

Pour ce faire, les auteurs ont analysé le climat actuel des zones où poussent chacune des plantes carnivores de l’étude et plus particulièrement, ce genre d’information : température annuelle moyenne, température des mois le plus chaud et le plus froid, la variabilité de la température entre l’été et l’hiver ou entre le jour et la nuit, mais aussi les précipitations annuelles, ou celles des mois les plus secs ou les plus humides etc. Ils ont ensuite regardé où se situeront les zones avec les mêmes caractéristiques climatiques en 2050 et ont mesuré 2 indices : la vitesse de décalage ou de disparition de la zone de confort climatique en km/an (est-ce que les particularités climatiques vont se décaler et à quelle vitesse) et le changement de taille entre les zones climatiques favorables actuelle et future (est-ce que dans le futur la zone climatique favorable sera plus grande ou plus petite qu’actuellement, permettant une potentielle expansion de l’espèce ou au contraire favorisant sa régression).

Les résultats sont assez variables en fonction des espèces ou des genres. Chez les Drosera étudiés, la majorité des espèces voit leur zone de confort se réduire, parfois jusqu’à une vitesse de 3km par an alors que pour certaines espèces, elle augmente ou se décale à une vitesse similaire. Certaines espèces en revanche ne semblent pas ou peu impactées (D. sessifolia, paradoxa). Le même genre de pattern est observé chez le genre Utricularia avec les valeurs extrêmes plus grandes (décalage de la zone climatique favorable jusqu’à 5km par an). Si l’on regarde maintenant la différence de taille des zones favorables au développement de chaque espèce entre aujourd’hui et 2050, les résultats sont encore une fois très variables. Certaines espèces voient leur zone climatique habitable simplement disparaître entièrement d’ici à 2050 (-100% pour Drosera kaieteurensis, Utricularia welwitschii, ou chez nous Pinguicula longifolia et P. corsica) alors que pour d’autres, elle va beaucoup augmenter (+250% pour Sarracenia alata et Pinguicula primuliflora, +200% pour Drosera peltata et +150% pour Utricularia fulva ou U. tenuicaulis). Si vous souhaitez chercher les résultats de votre espèce préférée je vous laisse regarder les 3 figures 28.7 de l’article cité ci-dessus. Les auteurs concluent que la majorité des espèces étudiées vont voir l’habitabilité de leurs milieux naturels diminuer avec le changement climatique à court terme.

Fig. 8. Nepenthes bokorensis, en danger critique d’extinction (CR), dans son milieu naturel. Les espèces déjà particulièrement menacées ne seront probablement pas en mesure de supporter un changement climatique. Photo : Frédéric Guerteau, utilisée avec son accord.

Ces résultats sont à prendre avec des pincettes et voici quelques critiques et nuances constructives. Comme dit plus haut, il n’y a pas que le climat qui permet le développement des espèces, les microclimats créés par certains habitats sont parfois tout aussi importants et peuvent compenser au moins en partie l’effet du changement climatique global (ou alors l’accentuer !). De plus, certaines espèces qui poussent dans des milieux montagnards ont parfois la possibilité de migrer en altitude pour retrouver des températures clémentes. À l’inverse, ce n’est pas parce que la zone climatique favorable d’une espèce augmente que ses populations vont mieux se porter à l’avenir, encore faut-il permettre à la plante de migrer et trouver de nouveaux habitats favorables. Enfin, les changements de températures ou de précipitations « doux et constants » ne sont pas les seuls soucis posés par le changement climatique : les évènements extrêmes et intenses comme des sécheresses, des canicules, des tempêtes ou des inondations peuvent ravager des populations entières, d’autant plus si elles sont déjà fragilisées par un climat moyen moins favorable. Ces évènements extrêmes sont d’ailleurs voués à augmenter en fréquence et en intensité à cause du changement climatique.

Tout ceci n’est pas que de la théorie puisque ce phénomène a déjà été partiellement observé en Australie en 2019 où beaucoup d’individus de Byblis gigantea (en danger critique d’extinction CR) et Byblis lamellata (vulnérables VU) ont péri suite aux conditions climatiques exceptionnellement sèches dans leurs derniers habitats naturels. Au même moment, 90% des plants de Drosera silvicola ont disparu et une population entière de Drosera alba (quasi-menacé NT) a littéralement séchée et n’est jamais repartie. C’est aussi vrai chez nous où plusieurs populations de Pinguicula ont été sévèrement impactées par les canicules des dernières années (P. hirtiflora, P. mariae), et notamment Pinguicula sehuensis, endémique de Sardaigne, connue de 8 populations sauvages uniquement dont il ne reste qu’un peu plus d’1 individu sur 10 suite à la sécheresse de 2017.

Fig. 9
Fig. 9. Plantes carnivores et leurs habitats naturels suite à la sécheresse de 2019 en Australie. Plusieurs populations ont disparu suite à cet événement climatique extrême dont des espèces déjà particulièrement menacées. Source et plus d’informations : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2351989420308131?fbclid=IwAR1U0AHsTIXP2C0QUKt56jzk2qn0wO79L9QdB9sCDB26e55vJ49kVKG74dY#bib90

Pourquoi les plantes carnivores sont-elles autant menacées ?

Tout d’abord, les PC vivent dans des habitats très spécifiques et pas tout à fait courants. Concentrons-nous sur les zones humides qui hébergent la majorité des PC. Elles représentent une part ridiculement petite des terres émergées, encore plus petite si on ne considère que les zones qui ne sont pas sous la glace la moitié de l’année qui sont peu accueillantes pour les PC en général. De plus, toutes ne sont pas favorables aux PC, seulement une petite partie d’entre-elles représentent un habitat favorable. Les zones humides ont fortement régressé ces dernières années et en France on estime que la moitié d’entre-elles a disparu depuis 1960 (et bien plus avant), principalement pour l’irrigation et la création de nouvelles zones agricoles. Vous comprenez alors que ces plantes naturellement rares sont particulièrement impactées par la dégradation, raréfaction et fragmentation de leurs milieux naturels. Il est donc très difficile pour les PC de maintenir des populations viables sur le long terme.

Les habitats naturels des PC disparaissent pour une raison simple : ce sont des habitats très pratiques et utiles pour l’Homme. En effet, les zones humides représentent un réservoir d’eau pour l’agriculture et bien souvent leur terre est très riche une fois asséchées et dégradées. De plus, nous savons qu’historiquement, les Hommes se sont installés proche des cours d’eau et des zones humides pour profiter de leurs ressources. La bonne santé des populations de PC est donc en conflit direct avec notre mode de vie et les « besoins » grandissants en ressources de notre société.

Les PC sont généralement des plantes pionnières qui dépendent de perturbations pour pousser. Cela signifie que, naturellement, elles poussent dans des zones abimées, qui ont subi une inondation, une crue ou un feu. Elles sont ensuite naturellement remplacées par des espèces plus compétitives une fois la perturbation terminée : c’est ce qu’il se passe quand une tourbière se referme et que les arbres remplacent les PC. Elles doivent donc être en mesure de se disperser efficacement pour coloniser de nouveaux habitats, mais il faut aussi que de nouveaux habitats se créent ce qui n’est plus le cas actuellement (on entretient par exemple les tourbières pour éviter qu’elles ne se referment, on fige en quelque sorte les habitats car on ne laisse plus les dynamiques naturelles se produire).

Fig. 10. Voici un habitat typiquement colonisé par Pinguicula alpina. C’est un éboulement de quelques années qui a entrainé avec lui les arbres qui poussaient et toute la couche supérieure de terre. On se retrouve donc avec une zone ensoleillée, pauvre en nutriment et relativement humide toute l’année grâce à l’accumulation et à la fonte de glace en amont. Cet habitat est naturellement voué à changer dans les années à venir, de petits arbres sont déjà en train de s’installer et vont bientôt remplacer Pinguicula alpina. En revanche, les éboulement de ce type étant fréquents dans cette région, on imagine bien que les grassettes trouveront un nouvel habitat favorable pour s’y installer. Photos prise dans les Alpes savoyardes.

Certaines espèces poussent dans des zones ridiculement petites ou dans de minuscules portions montagneuses. Elles sont de fait très menacées par le changement climatique et il est difficile à l’heure actuelle de savoir si elles seront en mesure de supporter les nouvelles conditions climatiques ou de migrer si ce n’est pas le cas. Les PC entretiennent parfois des relations très étroites avec d’autres espèces, et je pense notamment aux Nepenthes qui ont des interactions incroyables avec toute une panoplie d’animaux dont nous avions déjà discuté ici. Si les animaux dont les plantes dépendent disparaissent, les plantes ont de fortes chances de disparaître à leur tour. Il en va de même pour les PC qui comptent sur des pollinisateurs bien spécifiques pour leur reproduction. La proximité grandissante des zones urbaines et des habitats naturels favorise aussi l’introduction de plantes exotiques invasives qui n’arrangent rien (et favorise aussi l’émergence de maladies infectieuses).

Enfin, les plantes carnivores sont aussi menacées car leur beauté et leurs caractéristiques uniques suscitent une collecte abondante d’individus sauvages. En effet, le braconnage est une menace non négligeable, d’autant plus pour des espèces nouvellement découvertes ou rares pour lesquelles les collectionneurs sont prêts à débourser une somme d’argent colossale afin de les acquérir. Les auteurs de l’article précisent qu’ils reçoivent systématiquement des messages leur demandant des précisions sur les localités d’individus photographiés, et qu’il n’est pas rare de trouver des « trous » dans des zones où pouss(ai)ent des plantes carnivores. Le genre Sarracenia est particulièrement touché par le braconnage (avec des disparitions d’individus répertoriés quelques jours seulement après la publication de photos sur les réseaux sociaux), tout comme la dionée et le Cephalotus follicularis pour lequel des populations entières ont été illégalement prélevées. La dernière population connue de Nepenthes clipeata a par exemple été braconnée très récemment et même si les auteurs ont pu être interpellés grâce au travail formidable des associations locales, on ne sait pas a priori si les plantes pourront être replantées et survivre (elles sont pour le moment cultivées sous la surveillance des autorités).

Fig. 11. Voici le genre de photo que l’on croise parfois sur les réseaux sociaux. Celle-ci est accompagnée de la légende « Voici Nepenthes ramispina, une espèce d’altitude. Oops! j’ai « accidentellement » arraché ce morceau du sol pendant que je prenais une photo (petit emoji qui cligne de l’oeil et tire la langue) ». Merci à David Durie de m’avoir envoyé cette capture d’écran postée avec permission.

Mais alors, que faire ?

Toutes ces informations devraient nous pousser à nous interroger sur nos pratiques, surtout si nous sommes passionnés par les plantes carnivores. Aujourd’hui, il est plus que jamais important de garder un maximum d’informations sur les plantes que nous acquérons et notamment le nom du vendeur, son code ou le code de culture d’un autre vendeur pour le même individu, mais aussi sa localité naturelle si cette information est disponible. En effet, il existe pléthore d’individus circulant en culture qui n’existent plus en milieux naturels et je pense notamment aux magnifiques Sarracenia leucophylla d’Hurricane Creek (HCW), un site d’Alabama qui a été (presque) entièrement rasé pour les activités humaines. Heureusement, des spécialistes locaux ont pu récupérer quelques plantes avant la destruction du site afin de conserver au moins une partie de la génétique de cette localité. La conservation ex-situ (en dehors de l’habitat naturel) des plantes carnivores est très importante, que ce soit dans des collections privées ou dans des conservatoires botaniques. Le but ultime de ces collections est d’un jour pouvoir replanter les individus sauvés dans leur milieu naturel si un réel programme de renaturation voit le jour.

Plus globalement il est important de questionner ses méthodes de consommation pour ne pas favoriser, par exemple, la déforestation qui met en péril toute la biodiversité et dont les plantes carnivores n’échappent pas. La déforestation en Indonésie et au Brésil est quasiment systématiquement conduite dans le but de créer de nouvelles zones agricoles pour cultiver du palmier à huile ou du soja afin de répondre à la demande occidentale. L’huile de palme qui dérive du premier entre dans la composition de milliers d’aliments transformés et les graines du second sont majoritairement envoyées en Europe pour nourrir les élevages intensifs d’animaux dont la vie est misérable, voués à fabriquer de la viande rapide et pas chère pour notre consommation. Il faut arrêter d’acheter des aliments transformés en grandes surfaces (pâtisserie, pâte à tartiner et j’en passe) – ou bien prendre le temps de vérifier leur composition – d’autant plus qu’ils sont généralement emballés sous plusieurs couches de plastique (parfois recyclables mais en pratique jamais recyclé). De même, il faut arrêter de manger de la viande industrielle qui représente une véritable catastrophe à la fois pour le climat et pour la biodiversité. C’est l’action individuelle la plus forte que nous puissions faire pour l’environnement. La viande doit rester un aliment occasionnel qui s’achète dans des petits commerces qui peuvent vous certifier la provenance et les conditions d’élevage des animaux (alors oui c’est plus cher, mais c’est meilleur au goût et pour la santé, et si on en mange moins on s’y retrouve). Dans la même veine, le changement climatique représente une menace considérable pour la biodiversité en général et aussi pour les plantes carnivores. On ne peut pas cultiver ces plantes sans avoir conscience de la gravité de la situation et sans nous-même faire tous les efforts à notre portée pour aller dans le bon sens. Nous devrions être exemplaires sur ces thématiques qui nous touchent directement.

Il est important de ne pas céder à la tentation d’acheter des plantes à des vendeurs louches, surtout lorsqu’il s’agit d’espèces particulièrement rares. Certains vendeurs ne se cachent même pas de prélever dans la nature des plantes ou des graines en quantités industrielles pour les revendre. Ces actes sont parfois illégaux, punissables par la loi et devraient être absolument signalés aux associations locales ou sur les différents groupes internationaux des réseaux sociaux pour systématiquement bannir ce genre de comportement. Même s’il s’agit d’espèces non menacées ou non protégées, le ramassage pour la revente est parfois interdit. Et même s’il n’était pas interdit, cela reste éthiquement questionnable, d’autant plus que le taux de survie en collection de plantes collectées en nature est faible et qu’elles sont de toutes manières bien mieux dans leur habitat naturel que dans nos collections.

Le braconnage est une menace dont nous sommes les seuls et uniques responsables et il ne s’arrêtera que quand les particuliers arrêteront de penser que leur liberté d’acquérir de nouvelles plantes prévaut sur la possibilité de survie de ces dernières dans la nature, à l’état sauvage. Ce comportement extrêmement égoïste n’est pas toujours motivé de mauvaises intentions, il reste néanmoins néfaste et il est impératif d’éduquer les collectionneurs sur ces pratiques. Toutes les espèces, qu’elles soient animales ou végétales, ont davantage leur place dans leurs milieux naturels que dans des collections privées, surtout quand leur collecte est à but lucratif et/ou récréatif et non de conservation. Si vous pensez trouver une population de plantes carnivores sauvages vouées à l’extinction, vous devez avant toute chose contacter des personnes compétentes (associations locales de protection de la nature, ou d’amateurs de plantes carnivores etc.). La décision de récolter des individus et/ou des graines pour sauver la génétique de la population doit absolument être discutée et la récolte doit être méthodique.

Enfin, il est important de soutenir la recherche pour continuer à étudier les menaces potentielles que les plantes carnivores sauvages subissent, mais aussi pour continuer le suivi des populations dans le temps qui représente la base de nos connaissances naturalistes. Cela nous permet d’être plus prévoyants et d’éviter au maximum les extinctions massives prédites dans les décennies à venir. Plus localement, vous pouvez tou-te-s participer à l’Observatoire des Plantes Carnivores Françaises (& pays francophones limitrophes, OPCF) afin d’aider à répertorier et suivre les PC sauvages proches de chez vous. L’OPCF publie régulièrement de petits articles sur la conservation des PC et nous vous invitons à vous renseigner sur leur fonctionnement sur le site Internet de Dionée.

Site Internet de l’OPCF, hébergé par l’association Dionée : https://dionee.org/observatoire/

Un article du site où nous avions déjà parlé de l’OPCF et son fonctionnement : l’Observatoire des plantes carnivores françaises

La page Facebook : https://www.facebook.com/ObsPCF

Merci beaucoup à Frédéric Gerteau, Serge Lavayssière et David Durie pour m’avoir gentiment prêté leurs photos. Toutes les photos qui ne sont pas sourcées sont les miennes.

Enjoy !

Nous n’arrêterons pas le réchauffement climatique : le terrible constat de la crise du coronavirus

La crise du coronavirus, aussi terrible soit-elle, nous a démontré plusieurs choses : il est possible de prendre des mesures radicales en quelques jours, il est possible de créer beaucoup d’argent pour répondre à un problème urgent, et surtout, l’arrêt de la consommation et de la production entraînent une chute importante des émissions de gaz à effet de serre. Nous avons tou-te-s vu ces vidéos d’animaux qui reprennent possession de l’espace laissé à l’abandon par les humains durant le confinement, ainsi que ces images satellites montrant la chute du niveau d’émission de CO2. Pour autant, même si nous avions un confinement identique tous les ans, nous n’arriverions même pas à limiter le réchauffement sous la barre symbolique des +2°C. Autrement dit, nous nous sommes rendus compte de l’étendu de notre impact sur le climat, mais surtout des efforts titanesques à mettre en place pour le limiter.

Cet article est assez long et dense mais j’ai souhaité le laisser en une seule partie pour mieux montrer les liens entre les différents chapitres. Nous allons tout d’abord faire un bilan de la température moyenne annuelle de ces dernières années pour bien se remémorer combien le climat change, en chiffre. Ensuite, nous discuterons rapidement de l’impact du changement climatique sur la biodiversité, même si ce thème a déjà été abordé dans plusieurs articles du site. Nous verrons ensuite quel est la trajectoire actuelle du réchauffement et nous terminerons par les éléments que la crise a mis en lumière. Vous trouverez à disposition beaucoup de références, n’hésitez pas à aller vérifier les chiffres par vous-même et à approfondir le sujet en regardant les quelques vidéos dans la conclusion. Le sujet est évidemment vaste et je ferai quelques raccourcis.

Le réchauffement en chiffres

Je ne vais pas revenir sur la véracité ou non du changement climatique qui, je le rappelle, n’a rien d’une opinion personnelle ; c’est un processus météorologique aujourd’hui bien compris. Je vais néanmoins vous donner quelques chiffres brutes issues de sources sérieuses pour que vous réalisiez l’ampleur de l’accélération du réchauffement climatique. Pour consulter ces chiffres, c’est ici : https://www.noaa.gov/news/2019-was-2nd-hottest-year-on-record-for-earth-say-noaa-nasa, ici : http://www.meteofrance.fr/actualites/78484941-monde-plus-d-extremes-en-2020-apres-une-annee-2019-exceptionnelle et ici : http://www.meteofrance.fr/actualites/78251648-france-2019-au-3e-rang-des-annees-les-plus-chaudes

2019 a été l’une des années les plus chaudes en France (3e avec +1.1°C) et dans le monde (2e) précédée de peu par 2016 (0.04°C plus chaude) et suivie de 2015, 2017 et 2018. À l’échelle de l’Europe, 2019 est l’année la plus chaude jamais enregistrée (+1,24°C).

La température moyenne annuelle approche déjà +1°C par rapport aux températures pré-industrielles, 0.95°C exactement pour 2019, avec des conséquences déjà visibles et mesurables, par exemple en Suisse : il fait +2°C par rapport au début des mesures en 1864 (il fait globalement plus chaud sur les continents qu’au dessus des océans), le nombre de jours de neige a été divisé par 2 depuis 1970, l’ensoleillement à augmenté de 20% depuis 1980, les vagues de chaleur ont triplé en un peu plus de 100 ans, les glaciers ont perdu 60% de leur volume (ou de leur masse) en 150 ans (source météosuisse).

Les 5 années les plus chaudes ont été mesurées depuis 2015 et les 20 années les plus chaudes ont été mesurées dans les 21 dernières années (1999-2019). On a donc de plus en plus de probabilité de battre des records de chaleur, ce qui souligne bien l’accélération du réchauffement. Dans la même veine, les 43 dernières années sont toutes plus chaudes que la moyenne pré-industrielle, que ce soit dans l’air ou les océans.

• Explosion des records de température en Europe en 2019, notamment en France et en Allemagne, beaucoup de catastrophes naturelles et notamment des super-incendies partout sur la planète, une accélération de la fonte de l’Antarctique, un record d’augmentation du niveau de la mer et de son acidification.

• Il y a eu un déficit de précipitations allant de 20 à 30% du territoire français avec une augmentation des phénomènes brutaux (orages) qui permettent mal l’absorption de l’eau dans les sols. L’été 2019 ayant été particulièrement sec et chaud, nous avons un bel exemple de ce à quoi pourrait ressembler le climat en métropole d’ici quelques décennies, un climat de type « méditerranéen ». http://www.meteofrance.fr/actualites/79551843-humidite-des-sols-une-saison-marquee-par-un-deficit-des-precipitations

Anomalies de températures du mois d’Avril 2020. Les zones en bleu sont plus froide qu’à l’habitude alors que les zones en rouge sont plus chaudes. Les zones en rouge pourpre ont des températures moyennes jusqu’à 10 degrés supérieures à la normale ! Source : https://www.noaa.gov/news/april-2020-was-earth-s-2nd-hottest-april-on-record
  • L’année 2020 semble bien partie pour entrer dans le top 5 des années les plus chaudes depuis le début des mesures. L’année commence avec l’hiver le plus chaud jamais enregistré en France métropolitaine (+ 2,7°C) caractérisé par une absence de vague de froid et un ensoleillement particulièrement important. Au niveau mondial, Février et Mars ont été les 2e plus chauds jamais enregistrés. https://www.noaa.gov/news/earth-had-its-2nd-hottest-march-on-record
http://www.meteofrance.fr/documents/10192/82450374/CARTE_FRANCE_ATM_2020PRI_280520.png/82ceec61-30ff-4f00-b50a-06de9fce87e0?t=1590738825997&json={%27type%27:%27Media_Image%27,%27titre%27:%27Ecart%20%C3%A0%20la%20moyenne%20saisonni%C3%A8re%20de%20la%20temp%C3%A9rature%20moyenne%20-%20France%20-%20Printemps%202020%27,%27alternative%27:%27Ecart%20%C3%A0%20la%20moyenne%20saisonni%C3%A8re%20de%20la%20temp%C3%A9rature%20moyenne%20-%20France%20-%20Printemps%202020%27,%27legende%27:%27Ecart%20%C3%A0%20la%20moyenne%20saisonni%C3%A8re%20de%20la%20temp%C3%A9rature%20moyenne%20-%20France%20-%20Printemps%202020%27,%27credits%27:%27M%C3%A9t%C3%A9o-France%27,%27poids%27:%27144,2ko%27}
Anomalies de température en France métropolitaine pour le printemps 2020. Source : Météo France

Bon il n’est pas nécessaire de vous assommer avec plus de chiffres, vous avez compris l’idée. Pour terminer cette section je voudrais rappeler une chose très importante. Comme une vague de froid ne prouve en rien que le réchauffement climatique n’existe pas (argument favoris des climatosceptiques de comptoirs ou des présentateurs de Cnews), une vague de chaleur ou un record de chaleur isolé ne prouve en rien qu’il existe. Il faut bien faire la distinction entre le climat, qui est un phénomène global, et la météo qui est un phénomène très localisé. En revanche, la multiplication et l’accélération des phénomènes météorologiques extrêmes comme les canicules et les records de chaleur représentent une preuve du réchauffement climatique ! Pour rappel, nous observons rarement (voire jamais ?), des records de fraîcheur ces dernières années, alors que nous explosons tous les ans des records de chaleur. Par exemple, ce mois de Juillet 2020 a été le 427 mois consécutifs (plus de 35 ans !!) pour lequel les températures moyennes sont supérieures à la normale au niveau global. On ne parle donc pas d’un événement épisodique, mais bien d’un réchauffement profond de notre climat. Enfin, il faut bien comprendre que les températures représentent une moyenne mondiale, il peut évidemment faire plus froid dans certaines zones, comme cet été en Irlande (http://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/planete/irlande-une-annee-sans-ete)

Quelles conséquences pour la biodiversité et l’humain ?

Le changement climatique est un problème pour la biodiversité mais aussi pour l’homme lui-même. De nombreuses régions, concentrées dans la zone intertropicale, vont voir leur habitabilité drastiquement diminuée à cause de la chaleur. Mais ce n’est pas tout, il est probable que certaines régions n’aient plus accès à des ressources suffisantes en eau pour vivre ou faire de l’agriculture, ce qui étend encore les régions invivables. Selon les estimations et en fonction des scénarios de changement climatique, on pourrait s’attendre à un demi milliard de migrants climatiques d’ici la fin du siècle.

La carte ci-dessous provient d’un article scientifique qui souhaitait regarder l’évolution de l’habitabilité de notre planète en ne se basant que sur la température. La première carte représente l’habitabilité actuelle et la seconde celle en 2070 si nous ne changeons pas drastiquement de cap dans nos émissions de CO2. Les zones en bleu sombre sont faciles à vivre, les zones en blanc non. Les auteurs ont regardé la température uniquement et non le développement ou les infrastructures des pays. La carte du bas montre les changements observés entre l’habitabilité actuelle et future. En vert les zones qui gagnent en habitabilité représentent généralement des régions froides qui vont se réchauffer (et avoir des hiver plus doux donc plus vivables). En rouge, les zones perdent en habitabilité. On voit notamment que toute la ceinture tropicale va devenir moins habitable qu’elle ne l’est actuellement, mais aussi l’Espagne, une partie de l’Italie et probablement le sud de la France.

Source : https://www.pnas.org/content/117/21/11350

La biodiversité va aussi souffrir de ce changement brusque de température. Il y a déjà eu des changements climatiques par le passé, mais ces changements s’étalaient sur des dizaines de milliers d’années pour les plus rapides. Il existe deux méthodes à disposition des espèces pour survivre : migrer ou s’adapter. L’adaptation est possible si la diversité génétique est suffisamment importante et si les changements climatiques ne sont pas trop brutaux & intenses car c’est un processus long. Autant vous dire que l’adaptation est peu crédible dans notre contexte actuel vu la rapidité des changements et l’état de la diversité génétique des populations sauvages. La seconde solution est la migration, c’est-à-dire d’aller chercher des zones plus favorables sans spécialement s’adapter au nouveau climat. Par exemple, s’il fait plus chaud, les espèces ont tendance à remonter en latitude ou en altitude. On observe déjà ce phénomène actuellement : les glaciers fondent et les plantes colonisent les terres libérées en altitude, de même, certaines espèces méditerranéennes remontent doucement la France car le climat y devient favorable. Bientôt les cigales à Paris ? Pas vraiment…

Deux problèmes majeurs entravent la migration des espèces. Le premier est le temps nécessaire à cette migration. Même si le déplacement des espèces est plus rapide que leur adaptation, toutes ne sont pas armées de la même manière pour migrer. Autant certains animaux peuvent se déplacer de plusieurs kilomètres par an, autant certaines petites plantes n’ont pas de stratégie de dispersion de leurs graines sur de longues distances car elles n’en ont jamais eu « besoin » auparavant. Toutes les espèces qui ne peuvent pas migrer vite et loin sont donc extrêmement menacées par le réchauffement climatique. Le deuxième problème est la fragmentation des milieux naturels. En effet, nous avons la fâcheuse tendance à prendre beaucoup de place dans notre environnement et notamment à découper les habitats naturels par des routes, des chemins, des villes, des voies de chemin de fer, des champs agricoles etc. Les habitats sont donc réduits et isolés les uns des autres. La fragmentation affecte chaque espèce différemment, prenons un exemple pour bien comprendre : une route qui passe dans une forêt. Cela n’a l’air de rien, pourtant l’impact sur la mobilité des animaux est important. Les oiseaux ne sont pas/peu impactés par cette route puisqu’ils volent, les gros mammifères peuvent la traverser sans trop de soucis mais risquent de se faire percuter. En revanche, les petits mammifères (hérisson par exemple), les gastéropodes (escargots), les amphibiens (tritons), certains insectes ou les reptiles vont être beaucoup plus sensibles et la route peut représenter une barrière infranchissable. De plus, nos infrastructures s’accompagnent de nuisances sonores, lumineuses et olfactives si bien que plusieurs centaines de mètres autour d’une route sont inhabitables pour la majorité de la faune, réduisant virtuellement encore plus les habitats naturels « habitables ». Quel est le lien avec la migration des espèces ? Et bien les habitats naturels sont aujourd’hui tellement isolés et mal connectés que même si les espèces étaient en capacité de migrer rapidement, toutes ne le pourraient pas car il n’y a pas de chemins naturels qui permettent leur déplacement. Vous voyez le piège ?

Schéma illustrant la disparition des espèces qui vivent au cœur des habitats naturels à cause de la fragmentation de cet habitat. Source : rapport sur les continuités écologiques de l’Isère.

Aujourd’hui la biodiversité est déjà menacée par la disparition des milieux naturels, les pollutions, la surexploitation des organismes et le développement des espèces exotiques invasives. La disparition des espèces mesurée actuellement est similaire à celle qui a suivie la chute de la météorite qui a tué les dinosaures (entre-autre). Nous sommes donc la météorite de la biodiversité actuelle, félicitations. Il a été mesuré qu’une espèce sur 7 dans le monde est menacée d’extinction. Mais le changement climatique n’est pas vraiment la cause de l’état actuel de la biodiversité puisqu’il n’est perceptible que depuis quelques décennies. Il va donc simplement ajouter une contrainte, une menace supplémentaire sur la biodiversité, et pas des moindres !

Les espèces qui ne pourront pas migrer ou s’adapter risquent de disparaître, de même que celles qui vivent dans des habitats rares et menacés comme les zones humides (que nous avons asséchées à 80-90% en France pour irriguer nos champs agricoles). Vous savez maintenant qu’il existe des intéractions très fortes entre toutes les espèces de la biosphère et une menace aussi importante que le changement climatique va forcément entraîner des disparitions en chaîne dans les réseaux trophiques (le prédateur disparaît car moins de proies, le pollinisateur car sa plante a disparu etc.). L’apparition de nouvelles maladies ou espèces exotiques invasives/nuisibles est aussi favorisée par un climat qui se réchauffe. Nous avons un bel exemple avec le moustique tigre qui est maintenant bien implanté dans la moitié sud de la France et qui peut à terme transmettre plusieurs maladies mortelles pour l’homme. Enfin, la disparition de plusieurs espèces peut aussi entraîner la disparition des fonctions des écosystèmes (voir cet article pour plus d’informations).

L’impact du réchauffement climatique sur la biodiversité commence à être perceptible chez nous en France métropolitaine. Nous l’avons déjà dit, les glaciers fondent et les espèces montent en altitude ou en latitude pour chercher de la fraîcheur. Mais des changements à plus large échelle commencent à s’observer. Depuis quelques années dans le Jura, les hêtres (Fagus sylvatica) ne supportent plus les chaleurs estivales couplées à la sécheresse et à de nouvelles maladies qui les ravagent. Ils « grillent » littéralement depuis plusieurs étés et risquent de mourir définitivement dans quelques années. Il est probable que des écosystèmes entiers se réarrangent vers un nouvel état d’équilibre où les espèces dominantes sont différentes (par exemple une forêt de chênes à la place du hêtres, de pins sylvestre au lieu d’épicéas etc.). Mais ces réarrangements prennent du temps, beaucoup de temps et les écosystèmes peuvent aussi complètement changer si le réchauffement est trop brusque : une forêt peut se transformer en prairie par exemple (qui stocke moins de carbone au passage). La distribution des espèces mute et le paysage risque de changer.

Une forêt touchée (photo Valentin Queloz, WSL).
Cette photo n’a pas été prise en Octobre mais en Juillet dans le Jura suisse. Source : https://www.rts.ch/info/regions/jura/10510203-secheresse-et-parasites-mettent-les-forets-jurassiennes-en-peril.html

Bref, autant nous pouvons à peu près prévoir les températures et les grandes lignes du climat futur, autant leurs conséquences concrètes sur la biodiversité sont difficiles à cerner tant les interactions sont nombreuses. Néanmoins, le changement climatique représente une pression supplémentaire sur la biodiversité déjà largement menacée. Je vous laisse quelques liens pour aller plus loin sur les menaces qui pèsent sur la biodiversité : définition, menaces et protection de la biodiversité (en 3 parties) ; la biodiversité va mal, en quoi cela nous concerne ?

Vers quoi se dirige-t-on aujourd’hui ?

La trajectoire actuelle serait de l’ordre de +4-5°C d’ici à 2100, avec une augmentation des températures qui va évidemment continuer après 2100 si nous ne faisons rien. Les scientifiques modélisent depuis de nombreuses années le climat futur. Cela représente un exercice compliqué car beaucoup de paramètres entrent en jeu : la concentration des gaz à effet de serre (évidemment), les capacités du système à s’auto-réguler, les boucles et événements naturels qui peuvent accentuer ou diminuer le réchauffement, le hasard joue aussi un rôle, mais aussi notre capacité à faire quelque chose ou non. Ci-dessous vous trouverez des modèles (très) récents produits par les climatologues. Tous ces modèles ont été revus à la hausse par rapport à leur version précédente car tout semble aller plus vite que ce que l’on avait prédit jusque là. Vous voyez qu’en fonction des modèles, nous pourrions être à +1.5 ou +5.5°C avant la fin du siècle et je le répète une nouvelle fois, cette augmentation ne s’arrête pas par magie en 2100, les températures continueront à augmenter tant qu’il y a des gaz à effet de serre rejetés dans l’atmosphère.

Toutes les explications de ces modèles ici en anglais : https://www.carbonbrief.org/cmip6-the-next-generation-of-climate-models-explained

Nous voyons sur cette figure des rectangles avec un point qui représente la moyenne puis des valeurs un peu plus hautes et un peu plus basses, c’est l’intervalle de confiance. On ne peut pas être certain qu’il fera exactement +3.3°C si l’on suit scénario gris, mais on peut être sûr qu’il fera en gros entre +2.0 et +4.3°C.

Les scénarios les plus optimistes sur la gauche considèrent que nous prenions très rapidement des mesures pour lutter contre le réchauffement climatique afin de stabiliser la température autour de +2°C. Vous remarquerez que le scénario tout à fait à gauche est celui qui représente ce qui a été annoncé lors des accords de Paris. Il stipule en gros que nous dépasserions +2°C durant la moitié du siècle, mais qu’ensuite nous développerions une stratégie pour re-capturer du carbone dans l’atmosphère pour rapidement baisser la température. C’est à dire laisser la forêt reprendre sa place sur la planète pour stocker le carbone. Vous voyez donc combien ce scénario est peu probable car pour le moment les forêts disparaissent de la planète, et un arbre ne poussant pas en quelques années, nous devrions déjà être en train de massivement reforester la planète si nous souhaitions vraiment atteindre cet objectif. À l’inverse, tout à fait à droite, se trouvent les deux scénarios les plus pessimistes où nous continuons notre vie exactement comme nous le faisons jusqu’à maintenant (« business as usual ») avec des niveaux de développement des pays « pauvres » variables. Nous avons donc un gradient avec d’un côté : beaucoup de mesures prises rapidement + de la recapture de CO2, et de l’autre : rien de plus que ce que nous faisons déjà.

Il y a fort à parier que nous nous retrouverons donc dans un des modèles au centre-droit, c’est à dire le gris (dans le meilleur des cas), le jaune (probablement) voire le orange si nous continuons à remettre le soucis du climat au mandat suivant. Mais du coup, quelles peuvent être les répercussions d’un climat à +5°C ? Difficile à dire, mais en regardant les climats passés, on peut avoir une idée de l’ampleur des changements à venir.

Les grandes glaciations voient le climat se bouleverser de quelques degrés sur des milliers d’années et pour autant, beaucoup d’espèces n’arrivent pas à s’adapter et s’éteignent naturellement (notamment toute la mégafaune d’Eurasie et d’Amérique, que l’on a semble-t-il aider un peu à rayer de la carte en la chassant). Lors de la dernière glaciation, le climat s’est refroidit en moyenne de -5°C (avec un pic autour de -7-8°C), et l’Europe ressemblait à l’image ci-dessous : toute l’Europe du Nord est un glacier, la Suisse est recouverte de plusieurs centaines de mètres de glaces, ainsi que les Alpes, les Savoies, une partie de l’Isère, de l’Ain et de la Drôme, et des océans 120m plus bas qu’aujourd’hui permettant de se rendre à pied au Royaume-Unis (dont le Nord est aussi sous la glace). Que pourrait-il se passer si nous atteignons +5°C en quelques décennies en suivant la trajectoire actuelle ?

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Dernier maximum glacière il y a environ 20’000 ans où le climat était 5°C plus frais qu’aujourd’hui. source : Wikipedia

Nous savons que le réchauffement climatique ne va pas avoir la même intensité partout sur la planète, ni les mêmes conséquences. +5°C en moyenne, cela signifie +8°C sur les continents car la terre chauffe plus vite que l’eau. Cela signifie aussi +10°C voire plus au niveau des hautes et basse latitudes car les pôles chauffent aussi plus rapidement que l’équateur. Comme mentionné plus haut et illustré avec la figure ci-dessous, de grands changements d’écosystèmes sont à prévoir d’ici la fin du siècle.

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Avec un réchauffement compris entre 2 et 6°C (scénario moyen), la végétation d’Amérique du Sud est vouée à largement changer d’ici à la fin du siècle, peu importe les modèles utilisés. On observe notamment la réduction drastique de la forêt tropicale pour laisser place à de la savane. Pour rappel, les forêts, en plus de représenter l’habitat le plus riche en espèces de la planète, sont des puits naturels du CO2 atmosphérique. La déforestation accélère et favorise leur disparition dans un contexte de réchauffement du climat, et donc favorise une accélération du réchauffement (boucle de rétroaction positive). Source : https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1029/2007GL029695

Ce que nous a appris la crise du coronavirus

La crise sanitaire et surtout le confinement d’une partie du monde (celle qui pollue le plus) a permis de baisser les rejets de CO2. Ce sera une des rares années où le CO2 émis ne va pas être un record et surtout la première année où nous respecterons les accords de Paris à l’échelle globale. Cette année, le jour du dépassement de la terre a même gagné 3 semaines, youpi !

Nous devrions observer cette année une baisse des émissions d’environ 4 à 6%. C’est à la fois beaucoup, et pas tant que ça. Nous parlons en effet d’une baisse des émissions de CO2 et absolument pas une baisse de la concentration de CO2 dans l’atmosphère qui elle continue largement d’augmenter et qui est le seul facteur à avoir un impact sur le réchauffement climatique. Ce n’est pas parce que vous jetez votre poubelle tous les 3 jours plutôt que tous les 2 jours que vos déchets ne vont pas s’accumuler dans la rue. Ce chiffre montre aussi que l’impact réel de cette crise sanitaire et des mesures qui ont été prises n’est finalement pas si grand. Nous avions l’impression que le monde était à l’arrêt, les individus ne pouvaient pas sortir de chez eux pendant 2 mois, les entreprises majoritairement fermées et pourtant sur l’année, nous n’observons qu’une variation de quelques pourcentages des émissions de CO2. Cela est évidemment dû au fait que nous n’avons pas tous été confinés sur la planète et que nous n’avons pas été confiné plus de quelques semaines sur une année. Au moment de la crise en revanche, les émissions ont parfois chuté de 20% par rapport à 2019 avec des variations importantes entre les secteurs, pays etc (voir figures ci-dessous).

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Alors que globalement les émissions journalières de CO2 ont baissé dans tous les secteurs, les émissions dues à la production d’électricité (residential) sont restées stables, voire ont légèrement augmenté pendant le confinement. Source : https://www.nature.com/articles/s41558-020-0797-x/figures/3
Fig. 3
Baisse des émissions de CO2 de l’année 2020, calculée au mois de Mai 2020. Attention, une nouvelle fois nous parlons d’émission et donc de la quantité rejetée quotidiennement dans l’atmosphère, on ne parle absolument pas de concentration de CO2 qui elle continue d’augmenter et qui est le seul paramètre à avoir un effet sur le réchauffement. Source : https://www.nature.com/articles/s41558-020-0797-x/figures/3

Cela signifie que la mise à l’arrêt de notre système économique peut largement faire baisser les émissions de CO2, rapidement et efficacement. Si nous souhaitons limiter les effets du réchauffement climatique à +2°C en suivant les accords de Paris, il faudrait être en mesure de d’avoir une baisse similaire sur la quantité rejetée de CO2 tous les ans. Pour que vous compreniez bien ce que cela implique, il faudrait un confinement identique à celui de 2020 supplémentaire tous les ans. Et oui, car cette année nous avons baissé nos émissions de 5% (environ) par rapport à 2019. Mais l’année prochaine, il nous faudra baisser de 5% nos émissions par rapport à 2020, où nous avons déjà eu un confinement. Il faudrait donc 2 confinements en 2021, 3 confinements en 2022 etc.

Vu la crise économique actuelle résultant de cette baisse infime des émissions de CO2, il est totalement invraisemblable d’imaginer répéter et doubler cela l’année prochaine. C’est économiquement impossible, et pourtant, c’est pour le moment la seule option fonctionnelle. Cela démontre parfaitement combien tout notre système économique est dépendant de la consommation et donc des émissions de CO2. Le baril de pétrole a même été « gratuit » durant le confinement suite à l’effondrement de la demande (et à la gue-guerre des pays producteurs). Nous sommes donc loin, très loin de pouvoir assumer les efforts titanesques qu’il faudrait mettre en place si nous souhaitions réellement changer notre impact sur le climat, à moins de sacrifier l’économie telle que nous la connaissons. Nous n’arrêterons pas le réchauffement climatique.

Pour terminer sur une note négative

Même si nous arrivons par une méthode inconnue à baisser nos émissions de CO2 jusqu’à la neutralité en 2050 et que nous limitons le réchauffement climatique à +2°C, cela ne veut pas dire que tout sera parfait pour autant. Une bonne partie du CO2 rejeté dans l’atmosphère aujourd’hui y restera des centaines, voire des milliers d’année. Nous influons donc actuellement sur le climat à long terme de notre planète !

D’un point de vue climatique, un monde à +2°C est très différent d’un monde à +1°C comme il l’est actuellement, et les changements prennent généralement du temps à être perceptibles à cause de la résilience des systèmes. +2°C c’est déjà une avancée des déserts, une désertification des alentours de la méditerranée, des longues périodes de sécheresse, des orages et phénomènes météorologiques violents plus fréquents (inondations, grêle vent violent voire tornades comme en Italie fin Août 2020), des canicules encore plus extrêmes en été etc.

D’un point de vue plus sociétal, réussir à rester sous les +2°C ne va pas être une partie de plaisir. Il ne faut pas croire que nous pouvons limiter notre impact climatique sans drastiquement changer nos habitudes. En vrac, cela signifie moins d’importations en tous genres : nourriture, électroménager, gadgets & technologies comme les smartphones, les ordinateurs, voitures etc. Cela signifie ne plus manger autant de bananes/d’avocats cultivés à l’autre bout du monde, ne plus acheter d’appareils électroniques neufs, ne pas jeter mais réparer ces mêmes appareils, ne pas changer de téléphone ou d’ordinateur tous les ans, ne plus acheter sur des gros sites à l’emprunte carbone désastreuse (Amazone par exemple) et la liste est longue. Mais cela signifie aussi une réduction drastique des voyages en avion, quasiment plus de déplacements en voiture, moins de confort (chauffage etc.) et beaucoup moins de consommation de manière globale.

Comme le dit J-M. Jancovici, cela revient à diviser par environ 6 la consommation individuelle de pétrole par rapport à la génération précédente, car nous sommes plus nombreux, nous avons accès à une quantité effroyable de technologie avec une emprunte carbone terrifiante, nous voyageons beaucoup plus, nous sommes déjà habitués à un confort gourmand en énergies fossiles et on nous pousse toujours plus à la consommation plutôt qu’à la sobriété. Cela vous paraît jouable ? Bof…

Evidemment, ce ne sont pas les plus pauvres qui consomment le plus. Néanmoins, les citoyens européens sont parmi les plus riches relativement au reste du monde et surtout parmi les plus gros consommateur et pollueur car nous délocalisons la majorité de notre pollution vers d’autres pays (au pif, la Chine) en important leurs produits. En réalité, et aussi terrible que cela puisse paraître car il est toujours plus facile de dire aux autres de changer, c’est à nous tout-e-s de faire le maximum d’efforts, même les plus modestes.

figure3
Même si l’on respectait les accords de Paris et que l’on maintenait la température globale en dessous de +2°C, de larges zones notamment tropicales deviendraient tout bonnement inhabitables pour les humains (second graphique RCP 2.6). Si nous continuons sur notre lancée, c’est toute la ceinture tropicale qui sera invivable (graphique du bas RCP 8.5). Source : https://www.nature.com/articles/nclimate3322?dom=prime&src=syn

Histoire de finir sur une touche positive (quand même), la crise sanitaire nous a montré qu’il était possible de créer de l’argent sans trop de problèmes et un investissement massif et rapide vers une réelle transition énergétique est une nécessité absolue. Nous avons aussi vu que nous pouvions accepter des mesures contraignantes face à l’urgence et il faudra nécessairement mettre en place des restrictions pour limiter notre consommation. Par exemple, nous pourrions avoir des seuils individuels d’émission de CO2 à ne pas dépasser qui prendraient en compte les voyages, les transports mais aussi nos biens de consommation. J’aime beaucoup cette idée de « seuil individuel » carbone à ne pas dépasser car ce serait une restriction universelle plus juste qu’une taxe qui ne changera rien (les pauvres qui ne consomment rien consommeront moins, et les riches qui peuvent payer la taxe continueront à polluer).

Sachant que le pétrole commence de toutes manières à manquer, ces changements profonds se feront de gré ou de force, plus nous nous y prenons tôt, plus nous pouvons nous adapter tranquillement, moins le climat se réchauffe, plus se sera facile. En effet, il y a fort à parier que nous limiterons nos émissions lorsque le pétrole deviendra trop cher. Je vous laisse d’excellentes vidéos qui m’ont beaucoup inspirées si vous souhaitez creuser le sujet :

Le Réveilleur et les climats passés, n’hésitez pas à regarder ses vidéos qui décortiquent le changement climatique, c’est long et difficile à comprendre pour le commun des mortelles mais il vulgarise très bien l’information scientifique : https://www.youtube.com/watch?v=NRdaPrMNrkI

Quelques conférences de J-M Jancovici qui a une vision très éclairée sur le CO2, l’énergie, notre société et le changement climatique: https://www.youtube.com/watch?v=UM3EW01_PUY ; https://www.youtube.com/watch?v=v8qGglY_jM4 . Les deux conférences sont similaires mais l’une est plus détaillée que l’autre.

Enjoy !