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3 nouveaux hybrides Phagophytos à découvrir !

Bonjour à toutes et à tous

 

Pour vous souhaitez une bonne et heureuse année 2018, je vous propose de découvrir 3 nouveaux hybrides personnels que je souhaite garder dans ma collection. Les descriptions de ces hybrides sont disponibles dans la page regroupant les hybrides PhagoPhytos, vous pouvez aussi les retrouver ci-dessous !

Sarracenia « Angine »

Sarracenia « Guirlande »

Sarracenia « Mojito »



 

Sarracenia « Angine »

 

Description

  • Déterminer la parenté exacte de cet hybride est difficile car je n’ai effectué aucun suivi. Cette plante a en effet poussé dans un bac depuis de nombreuses années sans que je n’y prête attention, jusqu’à l’année dernière quand j’ai remarqué ses motifs de coloration particuliers. Néanmoins, il a tout l’air d’être issu d’une autopollinisation de Sarracenia x mitcheliana. La plante est robuste et pousse vigoureusement.
  • Les pièges sont relativement classiques pour cet hybride, avec un opercule quelque peu réduit, verts veinés de rouge. Des ocelles blanches apparaissent, surtout au moment de la seconde poussée de croissance. Le plus intéressant est la coloration de la gorge des pièges qui rougit petit à petit jusqu’à devenir rouge vif, comme peint ou laqué, au bout de quelques semaines.

 

Photos

Au moment de l’ouverture, il n’y a qu’une légère coloration rose dans le piège.Hebergeur d'image

Cette coloration gagne ensuite en intensité petit à petitHebergeur d'imageHebergeur d'image

Jusqu’à devenir complètement rougeHebergeur d'imageHebergeur d'image

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Photo de la potentielle plante mère, qui avait déjà tendance à rougir au niveau de l’entrée du piège

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Sarracenia « Guirlande »

Description

  • Vieil hybride produit dans les années 2007-2008, sans parenté exacte connue mais clairement à base de Sarracenia leucophylla. En effet, il a une seconde période de croissance autour du mois d’Août qui est exceptionnel, il produit alors beaucoup de pièges avec des ocelles blanches. La croissance au printemps est plus timide. Pour la petite histoire, je suis passé à deux doigts de le jeter à la poubelle en 2015 car il n’avait aucun intérêt. Je l’ai rempoté et laissé une dernière chance en 2016 où il a littéralement explosé en taille et en coloration. La plante est vigoureuse et produit un bon nombre de pièges dans l’année.
  • A l’ouverture, les pièges sont verts veinés de rouge. Mais, si la luminosité est suffisante, ils se colorent vivement d’un rouge plus ou moins intense au mois de Décembre comme le montre les photos ci-dessous. Les pièges restent bien vivants jusqu’au milieu de l’hiver, c’est un plaisir assez exceptionnel en cette saison ! La fleur est d’un rouge vif somptueux.
  • Le nom « Guirlande » n’est pas encore fixé. Je cherchais un nom en rapport avec Noël étant donné qu’il est au maximum de sa coloration rouge et blanche en Décembre.

 

Photos

Au moment de l’ouverture, les pièges sont verts clair
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L’action du froid et du soleil colore les pièges
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Jusqu’à devenir complètement rouges !
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La fleur
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Sarracenia « Mojito »

 

Description

  • Cet hybride peut atteindre une taille importante et produit de nombreux pièges vert clair, jaunâtre durant l’année, à la fois au printemps et en automne. Les deux poussées de croissance sont bien marquées et produisent des pièges différents. Au printemps, les urnes sont larges et hautes, de couleur verte clair et peuvent laisser apparaître une belle tâche rouge au niveau de la gorge (comme S. flava var rugelii) si les conditions de températures et de luminosité sont optimales (ça n’arrive malheureusement pas tous les ans). En automne, les pièges sont plus petits, délicats, montrant régulièrement une petite vague au niveau des lèvres, la coloration tire plus sur le jaune anis et les ocelles blanches sont bien visibles. La fleur est d’un jaune profond, de belle taille et apparaît au printemps.
  • Tout d’abord considéré comme une autopollnisation de Sarracenia x moorei H12A (green and white), je pense de plus en plus qu’il peut en fait s’agir d’un hybride plus complexe. La forme du piège peut parfois rappeler celle de S. alata et les fleurs sont de couleur jaune vif comme S. flava. De plus, la large tâche rouge qui peut apparaître dans la gorge peut faire penser à un back-cross avec un flava, même s’il n’est absolument pas impossible que ce soit effectivement un x moorei F1. Néanmoins, n’ayant pas effectué un suivi de ce clone et par soucis de facilité, il est préférable de le nommer simplement par son nom.

 

Photos

Printemps

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été

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automne

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La fleur

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Enjoy !

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Expérimentations scientifiques sur le genre Sarracenia

Bonjour à toutes et à tous,

 

Il y a environ deux semaines, un chercheur est venu tout spécialement de Tours pendant plusieurs jours afin de faire des expériences scientifiques sur les Sarracenia de la collection PhagoPhytos à Chambéry en Savoie.

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Image 1 – S. Pincebourde (CNRS) à droite et moi-même à gauche

 

Ce genre de plantes carnivores est particulièrement sous étudié alors que les feuilles sont profondément modifiées afin d’attirer, de capturer et de digérer des insectes. Nous nous sommes alors posés les questions suivantes :

  • Quelles sont les conditions abiotiques (températures principalement) des différentes parties du piège à savoir : zone de digestion, zone cireuse, opercule et extérieur du piège ? Les températures internes sont-elles différentes de celles à l’extérieur ? Cela peut-il jouer un rôle dans l’attraction ou la digestion des proies ?
  • Comment ces feuilles photosynthétisent-elles ? Certaines parties sont-elles exclusivement réservées à la photosynthèse et d’autres au piégeage ?
  • Les conditions abiotiques et la génétique des plantes permettent-elles d’expliquer l’efficacité de la digestion ? Les pièges doivent-ils être stimulés pour produire des enzymes digestives ou le font-ils en continu ?
  • Comment varie le spectre d’absorption des pièges en fonction de leur coloration ?

 

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Image 2 – Pour chacune des expériences, nous avons choisi un large panel de forme et de coloration allant de vert pomme à rouge pourpre en passant par le blanc.

Des mesures de températures

Nous avons tout d’abord mesuré la température au niveau du liquide digestif en continu sur environ 40 pièges divers et variés. Les plantes étaient toutes situées dans la même partie de la serre afin de ne pas biaiser les résultats. De plus, 3 fois par jour, nous mesurions la température au niveau de la zone cireuse et nous prenions des images thermiques de l’extérieur du piège et de l’opercule. Enfin, des sondes disposées dans la serre ainsi qu’à l’extérieur de celle-ci ont pris la température environnante de manière continue.

Nous avons récolté un nombre très importants de données qu’il faudra traiter et analyser pour dire s’il y a réellement une différence entre la température extérieure et intérieure des pièges. Néanmoins, les premiers résultats semblent montrer qu’il fait en moyenne plus chaud à l’intérieur des pièges qu’à l’extérieur, la partie la plus chaude étant le fond du piège au niveau de la zone de digestion. De plus, les plantes rouges semblaient plus chaudes que celles qui étaient vertes.

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Images 3 et 4 – les sondes de températures utilisées

Si ces résultats sont avérés, nous pouvons nous demander quelle est la température optimale pour la digestion des proies, et s’il y a une raison particulièrement pour que l’intérieur des pièges soit plus chaud que l’extérieur. Cela pourrait permettre de mieux attirer les insectes en dégageant de la chaleur ou en émettant les molécules volatiles odorantes plus efficacement.

 

Une photosynthèse particulière ?

Chez les Sarracenia, le limbe de la feuille (organe normalement plat et photosynthétique) est l’opercule et le tube est en fait le pétiole (partie normalement rigide liant le limbe à la tige). Nous avons donc étudié l’activité photosynthétique des opercules de différentes espèces aux colories variées. Sans grande surprise, nous avons remarqué que les opercules verts (pure ou veiné) photosynthétisent plus que ceux de couleur rouge, eux-même photosynthétisant plus que les opercules blancs (S. leucophylla) qui sont proches de 0.

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Image 5 – Une grosse machine mesurant l’activité photosynthétique des plantes.

Néanmoins, nous avons poursuivi l’étude aux tubes mais aussi aux phyllodes et aux ailes, cette partie feuillue du tube. Surprise, alors que les tubes ne semblent pas photosynthétiser beaucoup (tout comme les opercules dont la valeur étaient globalement basse), les ailes et les phyllodes avaient une activité photosynthétique jusqu’à 2 fois plus importantes.

Ces résultats restent à confirmer mais cela expliquerait les différents développements des pièges : chez certaines espèces, ils sont d’abord ailés puis bien formés (S. leucophylla, alata), chez d’autres, c’est l’inverse (S. flava, oreophila). Cela pourrait provenir de la priorité accordée par la plante à la photosynthèse (pièges ailés qui capturent peu de proies mais font de la photosynthèse) ou à la carnivorie (pièges bien formés mais peu photosynthétiques). Cela pourrait même être lié à la qualité du sol : s’il est « riche » en nutriments, la plante va plutôt faire de la photosynthèse, mais s’il est pauvre, la plante va favoriser la carnivorie. Tant de nouvelles questions en perspective !

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Images 6, 7 et 8 – Mesure de la photosynthèse

Quid de la digestion et de l’absoption UV ?

Pour mesurer la digestion des plantes, nous les avons nourries avec des larves de drosophile. Nous avons récupéré ces larves après deux jours et je récupérerai le reste après deux semaines et deux mois pour voir la vitesse et l’efficacité de digestion en fonction de la taille des pièges, de leur forme, leur couleur et de l’espèce.

J’avais bouché certains des pièges avant l’expérience afin de les laisser vierges jusqu’à l’ajout de proies. L’idée est de savoir s’ils ont besoin d’être stimulé pour produire des enzymes digestives. Dans ce cas, les pièges qui n’étaient pas bouchés (avec donc potentiellement quelques proies à l’intérieur) devraient digérer plus rapidement les larves car les enzymes sont déjà présentes dans le tube.

Concernant l’absorption lumineux, nous avons remarqué une nette différence, prévisible, entre les plantes vertes et rouges. Néanmoins, certaines plantes particulièrement pourpres semblaient absorber beaucoup dans l’Ultra Violet (UV) qui est une longueur d’onde connue pour être vue par… les insectes ! Les plantes aux pièges rouges foncés ont donc une activité photosynthétique moindre que celles aux pièges verts, mais pourraient capturer plus d’insectes en rayonnant dans l’UV.

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Image 9 – Ce tube est si foncé que les veines apparaissent presque bleu… Et pour cause, cette plante rayonne dans l’ultra violet (Sarracenia flava var rubricorpora).

 

Beaucoup de données et beaucoup de questions sans réponse, pour l’instant. L’analyse de toutes les données va prendre du temps et nous espérons à terme pouvoir mettre en lumière certains procédés physiologiques des plantes carnivores, les sacrifices et coûts qu’engendre la carnivorie dans le règne végétal.

 

Affaire à suivre donc…

Changement climatique : retour sur l’année 2016

Bonjour,

Tout d’abord, je vous souhaite à toutes & à tous une bonne et heureuse année 2017, en espérant qu’elle soit meilleure que 2016 et ce, à tout point de vue. Attardons-nous un instant sur le climat de cette année et tentons de voir quels sont les indices qui tendraient à montrer que cette fois-ci, le changement climatique est véritablement amorcé.

Il est toujours difficile de sensibiliser les gens au changement climatique sans déformer la réalité en mettant le moindre changement de météo sur son dos. Des événements extrêmes arriveront toujours localement, avec ou sans « réchauffement climatique ». Néanmoins, lorsque l’on regarde les tendances générales à l’échelle mondiale de ces dernières années il faut se rendre à l’évidence : 1) rien n’est lié au hasard de la météo mais bien aux changements globaux et 2) ce n’est pas naturel mais bien de la faute de l’homme.

Figure 1 – Anomalies de températures en 2016. Le changement climatique est un phénomène complexe qui peut entraîner un rafraîchissement par endroit (en bleu) ou un réchauffement (jaune jusqu’à noir). Source : NCEP-NCAR

 

L’année dernière, j’avais déjà publié un article intitulé « un rapide topo des preuves et conséquences du changement climatique » à la suite du mois de Décembre 2015, particulièrement chaud. Durant cet article, nous avons vu que 2015 était l’année la plus chaude jamais enregistrée avec +1,3°C en comparaison des températures pré-industrielles, et en quoi cela était dangereux pour la planète et surtout, pour nous. Néanmoins, 2015 était aussi une année sous l’emprise du phénomène climatique El Niño particulièrement puissant (si ce n’est le plus important jamais observé) qui a la réputation de chambouler un peu le climat. Un an plus tard, aujourd’hui, ce phénomène et ses conséquences sont terminés, mais au niveau climatique, où en sommes-nous ?

 

Températures

Faisons tout d’abord un petit topo sur les températures. Lors de l’article que j’avais écrit l’an passé, concernant le bilan de l’année 2015, nous avions commenté les figures ci-dessous, montrant que 2015 était l’année la plus chaude jamais enregistrée, et de loin, peu importe la référence.

Figure 2 – Écart de température annuelle en 2015 par rapport à la période 1981-2010. Source : JMA
Figure 3 – Écart de température annuelle par rapport à l’ère pré-industrielle (1880-1899). Source : NASA-GISS

 

La COP21 qui a eu lieu l’année dernière prévoyait de limiter le réchauffement climatique en-dessous des +2°C par rapport à l’ère pré-industrielle, nous en étions déjà à +1,32°C. Les résultats viennent de tomber concernant l’année 2016, et deveniez quoi, c’est encore pire ! C’est comme si le phénomène s’emballait, et il y a de quoi s’inquiéter.

Anomalies de température par rapport à la moyenne 1981-2010. Source : NCEP-NCAR.
Figure 4 – Écart de température annuelle en 2016 par rapport à la période 1981-2010. Source : NCEP-NCAR.

 

L’année 2016 figure en tête de liste, et de loin sachant que l’écart est presque 2 fois plus important que la troisième place du podium ! Durant l’année 2016, les mois de Janvier à Septembre ont été les mois les plus chauds jamais enregistrés depuis 1880 et ceux d’Octobre à Décembre ont été les seconds, après ceux de 2015. Cela signifie que d’Octobre 2015 à Septembre 2016, nous avons historiquement battu tous les records de chaleurs jamais enregistré (donc 12 fois de suite), puis de Septembre 2016 à aujourd’hui, nous les avons secondé. Nous regardons ici les températures sur l’ensemble de la planète et pas seulement en France ou en Europe. Ces chiffres sont une preuve solide des changements globaux et donc du réchauffement.

 

Les pôles vont mal, et nous aussi

Ces températures anormalement chaudes ont d’autres conséquences. Il est scientifiquement prouvé que le réchauffement climatique affecte (et affectera) plus violemment les régions polaires et montagneuses. Nous pouvons déjà observer ce phénomène en Arctique, la calotte polaire de l’hémisphère Nord. Durant l’hiver 2016, la température a été en moyenne 2 à 3°C plus élevée que la période de référence (1961-1990) et des écarts de +8°C voire +11°C ont été enregistré en moyenne mensuel ! De même cet automne, les anomalies étaient autours de +6 à +8°C en moyenne avec des records journaliers autours de +14°C. C’est comme s’il faisait en ce moment une vingtaine de degrés au Nord de la France.

Figure 5 – Surface de glace moyenne en Arctique au mois de Novembre.
Figure 6 – Surface de glace moyenne en Antarctique cette fois, toujours au mois de Novembre.

 

Ces températures incroyablement chaudes sur toute la planète ont des conséquences direct sur la fonte des glaciers. Comme vous pouvez le constater, l’Antarctique (pôle sud) va mal. Ces dernières années, et plus particulièrement ces derniers jours, une faille gigantesque s’est creusée dans un glacier qui devrait, à tout moment, céder et créer un des plus gros Iceberg jamais observé. Et quand je dis gros, il fera environ les 2/3 de la taille de la Corse, soit plus de 5 000km². Son détachement de l’Antarctique et ses conséquences auront pour effet d’élever le niveau de la mer de 10cm très rapidement, soit environ 2 fois plus que l’augmentation de ces 20 dernières années (6cm) ! Du côté de l’Arctique (pôle Nord), les températures chaudes ont entraîné une fonte record de la glace et une des plus faible reconstruction de la glace à l’automne 2016. En gros, ce qui a fondu ne s’est pas ou peu reformé.

Figure 7 – L’immense fracture de la glace en Antarctique. Elle atteint aujourd’hui une longueur de plus de 100km. Source NASA
Figure 8 – Progression de la fracture de la glace ces dernières années. Nous voyons clairement que le phénomène s’accélère. Source :  MIDAS project

 

Mais pourquoi est-ce si important de garder de la glace au niveau des pôles de la planète ? Tout d’abord, et vous en avez probablement entendu parlé, la fonte des glaces va entraîner une augmentation du niveau de la mer d’environ 1m d’ici à la fin du siècle noyant potentiellement des centaines de millions d’habitants (en Asie notamment) qu’il faudra reloger. Mais ce n’est pas tout, la glace, très froide et très blanche, agit comme un bouclier contre le réchauffement climatique en revoyant la chaleur du soleil, c’est le principe d’Albédo. En disparaissant, elle est remplacée par des étendues d’eau bleu foncé qui, au contraire, absorbe la chaleur et favorise un réchauffement ambiant. En effet, si vous disposer deux cailloux en plein soleil, l’un blanc, l’autre noir, vous verrez que le caillou noir chauffe très rapidement. Cela accélère donc d’autant plus la fonte de la glace, ce qui baisse l’albédo, ce qui favorise le réchauffement etc. C’est un véritable cercle vicieux !

Cette vidéo vous permet de vous rendre compte de la vitesse à laquelle les glaciers du Groenland sont en train de fondre, et c’est terrifiant.

Une autre conséquence : la sécheresse

Le changement climatique ne va pas uniquement augmenter les températures moyennes sur toute la surface du globe, il va aussi changer les régimes de précipitations. Malheureusement, le système climatique étant très complexe, les scientifiques ont encore du mal à comprendre exactement comment et dans quelles mesures ils vont changer. En revanche un point semble vérifié : il y aura plus d’événement « catastrophique » à savoir des pluies diluviennes ou des sécheresses prolongées, notamment dans les milieux déjà aride ou en voie de désertification.

Au cœur de l’Altiplano  bolivien, les habitants de la ville de La Paz se sont par exemple retrouvé sans eau en Novembre 2016, ce qui a poussé le gouvernement a déclarer un état d’urgence sécheresse (toujours en vigueur en Janvier 2017) et à limiter la disponibilité en eau pour ses habitants à quelques jours par semaines puis quelques heures uniquement ! La ville de La Paz/El Alto regroupe tout de même 2,5 millions d’habitants et s’étend sur une surface faisant 11 fois la taille de la ville de Lyon ! La cause de ce manque d’eau ? Il ne pleut plus ou de plus en plus tard dans la saison des pluies ce qui a complètement asséché les réserves d’eau. De plus, les glaciers qui fournissaient de l’eau pendant la saison sèche ont quasiment disparu.

 

Mais il n’y a pas que dans des contrées exotiques que le changement climatique se fait sentir. En France, la majorité des régions ont vécu le mois de Décembre le plus sec et le plus ensoleillé depuis le début des relevés. C’est notamment le cas en Savoie où il n’est pas tombé une seule goutte de pluie (et de neige, une première) et qu’il a fait grand soleil 30 jours sur 31, le précédent record étant en 2015 avec environ 25 jours d’ensoleillement (source : météo France).

 

Quid du futur ?

Alors que nous étions dans la bonne voie avec le franc succès de la COP21 et notamment le développement des énergies renouvelables dans les pays nordiques ou en Inde, l’investiture d’un climatosceptique à la tête de la plus grande puissance mondiale pose un sérieux problème. En effet, les objectifs de la COP21, à savoir rester sous la barre des +2°C d’ici à 2100 (ça paraît mal engagé mais soit), ne sont réalisables que si tous les pays s’accordent pour baisser leurs émissions de CO2 (et donc perdre de l’argent). Si un des pays les plus importants refusent de jouer le jeux, les autres ne s’y risqueront pas !

J’espère ne pas avoir à réécrire un article comme celui-ci l’année prochaine, en effet, l’année 2017 devrait être un peu moins chaude et alarmante que les deux précédentes car nous entrons dans un phénomène La Niña qui refroidit généralement le climat planétaire. Enfin, si vous voulez faire quelque chose à votre échelle, n’oubliez pas que cette année, nous votons ! Alors tâchez de vous renseigner sur les programmes d’écologie des différents candidats.

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Figure 9 – Glacier des Evettes en Septembre 2016

Figure 10 – Glacier des Evettes en 1928. Il a reculé de plusieurs centaines de mètre (source : decidela.net)

 

 

Enjoy !

Retour sur les sites naturelles des Pinguicula vulgaris à 7 pétales

Il y a environ un an, je m’étais rendu sur deux sites que je connais afin d’y vérifier le bon développement de deux petites et fragiles populations de Pinguicula vulgaris f bicolor. J’ai été particulièrement surpris lorsque j’ai vu que la majorité des fleurs des deux populations étaient mutées et ne comportaient non pas 5 mais 7 pétales ! Nous en avions parlé ici :
https://phagophytos.com/2015/07/22/deux-etranges-populations-de-pinguicula-vulgaris-f-bicolor-a-7-petales/
Cette année, j’ai choisi de compter exactement toutes les fleurs (mutées ou non) présentes dans les deux populations afin d’avoir des chiffres à l’appuie.
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Dés mon arrivée, je remarque qu’il y a moins de fleurs mutées que l’année passée. Je choisi de classer les fleurs dans deux grandes catégories : normales (5 pétales) et mutées (6, 7, 8 ou + pétales). Voici par exemple deux fleurs mutées.

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Et des fleurs normales.

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Les résultats sont présentées dans le tableau ci-dessous.

Population normale 6 pétales 7 pétales 8 ou + pétales totale mutées

1

19 8 5 2 15

2

17 3 1  0 4

Nous voyons que dans la première population nous retrouvons toujours une forte proportion de fleurs mutées alors que cela semble être un événement plus rare dans la seconde. Nous avions émis l’hypothèse que cette mutation puisse être génétique, aux vues des résultats de cette année, je dirais qu’elle est très probablement due à l’environnement.

En effet, même si dans la première population nous avons environ autant de fleurs mutées que de normales, nous pouvons voir que plus la mutation est importante (c’est-à-dire plus le nombre de pétales en trop est grand) moins elle est fréquente. Si nous avions eu une différence génétique, la distribution de la mutation serait centrée sur 7 pétales, or ici il semble que l’apparition d’un pétale supplémentaire arrive environ 1 fois sur 2, 2 pétales supplémentaires 1 fois sur 4 et ainsi de suite.

Néanmoins, la petite taille de la population et les données que nous avons ne permettent pas de tirer de conclusions quant à l’origine de la variabilité de la fleur (température, humidité, sol, hasard ?). Il serait intéressant de relever par exemple des mesures de pH et de la température au moment de la formation des fleurs dans les deux sites.

Affaire à suivre donc….

 

Pour terminer, quelques photos de Pinguicula vulgaris, aussi rencontrée in-situ.
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Enjoy !

La Quinoa, controverses autours de la « graine magique ».

Ces dernières années, nous entendons beaucoup parler des vertus du Quinoa, cette graine d’origine andine qui plaît de plus en plus aux européens et américains en quête de nourriture saine, originale et équitable. Cela paraît bien beau sur le papier : une graine riche en protéines (parfait pour les végétariens), sans gluten (exemplaire pour les « gluten-free ») et qui permet d’aider les populations boliviennes et péruviennes d’où elle est importée (idéale pour les consommateurs consciencieux « bio »). Mais, qu’en est-il en réalité ?

Nous répondrons rapidement à quelques questions basiques sur cette plante concernant les avantages et inconvénients au niveau nutritionnel, social et environnemental. Je me suis vite rendu compte qu’en cherchant des informations sur la nutrition, on tombe sur tout un tas de sites Internet peu fiables, qui se contredisent et qui inventent des données autours de jolies histoires. Nous nous baserons donc uniquement sur les articles de la FAO pour cette partie.

 

Hebergeur d'imageHebergeur d'imagePhoto 1 & 2 – Champs de Quinoa très colorés près du Salar d’Uyuni en Bolivie.

 

Qu’est ce que la Quinoa ?

Le Quinoa (Chenopodium quinoa) est une Chenopodiaceae, au même titre que la betterave ou les épinards, cultivée depuis environ 7000ans sur les hauts plateaux andins aux alentours de 4000m d’altitude. C’est une des rares plantes capable de pousser et de produire de la nourriture pour l’homme dans des conditions extrêmes (froid, vent, altitude, manque d’eau et de nutriments etc.). Elle est très productive et peut atteindre plus de 2 mètres de hauteur. Les graines que cette plante produit sont utilisées depuis des milliers d’années par les populations andines pour diverses préparations culinaires.

Photo 3 – Différents stades de maturation des plants de Quinoa. (1)

 

Qualité nutritive et avantages alimentaires

Selon le site de la FAO, le Quinoa, comparé à d’autres sources de nourriture tel que le riz, le maïs, le blé ou l’haricot, est riche en protéines (entre 10 et 17%). Outre une teneur élevée, il contient tous les acides aminés essentiels qui constituent nos enzymes et protéines corporelles et assurent un bon fonctionnement métabolique. Il est également très riche en sels minéraux avec des valeurs jusqu’à 10 fois plus élevée que les autres céréales de l’étude. Enfin, il contient de bonnes quantités de fibres, lipides et vitamines ce qui en fait un aliment riche, complet et calorique.

 

Différences sociales

A la suite de ces découvertes nutritives – et de la démocratisation de pratiques alimentaires telles que le végétarisme ou la nourriture bio – le Quinoa s’est retrouvé dans nos supermarchés. Aujourd’hui, il est largement consommé en Europe et aux Etats-Unis, si bien que l’année 2013 a été nommé « année internationale du Quinoa » par les Nations Unis !

La Bolivie et le Pérou sont les deux plus gros producteurs mondiaux dont la très grande majorité part désormais à l’exportation vers l’Europe et les USA (environ 90%). Victime de son effet de mode, son prix a rapidement augmenté et sa culture rapporte désormais beaucoup d’argent. Ainsi, nombreux sont les boliviens et péruviens qui abandonnent leur cheptel de lamas pour la culture de la Quinoa POUR l’exportation.

Alors que cette plante est cultivée et consommée depuis des milliers d’années dans ces régions, le prix des graines de Quinoa est aujourd’hui très (trop) élevé pour les populations locales.

Photo 4 – Salinas, un petit village au bord du Salar d’Uyuni en Bolivie qui s’est construit quasiment exclusivement de la culture et de la vente du Quinoa. (2)

 

Impacts environnementaux

Résumons, Le Quinoa a tout un tas de vertus nutritionnelles et sa vente par les populations locales aide à leur développement. Malheureusement, sa culture « intensive » a des impacts profonds sur les écosystèmes boliviens & péruviens.

Cette plante pousse dans des zones très arides et froides. Les écosystèmes naturels mettent beaucoup de temps à se mettre en place à cause de la croissance très lente des différentes espèces végétales. Ainsi, quand les habitants brûlent la végétation pour créer des parcelles cultivables pour le Quinoa, l’écosystème peut prendre des centaines d’années pour se reconstruire.

Et cela a un autre effet : un phénomène de désertification qui s’accentue. Lorsque la végétation disparaît, l’eau est moins bien retenue au niveau du sol. Le milieu, déjà particulièrement aride, retient moins bien l’eau et se transforme petit à petit en désert stérile. Ce phénomène irréversible défavorise grandement la résilience de l’écosystème naturel, c’est à dire son retour à la normal.

 

Photo 5 – Aridité du milieu dans lequel pousse la Quinoa. (3)

 

Pour résumer, la graine de Quinoa possède des qualités nutritives évidentes. En revanche, cette « mode » occidentale que l’on nous vend comme bio et équitable pour les populations locales n’est pas si vertueuse. Elle entraîne en effet la destruction des habitats (ce qui paraît bien contradictoire pour une alimentation respectueuse de l’environnement) et des inégalités sociales croissantes (ce qui paraît contradictoire avec le principe d’équitabilité avec les populations locales).

 

 

Pour conclure, faites attention à ce que vous achetez et à ce que l’on vous dit.

 

Enjoy !

 

Crédit photos :

1/ http://theholisticchef.com/

2/ http://www.tamarastenn.com/

3/ http://altereco.com.au/

La facilitation : quand les plantes s’aident pour survivre

Bonjour à tous,

 

Lors de ma dernière mission en Bolivie, j’ai étudié un phénomène bien connu des écologues appelé « la facilitation ». Dans ce cas j’ai étudié la facilitation plante-plante. Mais concrètement, c’est quoi ?

Hebergeur d'imagePhoto 1 – Les îles du Salar d’Uyuni en Bolivie sont des écosystèmes arides où la facilitation plante-plante permet une importante diversité végétale malgré les conditions climatiques défavorables.

 

Globalement, une espèce facilite une autre lorsqu’elle lui permet de s’implanter, de se développer ou de se reproduire dans un milieu où elle ne pourrait survivre seule. Par exemple, un grand arbre protège les jeunes plantules ou les mousses d’un vent violent ou de fortes pluies, on dit alors qu’il facilite le développement d’autres espèces, ou encore qu’il est « facilitateur ». En règle générale, les intéractions écologiques entre les espèces sont du type mutualisme (les deux espèces en tirent un avantage) ou commensalisme (une espèce tire un avantage mais la seconde n’est pas impactée négativement).

Dans cet article, nous allons nous pencher sur un aspect de la facilitation, lorsqu’une plante dite « nurse » ou « facilitatrice » offre un refuge à d’autres espèces. Ce refuge peut offrir une protection contre des prédateurs, mais aussi contre un stress environnemental comme l’insolation, la sécheresse, le manque de nutriments, la chaleur ou au contraire le froid. Ces interactions semblent être plus importantes et plus fréquentes qu’on ne l’aurait pensé jusqu’à ces dernières décennies et se retrouveraient dans quasiment tous les écosystèmes, surtout ceux où les conditions climatiques sont défavorables. En revanche, il ne peut pas y avoir de facilitation quand le stress provient des nutriments dans le sol car dans ce cas, c’est la compétition entre les plantes qui prime.

Hebergeur d'imagePhoto 2 – Les différents type d’habitats des îles du Salar d’Uyuni avec chacun leur propre patron facilitatrices/facilitées.

Dans le contexte des îles du Salar d’Uyuni, de nombreux stress abiotiques contraignent le développement des plantes telles que : des variations de température journalières très fortes (40°C le jour et près de 0°C la nuit), des radiations solaires puissantes, peu d’eau et un sol très salé. Pour couronner le tout, la pression des herbivores (lamas et Vigognes) est relativement forte car la végétation est rare. Afin de se développer dans de telles conditions, les plantes ont évolué vers une entre-aide mutuelle.

 

Hebergeur d'imagePhoto 3 – Patchs d’association de plantes facilitatrices/facilitées.

 

Sur cette image (photo 3), nous voyons bien que la végétation s’organise en patchs de petits arbustes entourés de zones stériles. Il y a donc une compétition entre les patchs pour l’accès l’eau et, en quelques sortes, chaque patch nécessite une certaine surface pour ses propres ressources en eau. En revanche, à l’intérieur de ces groupes… Environ une dizaines d’espèces cohabitent !

Les espèces facilitatrices sont dans ce cas de petits arbustes d’environ 1-2m de hauteur, très odorants et/ou épineux et souvent regroupées en 2 voire 3 espèces par patch (Fabiana densa, Baccharis tola, Baccharis boliviensis, Chuquiraga spinosa, Atriplex imbricata, Adesmia polyphylla etc.). Ils offrent une place idéale pour les plantules et les herbacées, fragiles et très désirées des herbivores. En effet, le port de l’arbuste va ombrager tout une zone dessous de ses feuilles, gardant le sol frais, un peu plus humide et protégé des rayons puissants du soleil dans ce désert situé à 3660m d’altitude. De plus, lorsque les feuilles tombent et se dégradent, elles apportent des nutriments supplémentaires. Enfin, certains arbustes, très épineux (photo 4), ne sont pas consommés par les herbivores, protégeant ainsi les plantes qui se trouvent dessous ! Ainsi, on trouve sous ces arbustes, tout un tas de graminées (Jarava plumosula, Jarava leptostachya, Nassella arcuata etc.), des herbacées comme des sauges (Salvia cuspidata sbsp gliesii), des lianes (Mutisia hamata, Melinia parviflora) et enfin, de petites annuelles (Hoffmannseggia minor, Bouteloua simplex etc.).

Hebergeur d'imagePhoto 4 – Une graminée (Jarava leptostachya) a élu domicile dans un arbuste très piquant (Adesmia sp) ce qui la protège des herbivores.

 

D’autres plantes facilitent l’implantation de nouvelles espèces là où les conditions sont particulièrement difficiles. Sur les plages des îles du salar d’Uyuni, le sol est principalement constitué de sable, très pauvre en nutriments, et de sel qui brûle les racines des plantes. De plus, la couche supérieur du sol est très dur à cause justement d’une croûte salée, vestige des crues et décrues du salar pendant la saison des pluies. Seules très peu d’espèces arrivent à s’installer dans cet écosystème particulier et elles sont en forme…. de coussin (Frankenia triandra, Sarcocornia pulvinata etc. photo 6). Leur croissance est très lente à cause du manque de nutriments et leur « carapace » très dure pour supporter le soleil et le piétinement des herbivores. La encore, le manque d’eau forme de petits patchs de coussins entourés de zones stériles (photo 5).

Hebergeur d'imagePhoto 5 – Auréole stérile autours d’un coussin de Frankenia triandra.
Hebergeur d'imagePhoto 6Frankenia triandra, un coussin géant qui facilite l’implantation d’autres espèces végétales. Les parties marrons sont mortes et deviennent un sol idéal pour les plantules.

 

Au fur et à mesure de leur développement, la partie centrale de la plante meurt et se dégrade, très lentement (photo 6). Cela offre une place de choix pour des petites herbacées ou des annuelles (Hoffmannseggia minor, Distichlis humilis) mais aussi des plantules d’arbustes (Chuquiraga spinosa, Atriplex imbricata etc. photos 7 à 9). En effet, à l’intérieur du coussin, les températures sont temporisées et les variations journalières ne sont plus aussi fortes : il fait moins chaud la journée et plus doux la nuit. L’humidité relative est aussi plus élevée, les nutriments plus disponibles et il n’y a ni de croûte salée à percer, ni une quantité de sel trop importante dans le sol. Sympa non ?

Hebergeur d'imageHebergeur d'imageHebergeur d'imagePhotos 7 à 9 –  Respectivement, Cumulopuntia boliviana, Hoffmannseggia minor et Atriplex imbricata facilitées par un coussin de Frankenia triandra.

 

Nous avons relevés tout un tas de données qui seront prochainement analysées afin de confirmer ces pattern de facilitation….

 

 

Enjoy !

L’agriculture : bilan actuel & perspectives d’avenir

L’agriculture biologique, le végétarisme écologique et beaucoup d’autres méthodes « bio » voient aujourd’hui leur nombre d’adeptes croître et reflètent un problème de fond qui est de plus en plus mis en lumière. L’agriculture conventionnelle ne fonctionne plus, les problématiques ont changé et il est nécessaire que les méthodes agricoles changent aussi. Via trois chapitres, je vais ici vous résumer rapidement quelles sont les éléments montrant que l’agriculture traditionnelle intensive n’est pas une solution envisageable sur le long-terme, quelles sont les solutions qui pourraient dès à présent être mises en œuvre, et comment pouvons-nous imaginer l’agriculture du futur.

 

 

 

1)    Pourquoi ne peut-on pas continuer notre agriculture intensive ?

 

  La monoculture sans rotation des espèces ni périodes de jachère est aujourd’hui le type d’agriculture dominante en France et dans le monde. Malheureusement, cette agriculture intensive n’est pas durable, c’est-à-dire que, par définition, elle compromet les ressources pour les générations futures, et comporte certaines lacunes occultées par un rendement qui se veut toujours plus important.

 

  • Les conséquences de l’agriculture intensive

Le premier problème soulevé par cette méthode est le non-retour à la terre des nutriments. En effet, dans un écosystème équilibré, une plante va puiser les briques constitutives de ses cellules dans le sol pour fabriquer de nouvelles feuilles, tiges et fleurs. Lorsque ces dernières meurent, elles tombent au sol, sont décomposées par des microorganismes et sont réincorporées au substrat avant de commencer un nouveau cycle. Avec la culture intensive, les nutriments extraits du sol ne lui sont pas rendu, exception faite aux années où les parcelles sont laissées en jachère, ce qui est relativement rare. L’effet principal de ce problème est un appauvrissement considérable des sols et la disparition des organismes et microorganismes fouisseurs et décomposeurs. Cela signifie que même si l’on décidait de stopper la culture intensive, il faudrait probablement plusieurs années avant qu’un cycle complet et équilibré ne se remette en place.

Un autre problème majeur de la monoculture est l’apparition d’épidémies qui détruisent des parcelles entières. L’écosystème n’étant pas équilibré, tous les niveaux de la chaîne trophique n’interagissent pas entre eux. Dans un écosystème classique, lorsqu’un insecte ravageur prolifère, son prédateur (amphibien, reptile, petit mammifère etc.) a tendance à se multiplier rapidement ce qui a pour effet d’endiguer sa prolifération. Dans un système de monoculture, le développement d’un agent pathogène n’est pas régulé par un prédateur naturel et cela peut entraîner une épidémie fulgurante dans le pire des scénarios. La grande famine irlandaise de 1845 à 1852 a par exemple été causée en grande partie par une épidémie de mildiou (Phytophtora infestans).

 

  • L’utilisation des intrants : la grande illusion

Pour pallier à ces problèmes, les agriculteurs ont commencé à utiliser différents intrants comme des engrais, des pesticides ou encore des herbicides. Ces produits chimiques permettent d’enrichir artificiellement les sols mais aussi de tuer les ravageurs, les agents pathogènes et les mauvaises herbes. La France consomme aujourd’hui en masse les pesticides, jusqu’à 80 000 tonnes par an, ce qui en fait le 3e utilisateur au niveau mondial après les Etats-Unis et le Brésil qui sont des pays environ 15 fois plus grand en superficie.

Cette utilisation a bien évidemment des conséquences sur l’homme et sur l’environnement. Une exposition accidentelle à une forte dose de pesticides a des effets désastreux sur le système nerveux central, en revanche, la réelle dangerosité d’une contamination chronique à petite dose est encore mal connue. L’agriculture absorbant plus de 70% de l’eau consommée en France pour l’irrigation massive des cultures, les pesticides se retrouvent dans 96% des cours d’eau et 61% des nappes phréatiques selon l’Institut Français de l’Environnement (IFEN). Enfin, l’utilisation d’engrais empêche les microorganismes du sol de se développer et les insecticides semblent aussi tuer les pollinisateurs déjà affaiblis par un régime alimentaire peu diversifié à cause des hectares de monoculture.

 

Nous sommes donc dans un cercle vicieux où les méthodes agricoles tentent très maladroitement de remplacer des cycles et processus naturels tout en les détruisant. À cause des engrais, les sols s’appauvrissent et ses microorganismes disparaissent, il faut donc utiliser encore plus d’engrais pour un même résultat. A cause de l’utilisation massive des pesticides, certains ravageurs développent des résistances et il faut donc utiliser encore plus de pesticides (en quantité et en qualité) afin de les éradiquer. Nous voyons bien que ce type d’agriculture n’est pas durable.

 

 

 

Mais concrètement, existe-t-il des solutions viables écologiquement et économiquement ?

 

 

2)    Les solutions envisageables aujourd’hui

 

Cet état des lieux de l’agriculture est effrayant, non ? Il existe pourtant des solutions simples qui permettraient dès aujourd’hui de cultiver les plantes de manière plus intelligente.

 

  • Un peu de bon sens

La première technique est une simple preuve de bon sens : cultiver les bonnes plantes, au bon endroit. Cette phrase sonne peut-être stupide, mais en vérité, les cultures sont rarement optimisées. Par exemple, le maïs est gourmand en eau et très sensible à la déshydratation, surtout pendant la floraison, à cause de son système racinaire peu développé. Le cultiver dans une zone pluvieuse ou naturellement humide permet donc de réduire l’irrigation des cultures. Ainsi, cultiver des variétés de manière intelligente en fonction de son sol (richesse et physique) et de son apport en eau permet de maximiser la production tout en réduisant ses dépenses, les intrants et la quantité d’eau apportée.

 

  • La diversité, moteur de l’équilibre et de la production

Deux expériences très connues dans le monde de l’écologie scientifique ont prouvé dans les années 90’ que la richesse spécifique (le nombre d’espèces sur une parcelle donnée) était intimement liée à la productivité et la résilience des écosystèmes, c’est-à-dire sa capacité à produire et supporter des stress tels que le manque d’eau ou de nutriments. Ces expériences sont celles de David Tilman en 1992 aux Etats-Unis et celles du projet BIODEPTH en 1999 en Europe. Durant ces expérimentations, plusieurs parcelles ont été cultivées avec un nombre variable d’espèces (de 1 à 20 environ) et un nombre variable de groupes fonctionnels, c’est-à-dire de « types » de plantes (graminées, légumineuses, annuelles etc.). Les résultats sont clairs, plus le nombre d’espèces et de groupes fonctionnels est élevé, plus il y a de biomasse créée, donc plus la productivité est élevée et plus l’écosystème est stable. Cela signifie qu’un écosystème complexe est plus productif et équilibré dans le temps. Cette découverte, aujourd’hui largement confirmée, a même été étendue aux animaux et aux insectes.

 

Afficher l'image d'origineAfficher l'image d'origineFigures 1 et 2- A. Randall Hughes et al, 2010. D. Tilman et al, 2001.

 

Voici deux graphiques issus d’articles scientifiques illustrant ces théories. La première figure nous montre que plus la richesse d’espèces végétales (plant species richness) est élevée, plus l’ensemble de l’écosystème sera résistant à la sécheresse (drought resistance). La seconde figure est un résumé des différentes expériences réalisées en fonction des années, qui montrent toutes que la productivité aérienne (aboveground biomass) augmente avec le nombre d’espèces (species number).

Plusieurs hypothèses permettent d’expliquer de telles observations. Tout d’abord, une plus grande diversité végétale crée un plus grand nombre d’habitats potentiels pour des organismes décomposeurs et fouisseurs, favorisant la bonne dégradation des nutriments et leur réintégration au sol. De plus, les différents groupes fonctionnels semblent pouvoir se rendre des services mutuels sans empiéter sur le territoire de l’autre. Ainsi, les légumineuses sont connues pour fixer l’azote atmosphérique et le libérer au niveau de leurs racines, ce qui a pour effet de fertiliser naturellement le substrat. D’autres espèces, par exemple, ont des racines plus profondes et vont croître davantage en hauteur, gardant ainsi une humidité plus constante au niveau du sol en l’ombrageant, ce qui favorise l’apparition de nouvelles espèces. Ce cercle vertueux est aussi sous-terrain. Il semblerait que la très grande majorité des plantes possèdent des mycorhizes, de petits champignons filamenteux attachés aux racines qui étendent considérablement le système racinaire tout en se nourrissant des déchets de ce dernier (exsudats racinaires). Ainsi, quand la diversité est importante, ces mycorhizes peuvent s’aider mutuellement et donc favoriser la fertilisation de toute la communauté.

 

 

D’accord…

Mais comment appliquer ces découvertes à l’agriculture ?

 

 

  • Quelques applications concrètes

Il y a des centaines d’années, les ethnies amérindiennes d’Amérique du Nord et centrale avaient déjà, malgré eux, trouvé une technique agricole remarquablement intelligente. Cette technique, appelée « des trois sœurs », permet de profiter des avantages de trois espèces comestibles à savoir le maïs, les haricots et les courges. Les tiges de maïs servent de supports aux lianes des haricots grimpants. Ces derniers, appartenant à la famille des légumineuses (ou Fabaceae), enrichissent le sol grâce à la fixation de l’azote atmosphérique et sa libération dans le substrat. Cela favorise la croissance des courges et de ses grandes feuilles qui empêchent la croissance des mauvaises herbes et retiennent l’humidité au sol nécessaire au maïs. Magique non ?

Un autre système doublement bénéfique existe en Asie : le système riz-poisson. L’idée est toute simple, il suffit d’introduire des poissons dans les rizières et de « laisser faire ». Ces poissons se nourrissent des algues et des insectes ravageurs néfastes à la culture du riz et rejettent des nitrites et nitrates via leurs excréments qui fertilisent naturellement les plants de riz. Les cultures sont donc protégées et nourries. Enfin, une autre méthode qui est actuellement en développement est la lutte biologique. Elle consiste à introduire artificiellement les prédateurs naturels des insectes ravageurs. Néanmoins, pour que ce système fonctionne il faut repenser le paysage agricole et incorporer plus de haies et d’espaces naturels pour permettre la survie et la longévité des prédateurs.

Malheureusement, ces différentes techniques ont des contraintes variables (augmentation du travail, technologie actuelle non adaptée, perte de terres arables pour la création d’espaces naturelles etc.) et ne sont pas aussi productives et rentables que les systèmes actuels. Des solutions existent, mais il est difficile de les mettre en place concrètement et, surtout, à très grande échelle.

 

 

Mais alors, quid du futur de l’agriculture ?

 

 

3)     Nouvelles méthodes pour de nouveaux enjeux

 

Après avoir fait un rapide état des lieux des faits, projetons dans le futur. L’agriculture conventionnelle n’étant pas durable, il est nécessaire de trouver de nouvelles méthodes, d’autant plus nécessaire aux vues des enjeux et des contextes sociétaux et agricoles qui verront le jour d’ici le 22e siècle.

 

  • De nouveaux enjeux pour le futur

Selon les chiffres issus d’une étude de l’ONU en 2015, nous serons plus de 11 milliards d’êtres humains d’ici 2100. Le problème n’est pas tant l’augmentation de la population, d’un point de vue strictement alimentaire, mais comment la nourrir sachant que les terres arables (cultivables), elles, n’augmenteront pas avec le temps. Au contraire, dans un contexte de changements globaux, le réchauffement climatique, la hausse du niveau de la mer, la pollution, l’augmentation de catastrophes naturelles et la croissance des zones urbaines sur les zones rurales sont autant d’éléments qui sont amenés à diminuer la superficie totale des terres arables. Et même en déforestant  les forêts tropicales et boréales (ce qui n’est absolument pas une solution), ou en éradiquant le gaspillage alimentaire on peinerait à résoudre le problème. L’agriculture est donc vouée à évoluer, à être plus productive et à trouver de nouvelles méthodes afin d’être en mesure de nourrir une population en constante augmentation avec des terres en constante diminution.

 

  • Une science en plein développement

De nombreux nouveaux termes et laboratoires de recherche ont vu le jour ces dernières décennies afin de trouver des solutions durables pour révolutionner l’agriculture avec en tête le CIRAD (organisme français de recherche agronomique et de coopération internationale pour le développement durable des régions tropicales et méditerranéennes) et l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique). Concernant les nouveaux domaines de recherche, l’agroécologie, par exemple, se veut comme « la science de la gestion durable et intelligente des ressources naturelles d’un écosystème donné (un agroécosystème) dans le but de récupérer à des fins alimentaires une partie de la matière organique produite (sous forme de fruits, légumes, graines, tubercules etc.) en minimisant les impacts sur ledit écosystème ».

Dans cette nouvelle pratique, les connaissances de l’écologie (au sens scientifique du terme d’étude du fonctionnement des écosystèmes) sont couplées à celle de l’agronomie. En pratique, elle prône une agriculture basée sur les connaissances scientifiques actuelles dont nous avons parlé au chapitre précédent, c’est-à-dire : augmentation de la diversité des cultures, respect et entretien durable du sol, fertilisation et traitements phytosanitaires naturels et réduits au minimum, optimisation de la consommation d’eau, sélection de variétés adaptées au climat et à la terre cultivée etc. A plus petit échelle, la permaculture permet de reproduire ces conditions pour une production locale en prônant une culture potagère la plus autonome et respectueuse de l’environnement possible.

 

 

Et les OGM ?

La question qui fâche

 

 

On entend beaucoup parler des OGM depuis une dizaine d’années. Certains vantent leurs mérites d’autres dénoncent un danger sans précédent pour l’environnement. Voici tout ce qu’il faut savoir sur les organismes génétiquement modifiés en tentant de rester le plus objectif possible.

 

  • Comment ça fonctionne ?

Tous les êtres vivants de la planète, de la bactérie qui nous infecte, aux méduses, dinosaures, champignons, fleurs, poissons, mousses, lichens, coraux, animaux, jusqu’aux êtres humains, possèdent un même langage génétique appelé l’ADN. Le principe d’un OGM est de récupérer une partie bien spécifique du code ADN d’un organisme, appelé « gène », et de le greffer sur un autre.

Voici un exemple très concret d’organismes OGM. Une bactérie microscopique appelée Bacillus thuringiensis possède un gène qui lui permet de produire naturellement une protéine qui tue les larves de certains insectes (lepidoptères, coléoptères et diptères). Il se trouve que certaines de ces larves, notamment la chenille de la pyrale, sont une vraie plaie pour les agriculteurs car elles se délectent des feuilles de maïs. Des chercheurs ont alors isolé le gène de la bactérie en laboratoire et l’ont transféré aux cellules du maïs. Cette plante produit désormais « naturellement » un insecticide qui tue son prédateur et permet donc à la plante de croître davantage. Il est par exemple possible de créer des animaux et des plantes fluorescents la nuit en insérant un gène de méduse… Intéressant, mais moins utile pour l’agriculture.

 

 

  • Est-ce dangereux ?

Cette question, tout à fait légitime, suscite de nombreux débats. Bien entendu, la réponse dépend du type de gène inséré et du type d’organisme receveur, mais admettons que l’on reste dans une optique strictement limitée aux bénéfices agricoles et non à la création d’une plante carnivore géante qui anéantira l’humanité. En fait, la sélection naturelle crée, sur des dizaines de milliers d’années, de similaires attributs.

Par exemple, certaines espèces tropicales de passiflores (Passiflora sp) sont la proie de larves de papillons. Pour se défendre, les feuilles ont acquis la capacité à sécréter un poison mortel pour les larves. Après un pas de temps évolutif (on compte ici en plusieurs milliers d’années), les larves ont acquis la capacité à ingérer ce poison et à l’utiliser contre leurs propres prédateurs. Après un second pas de temps évolutif, les feuilles de ces passiflores se sont parées de petites structures rondes et jaune faisant l’illusion aux papillons venant pondre leurs œufs que la feuille possède déjà des œufs d’un concurrent ! Incroyable non ? De même, la domestication de nos plantes cultivées a énormément modifié leur structure pour faciliter leur culture et leur récolte et il est aujourd’hui difficile d’imaginer à quoi ressemblent des plants de maïs ou de blé sauvages.

Nous pouvons donc admettre que, sur le principe et dans un contexte bien précis, la modification génétique ne fait que reproduire en quelques heures/années ce que la sélection naturelle –  la « course aux armements » des proies et des prédateurs – fait en plusieurs milliers d’années.

 

  • Mais alors, quelles sont les avantages des OGM ?

Ils sont en réalité tellement nombreux qu’il est difficile de les lister, tant le principe même de modification génétique ouvre de nouvelles portes. Parmi les meilleures idées, la création de plantes moins nécessiteuses en eau, ou avec de plus grandes racines, ou allouant plus d’énergie à la production de la partie comestible permettraient d’augmenter la production pour une même surface cultivée tout en prenant en compte les changements globaux et le manque d’eau. D’autres idées, plus discutables et malheureusement déjà mises en place, seraient de créer des plantes qui peuvent tuer elles-mêmes leurs ravageurs (comme nous l’avons vu juste au-dessus) ou résister à un herbicide qui pourra alors être épandu sans risquer de tuer les cultures.

 

  • Et quelles sont les points négatifs ?

Malgré tous ces avantages, les risques restent importants pour l’environnement pour une raison très simple : on accélère la sélection naturelle. En effet, en créant des plantes plus fortes, sans prédateur ou étant en capacité de pousser dans des conditions stressantes, ces manipulations  leur confèrent un avantage incroyable en comparaison des espèces « naturelles ». C’est exactement pour ce genre de raisons que certaines plantes étrangères deviennent invasives. Pour remédier à ce (gros) problème écologique, les plantes OGM sont stériles et ne peuvent donc pas, en théorie, se propager dans la nature et envahir les écosystèmes naturels. Néanmoins, cela pose un autre problème de monopole des cultures dont nous ne parlerons pas ici. Enfin, si les risques pour la santé n’ont jamais été scientifiquement prouvés jusqu’à aujourd’hui, il n’est pas exclu que la consommation importante de certains OGM puisse être dangereuse pour l’homme ou les animaux.

 

 

Que faut-il retenir ?

 

  • Nous savons aujourd’hui que l’agriculture intensive basée sur une production la plus importante possible abime profondément les écosystèmes et ne peut pas rester éternellement en place. Elle doit évoluer en se basant sur les connaissances écologiques et agricoles actuelles et non sur les problématiques de l’après-guerre aujourd’hui dépassées.
  • Des solutions très simples peuvent être mises en place dès aujourd’hui : cultiver les bonnes espèces/variétés au bon endroit, diversifier les cultures, respecter les rotations et les périodes de jachère, réduire l’utilisation des intrants.
  • Depuis quelques décennies, la science consacre un budget important à la recherche de nouvelles techniques agricoles dans un futur où la population mondiale sera plus de 1,5 fois plus élevée qu’aujourd’hui et où le contexte climatique ne jouera pas en notre faveur.

 

 

Nous pouvons imaginer, dans un futur pas si lointain, une agriculture plus locale avec beaucoup de petits producteurs cultivant intelligemment et durablement leurs terres. Néanmoins, cette transition va changer profondément nos méthodes agricoles et reste aujourd’hui difficile à mettre en place dans une optique de production de masse et de bénéfices à court terme.

 

Article écrit dans le cadre de la Foire aux plantes rares de Pérouges en 2016.