Archives pour la catégorie Articles

Missions scientifiques en Bolivie (Salar d’Uyuni, Sur Lipez), résumé et paysages

Bonjour à tous !

Je suis enfin de retour à la civilisation après une mission scientifique en Bolivie dans la région du Sur Lipez et du Salar d’Uyuni dont le but était d’y étudier la végétation. Concentrons-nous tout d’abord sur le Sur Lipez.

 

Cette région est située à la limite Sud de la Bolivie, sous le salar d’Uyuni et est considérée comme un désert d’altitude. Il ne pleut pratiquement jamais et l’altitude oscille entre 4300m et 5000m (oui vous avez bien lu). Les conditions climatiques sont très difficiles pour les végétaux, il fait entre -10°C et -20°C la nuit, environ 50°C en plein soleil la journée, il y a beaucoup de vent, d’irradiation solaire et les rares points d’eau sont des lagunes chargées en sels volcaniques. En gros, pour résumer, les paysages ressemblent beaucoup à Mars, un désert rouge parsemé de volcans.

Hebergeur d'image
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image

Quelques lagunes
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image

La laguna colorada tient son nom de la couleur rouge de son eau
Hebergeur d'image

Malgré des conditions climatiques très difficiles, nous avons eu l’honneur de rencontrer le « Suri » (Rhea pennata), un animal très rare et en voie de disparition car chassé pour sa viande et ses œufs.
Hebergeur d'image

La Vigogne ( Vicugna vicugna), qui est l’ancêtre sauvage du lama, qui a lui aussi été beaucoup chassé pour sa fourrure la plus fine (et la plus chère) de la planète.
Hebergeur d'image

Un renard andin (Lycalopex culpaeus) curieux est aussi venu nous rendre une petite visite (au centre de la photo).
Hebergeur d'image

Durant cette première partie de mission, nous avons campé pendant une semaine dans cette magnifique région et y avons étudié la végétation et les patron de facilitation plantes-plantes (qui fera l’objet d’un prochain article).
Hebergeur d'image

Au milieu de la semaine, nous avons effectué l’ascension du volcan Licancabur, culminant à 5920m, très haut pour une première expérience d’alpinisme ! Le manque d’oxygène et la différence de pression rendent la montée très difficile et il nous faut environ 5h30 pour monter 1200m, nous sommes en effet partis d’environ 4700m, plus ou moins la hauteur du Mont Blanc. Au pied de ce majestueux volcan, la laguna verde dont l’eau turquoise paraît irréelle.
Hebergeur d'image

Alors que la montée s’est relativement bien passée, la descente a été plus difficile. Une autre étudiante qui nous accompagnait s’est fait une sale entorse quelques mètres après le début de la descente. Evidemment, il n’y a pas de secours dans cette région reculée et sauvage de la Bolivie, encore moins au sommet d’uh volcan. Il nous a donc fallu 6h pour redescendre, matraqués par l’altitude, et son Soroche (le mal de l’altitude), inévitable à cette hauteur. On se rappellera tout de même surtout de la vue éblouissante au sommet du Licancabur qui était jadis un lieu sacré pour des rituels Quechuas.
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image

Le lac au centre du cratère, un des plus hauts lacs du monde.
Hebergeur d'image

L’équipe qui a réussi l’ascension !
Hebergeur d'image

 

 

La deuxième partie de la mission (environ 10 jours) était au salar d’Uyuni afin d’y étudier le fonctionnement des écosystèmes. Voici quelques photos des paysages dont je ne me lasserai jamais.
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image

Le volcan mama Tunupa :
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image

Un levé de soleil sur le salar… Je ne sais pas si le désert de sel affecte les couleurs ou la luminosité, mais je n’ai jamais vu de levé ou de couché de soleil aussi beau.
Hebergeur d'image

En revanche, à cette époque de l’année, le salar a beau être magnifique, il est aussi dangereux. L’accumulation d’eau de la période « humide » (parce qu’il ne pleut au final qu’environ 200mm d’eau par an) fragilise la croûte de sel. L’eau se mélange alors avec de la boue argileuse salée et ce cocktail est parfait pour s’embourber… Et c’est exactement ce qui nous est arrivé. Nous avons passé 24h à sortir la voiture embourbée sur la plage d’une des îles que l’on étudiait ! Par chance nous avions de quoi manger, boire et passer la nuit sur le salar.
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image

 

 

En Bonus, une petite vidéo résumant nos aventures !

 

 

Bientôt de nouveaux articles & photos sur cette mission incroyable, mais aussi des plantes carnivores de la collection qui commence doucement à se réveiller… Pour rappel, Phagophytos sera présent à la foire au plante du lac d’Aiguebelette en Savoie (73) pour une exposition-vente le weekend du 23-24 Avril, n’hésitez pas à réserver vos plantes et/ou à passer me voir !

Hebergeur d'image

 

Enjoy !

Un rapide topo des preuves et conséquences du changement climatique

Cette douceur particulière du mois de Décembre m’a donné l’idée d’écrire un « rapide » article sur le changement climatique, notamment en présentant quelques chiffres de cette année 2015 qui va malheureusement devenir une année banale et très représentative de la décennie à venir.

 

Quelques preuves du réchauffement global.

Ce mois de Décembre est plus chaud qu’un mois de Mars classique en France avec des températures saisonnières jusqu’à 4°C supérieures aux moyennes basées sur les mesures de 1981 à aujourd’hui. C’est aussi le mois de Décembre le plus chaud depuis 1900 en France, un des plus ensoleillé et un des plus secs (Source : météo France, 1).

 

Toute l’année 2015 a aussi été très chaude, en France et ailleurs dans le monde. En France, elle se classe en 4e rangs après les années 2003 (canicule), 2011 et 2014. Au niveau mondial en revanche, elle explose tous les records, de loin, avec une moyenne générale de presque +1°C !

Il y a deux choses à remarquer sur ce graphique dont les sources sont très sérieuses et loin d’être un canular alarmiste sur Internet (NOAA : National Oceanic and Atmospheric Administration, 2 ; NASA : National Aeronautics and Space Administration, 3). La première, les années les plus chaudes depuis les années 1990 (uniquement 25 ans !) sont presque toutes situées dans les 5 dernières années (respectivement 2015, 2014, 2010, 2005 et 2013). Cela signifie qu’il fait de plus en plus chaud, de plus en plus vite. La seconde est l’échelle des températures en bas. Nous pouvons penser qu’un réchauffement général de +1°C de la température n’a que peu d’impact sur le climat. C’est malheureusement faux et nous allons voir les conséquences de ce petit degré en trop un peu plus bas.

Rappelez-vous au passage que le but de la COP21 est de trouver des solutions afin de ne pas dépasser les +2°C.

Ici, nous avons le même constat avec ce graphique des températures depuis les années 1880.

 

Une idée des conséquences du réchauffement climatique.

Nous sommes maintenant sûrs que le climat se réchauffe. Mais alors, quelles sont les conséquences ?

Selon le site Internet de l’observatoire permanent des catastrophes naturelles et des risques naturelles (Sources 4), les aléas du climat ont fait 26000 morts cette année, soit plus du double de 2014. Sans titre 2

Les risques principaux sont une accentuation des phénomènes rares et puissants comme des pluies diluviennes (Montpellier en France, en RDC fin Novembre etc.), des tempêtes, mais aussi plus généralement des canicules (cet été en France, ou en Californie, USA) et des sécheresses.

Il semblerait que les régions du globe qui subiront un réchauffement plus important soient les pôles ainsi que les hautes montagnes (je ne retrouve plus la référence pour le moment). Par exemple, les glaciers de la Cordillère des Andes en Amérique du Sud fondent bien plus vite que les glaciers des Alpes.

On observe d’ailleurs en ce moment une tempête qui s’abat sur le pôle Nord réchauffant ses températures moyenne de plus de +40°C ! En ce moment, les températures devraient être négatives de l’ordre de -30 à -40°C, or au moment où j’écris cet article, elles sont autours de +2°C, au pôle Nord oui (sources : météo France).

 

De plus, cette année, nous pouvons observer un phénomène El Niño qui a probablement sa part de responsabilité dans l’étrangeté du climat actuel. Ce phénomène apparaît irrégulièrement tous les 5 à 8 ans lorsque les eaux équatoriales de l’océan Pacifique s’échauffent un peu trop (jusqu’à +3°C) entraînant tout un tas de réaction en chaîne qui modifie le climat de l’Amérique du Sud (sécheresse en Bolivie et températures exceptionnelles, inondations au Pérou etc.) mais aussi de manière plus globale. Cette année, le phénomène (qui n’est toujours pas fini, d’où les incertitudes) semble être à égale puissance, ou plus puissant, que le El Niño de 1997 qui était jusqu’à présent le « record » jamais enregistré. Le pire, c’est qu’il va encore gagner en intensité durant l’hiver 2016. 

L’image ci-dessus montre l’anomalie de température de l’océan Pacifique en Juin 2015.Afficher l'image d'origine

 

Le phénomène est si puissant que les prévisions annoncent des anomalies de températures encore plus chaudes aux mois de Janvier-Février et Mars qu’en ce mois de Décembre (source : NASA).

Les conséquences sur la biosphère sont aussi importantes. Par exemple, les plantes rustiques qui sont censées tomber en repos hivernal ne le font pas. Cela pourrait entraîner un décalage de la floraison (déjà observé dans de nombreuses régions de France), pouvant les rendre beaucoup plus vulnérables en cas de gèle tardif (pas de production de fruits typiquement).

 

Enfin, il est important de relativiser pour ne pas être trop alarmiste. Les premiers à être impactés par le réchauffement climatique, c’est nous et non « la planète ». Des réchauffements climatiques bien plus importants sont déjà arrivés jusqu’à +5°C avec un rejet de gaz à effet de serre, et de nombreuses fois ! La seule différence c’est l’échelle temporelle. Ce qui arrive naturellement en immenses cycles de plusieurs dizaines de milliers d’années arrivent en ce moment en dizaines d’années seulement …

 

Sur ce, bonne fin d’année 2015 et enjoy !

 

 

Sources :

  1. http://www.meteofrance.com/accueil
  2. http://www.noaa.gov/
  3. http://www.nasa.gov/
  4. http://www.catnat.net/
  5. Très bon site : http://global-climat.com/

 

Le Salar d’Uyuni – Paysages, écologie & botanique

Ces deux derniers mois, j’étais basé en Bolivie dans la ville de La Paz afin d’étudier l’écologie et les plantes du Salar d’Uyuni. Même si cet écosystème est unique en son genre, aucune étude scientifique dans les domaines de l’écologie ou de la biologie/botanique n’y a été conduite jusqu’à présent. Nous commençons à peine à entrevoir la grande diversité végétale présente dans ce milieu qui peut pourtant paraître relativement incompatible avec la vie.

En effet, le substrat est plus ou moins salé en fonction de sa proximité avec la croûte de sel, la pluviosité est inférieur à 200mm par an et est répartie entre Décembre et Février uniquement (saison des pluies) ce qui en fait une zone dite « désertique » (source : Weatherbase), l’altitude de 3655m et la sécheresse générale engendrent des températures exceptionnelles qui peuvent culminer à presque 40°C le jour et -30°C la nuit (source : Weatherbase), enfin, comme si ce n’était pas assez, les indices UV sont tellement élevés qu’ils dépassent largement l’échelle qui s’étalonne de 1 à 11 en allant jusqu’à 14 ou 15 sans problème (en comparaison, on dépasse rarement les 6-7 en France au milieu de l’été dans les zones les plus ensoleillées).

Cette diversité incroyable et méconnue est malheureusement menacée. En effet, les plantes étudiées se retrouvent sur des îles perdues au milieu du Salar (voir image 3) et avec le réchauffement climatique, elles ne peuvent pas migrer en altitude ou en latitude pour compenser la hausse des températures et sont donc vouer à disparaître de ces îles. De plus, le Salar d’Uyuni étant le plus grand salar du monde, il regroupe la majorité des réserves de lithium du « triangle du lithium » estimée à 70% des réserves mondiales, et son exploitation pourrait avoir des effets désastreux sur la biodiversité.

 

Le Salar d’Uyuni, localisation, histoire et écologie

On trouve ce salar dans le Sud-Ouest de la Bolivie, au centre de l’altiplano bolivien. Avec ses dimensions incroyables, 150km de large, 100km de long pour une superficie d’environ 10 600km², il est grand comme deux départements français (plus que la Corse) et peut donc être vue de l’espace (voir image 1).

Hebergeur d'imageImage 1 – Situation du Salar d’Uyuni en Bolivie.
Hebergeur d'imageImage 2 – Le Salar d’Uyuni.

Comme nous l’avons dit, au milieu du salar se trouvent de nombreuses îles de taille variée (quelques mètres carré à plus d’1km, voir images 3 et 4). On estime sa formation à environ 10 000ans. Il était alors un très grand lac reliant le Lago Poopo et même le Lago Titikaka ! Son assèchement, dû à un réchauffement climatique il y a environ 20 000ans, a laissé une croûte de sel composée de différentes phases dont la profondeur atteint 120m par endroit.

Hebergeur d'imageImage 3 – Les îles du secteur Sud du Salar d’Uyuni.
Hebergeur d'imageImage 4 – L’île Pescado (au centre) et ses petites îles satellites (au-dessus et dessous).

Selon les premiers résultats de nos études, la richesse spécifique est différente en fonction des îles. Comme l’avaient déjà théorisés McArthur & Wilson en 1963-1967, nous avons remarqué que plus les îles sont grandes, plus il y a d’espèces différentes, de même, plus l’île est isolée et loin du bord, moins nous trouverons d’espèces différentes. De plus, nous avons remarqué que la richesse spécifique était corrélé à l’altitude des îles qui peut être un bon proxy de la diversité d’habitats. Enfin, nous avons remarqué que les plantes étaient différentes si l’on se trouvait sur les bords ou sur les îles et si l’on se trouvait dans le secteur Nord ou Sud du Salar.

 

Hebergeur d'imageImage 5 – Le volcan Tunupa (ou Mama Tunupa en Aymara) qui domine le Salar.
Hebergeur d'imageImage 6 – Le Salar est si vaste que l’on n’en voit pas la fin.
Hebergeur d'imageImage 7 – Les caractéristiques hexagones de sel.

 

Les plantes du Salar d’Uyuni

La très grande majorité des plantes que l’on trouve sur les îles du salar possèdent des épines et sont très odorantes. Ces deux caractéristiques sont des techniques classiques de défense pour ne pas se faire consommer par des herbivores comme les Viscachas ou les Vigognes (voir photo 8). En effet, le manque d’eau contraint les plantes qui ne peuvent pas produire beaucoup de feuilles. Ainsi, chaque feuille « coûte » très cher à la plante, et pour ne pas gâcher un tel investissement d’eau et de minéraux, elle les protège en les rendant très odorantes (répulsifs à herbivores) et/ou en les couronnant d’épines (photos 9 et 10).

Hebergeur d'imageImage 8 – Des Vigognes traversent le Salar en quête de nourriture sur une île.
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image
Images 9 et 10 : Le Trichocereus pasacana et ses longues épines.

 

Enfin, voici quelques photos des plantes trouvées sur ces îles.

 

Adesmia polyphylla
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image

Astragalus asplundii
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image

Cumulopuntia boliviana
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image

Echinopsis ferox
Hebergeur d'image

Ephedra breana
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image

Haplopappus rigidus
Hebergeur d'image

Le coup de cœur : Hoffmannseggia minor
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image

Junellia seriphioides
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image

Liliaceae inconnue
Hebergeur d'image

Lophopappus cuneatus
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image

Melinia parviflora
Hebergeur d'image

Sarcocornia pulvinata
Hebergeur d'image

Suaeda foliosa
Hebergeur d'image

Trichocereus hybride ?
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image

Trichocereus pasacana
Hebergeur d'image

Tunilla soehrensii
Hebergeur d'image

Quelques cactus mutés pour finir
Hebergeur d'image
Hebergeur d'image

 

 

Une petite vidéo pour finir :

Enjoy !