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Retour sur les sites naturelles des Pinguicula vulgaris à 7 pétales

Il y a environ un an, je m’étais rendu sur deux sites que je connais afin d’y vérifier le bon développement de deux petites et fragiles populations de Pinguicula vulgaris f bicolor. J’ai été particulièrement surpris lorsque j’ai vu que la majorité des fleurs des deux populations étaient mutées et ne comportaient non pas 5 mais 7 pétales ! Nous en avions parlé ici :
https://phagophytos.com/2015/07/22/deux-etranges-populations-de-pinguicula-vulgaris-f-bicolor-a-7-petales/
Cette année, j’ai choisi de compter exactement toutes les fleurs (mutées ou non) présentes dans les deux populations afin d’avoir des chiffres à l’appuie.
Dés mon arrivée, je remarque qu’il y a moins de fleurs mutées que l’année passée. Je choisi de classer les fleurs dans deux grandes catégories : normales (5 pétales) et mutées (6, 7, 8 ou + pétales). Voici par exemple une fleur mutée.

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Et une fleur normale.

Hebergeur d'imageHebergeur d'imageDSC03468

Les résultats sont présentées dans le tableau ci-dessous.

Population normale 6 pétales 7 pétales 8 ou + pétales totale mutées

1

19 8 5 2 15

2

17 3 1  0 4

Nous voyons que dans la première population nous retrouvons toujours une forte proportion de fleurs mutées alors que cela semble être un événement plus rare dans la seconde. Nous avions émis l’hypothèse que cette mutation puisse être génétique, aux vues des résultats de cette année, je dirais qu’elle est très probablement due à l’environnement.

En effet, même si dans la première population nous avons environ autant de fleurs mutées que de normales, nous pouvons voir que plus la mutation est importante (c’est-à-dire plus le nombre de pétales en trop est grand) moins elle est fréquente. Si nous avions eu une différence génétique, la distribution de la mutation serait centrée sur 7 pétales, or ici il semble que l’apparition d’un pétale supplémentaire arrive environ 1 fois sur 2, 2 pétales supplémentaires 1 fois sur 4 et ainsi de suite.

Néanmoins, la petite taille de la population et les données que nous avons ne permettent pas de tirer de conclusions quant à l’origine de la variabilité de la fleur (température, humidité, sol, hasard ?). Il serait intéressant de relever par exemple des mesures de pH et de la température au moment de la formation des fleurs dans les deux sites.

Affaire à suivre donc….

Pour terminer, quelques photos de Pinguicula vulgaris, aussi rencontrée in-situ.

DSC03480DSC03476DSC03475Hebergeur d'image

Enjoy !

La Quinoa, controverses autours de la « graine magique ».

Ces dernières années, nous entendons beaucoup parler des vertus du Quinoa, cette graine d’origine andine qui plaît de plus en plus aux européens et américains en quête de nourriture saine, originale et équitable. Cela paraît bien beau sur le papier : une graine riche en protéines (parfait pour les végétariens), sans gluten (exemplaire pour les « gluten-free ») et qui permet d’aider les populations boliviennes et péruviennes d’où elle est importée (idéale pour les consommateurs consciencieux « bio »). Mais, qu’en est-il en réalité ?

Nous répondrons rapidement à quelques questions basiques sur cette plante concernant les avantages et inconvénients au niveau nutritionnel, social et environnemental. Je me suis vite rendu compte qu’en cherchant des informations sur la nutrition, on tombe sur tout un tas de sites Internet peu fiables, qui se contredisent et qui inventent des données autours de jolies histoires. Nous nous baserons donc uniquement sur les articles de la FAO pour cette partie.

Hebergeur d'imageHebergeur d'imageDSC04156DSC04140Photo 1 & 2 – Champs de Quinoa très colorés près du Salar d’Uyuni en Bolivie.

Qu’est ce que la Quinoa ?

Le Quinoa (Chenopodium quinoa) est une Chenopodiaceae, au même titre que la betterave ou les épinards, cultivée depuis environ 7000ans sur les hauts plateaux andins aux alentours de 4000m d’altitude. C’est une des rares plantes capable de pousser et de produire de la nourriture pour l’homme dans des conditions extrêmes (froid, vent, altitude, manque d’eau et de nutriments etc.). Elle est très productive et peut atteindre plus de 2 mètres de hauteur. Les graines que cette plante produit sont utilisées depuis des milliers d’années par les populations andines pour diverses préparations culinaires.

Photo 3 – Différents stades de maturation des plants de Quinoa. (1)

Qualité nutritive et avantages alimentaires

Selon le site de la FAO, le Quinoa, comparé à d’autres sources de nourriture tel que le riz, le maïs, le blé ou l’haricot, est riche en protéines (entre 10 et 17%). Outre une teneur élevée, il contient tous les acides aminés essentiels qui constituent nos enzymes et protéines corporelles et assurent un bon fonctionnement métabolique. Il est également très riche en sels minéraux avec des valeurs jusqu’à 10 fois plus élevée que les autres céréales de l’étude. Enfin, il contient de bonnes quantités de fibres, lipides et vitamines ce qui en fait un aliment riche, complet et calorique.

Différences sociales

A la suite de ces découvertes nutritives – et de la démocratisation de pratiques alimentaires telles que le végétarisme ou la nourriture bio – le Quinoa s’est retrouvé dans nos supermarchés. Aujourd’hui, il est largement consommé en Europe et aux Etats-Unis, si bien que l’année 2013 a été nommé « année internationale du Quinoa » par les Nations Unis !

La Bolivie et le Pérou sont les deux plus gros producteurs mondiaux dont la très grande majorité part désormais à l’exportation vers l’Europe et les USA (environ 90%). Victime de son effet de mode, son prix a rapidement augmenté et sa culture rapporte désormais beaucoup d’argent. Ainsi, nombreux sont les boliviens et péruviens qui abandonnent leur cheptel de lamas pour la culture de la Quinoa POUR l’exportation.

Alors que cette plante est cultivée et consommée depuis des milliers d’années dans ces régions, le prix des graines de Quinoa est aujourd’hui très (trop) élevé pour les populations locales.

Photo 4 – Salinas, un petit village au bord du Salar d’Uyuni en Bolivie qui s’est construit quasiment exclusivement de la culture et de la vente du Quinoa. (2)

Impacts environnementaux

Résumons, Le Quinoa a tout un tas de vertus nutritionnelles et sa vente par les populations locales aide à leur développement. Malheureusement, sa culture « intensive » a des impacts profonds sur les écosystèmes boliviens & péruviens.

Cette plante pousse dans des zones très arides et froides. Les écosystèmes naturels mettent beaucoup de temps à se mettre en place à cause de la croissance très lente des différentes espèces végétales. Ainsi, quand les habitants brûlent la végétation pour créer des parcelles cultivables pour le Quinoa, l’écosystème peut prendre des centaines d’années pour se reconstruire.

Et cela a un autre effet : un phénomène de désertification qui s’accentue. Lorsque la végétation disparaît, l’eau est moins bien retenue au niveau du sol. Le milieu, déjà particulièrement aride, retient moins bien l’eau et se transforme petit à petit en désert stérile. Ce phénomène irréversible défavorise grandement la résilience de l’écosystème naturel, c’est à dire son retour à la normal.

Pour résumer, la graine de Quinoa possède des qualités nutritives évidentes. En revanche, cette « mode » occidentale que l’on nous vend comme bio et équitable pour les populations locales n’est pas si vertueuse. Elle entraîne en effet la destruction des habitats (ce qui paraît bien contradictoire pour une alimentation respectueuse de l’environnement) et des inégalités sociales croissantes (ce qui paraît contradictoire avec le principe d’équitabilité avec les populations locales).

Pour conclure, faites attention à ce que vous achetez et à ce que l’on vous dit.

Enjoy !

Crédit photos :

1/ http://theholisticchef.com/

2/ http://www.tamarastenn.com/

3/ http://altereco.com.au/

La facilitation : quand les plantes s’aident pour survivre

Bonjour à tous,

 

Lors de ma dernière mission en Bolivie, j’ai étudié un phénomène bien connu des écologues appelé « la facilitation ». Dans ce cas j’ai étudié la facilitation plante-plante. Mais concrètement, c’est quoi ?

Hebergeur d'imagePhoto 1 – Les îles du Salar d’Uyuni en Bolivie sont des écosystèmes arides où la facilitation plante-plante permet une importante diversité végétale malgré les conditions climatiques défavorables.

 

Globalement, une espèce facilite une autre lorsqu’elle lui permet de s’implanter, de se développer ou de se reproduire dans un milieu où elle ne pourrait survivre seule. Par exemple, un grand arbre protège les jeunes plantules ou les mousses d’un vent violent ou de fortes pluies, on dit alors qu’il facilite le développement d’autres espèces, ou encore qu’il est « facilitateur ». En règle générale, les intéractions écologiques entre les espèces sont du type mutualisme (les deux espèces en tirent un avantage) ou commensalisme (une espèce tire un avantage mais la seconde n’est pas impactée négativement).

Dans cet article, nous allons nous pencher sur un aspect de la facilitation, lorsqu’une plante dite « nurse » ou « facilitatrice » offre un refuge à d’autres espèces. Ce refuge peut offrir une protection contre des prédateurs, mais aussi contre un stress environnemental comme l’insolation, la sécheresse, le manque de nutriments, la chaleur ou au contraire le froid. Ces interactions semblent être plus importantes et plus fréquentes qu’on ne l’aurait pensé jusqu’à ces dernières décennies et se retrouveraient dans quasiment tous les écosystèmes, surtout ceux où les conditions climatiques sont défavorables. En revanche, il ne peut pas y avoir de facilitation quand le stress provient des nutriments dans le sol car dans ce cas, c’est la compétition entre les plantes qui prime.

Hebergeur d'imagePhoto 2 – Les différents type d’habitats des îles du Salar d’Uyuni avec chacun leur propre patron facilitatrices/facilitées.

Dans le contexte des îles du Salar d’Uyuni, de nombreux stress abiotiques contraignent le développement des plantes telles que : des variations de température journalières très fortes (40°C le jour et près de 0°C la nuit), des radiations solaires puissantes, peu d’eau et un sol très salé. Pour couronner le tout, la pression des herbivores (lamas et Vigognes) est relativement forte car la végétation est rare. Afin de se développer dans de telles conditions, les plantes ont évolué vers une entre-aide mutuelle.

 

Hebergeur d'imagePhoto 3 – Patchs d’association de plantes facilitatrices/facilitées.

 

Sur cette image (photo 3), nous voyons bien que la végétation s’organise en patchs de petits arbustes entourés de zones stériles. Il y a donc une compétition entre les patchs pour l’accès l’eau et, en quelques sortes, chaque patch nécessite une certaine surface pour ses propres ressources en eau. En revanche, à l’intérieur de ces groupes… Environ une dizaines d’espèces cohabitent !

Les espèces facilitatrices sont dans ce cas de petits arbustes d’environ 1-2m de hauteur, très odorants et/ou épineux et souvent regroupées en 2 voire 3 espèces par patch (Fabiana densa, Baccharis tola, Baccharis boliviensis, Chuquiraga spinosa, Atriplex imbricata, Adesmia polyphylla etc.). Ils offrent une place idéale pour les plantules et les herbacées, fragiles et très désirées des herbivores. En effet, le port de l’arbuste va ombrager tout une zone dessous de ses feuilles, gardant le sol frais, un peu plus humide et protégé des rayons puissants du soleil dans ce désert situé à 3660m d’altitude. De plus, lorsque les feuilles tombent et se dégradent, elles apportent des nutriments supplémentaires. Enfin, certains arbustes, très épineux (photo 4), ne sont pas consommés par les herbivores, protégeant ainsi les plantes qui se trouvent dessous ! Ainsi, on trouve sous ces arbustes, tout un tas de graminées (Jarava plumosula, Jarava leptostachya, Nassella arcuata etc.), des herbacées comme des sauges (Salvia cuspidata sbsp gliesii), des lianes (Mutisia hamata, Melinia parviflora) et enfin, de petites annuelles (Hoffmannseggia minor, Bouteloua simplex etc.).

Hebergeur d'imagePhoto 4 – Une graminée (Jarava leptostachya) a élu domicile dans un arbuste très piquant (Adesmia sp) ce qui la protège des herbivores.

 

D’autres plantes facilitent l’implantation de nouvelles espèces là où les conditions sont particulièrement difficiles. Sur les plages des îles du salar d’Uyuni, le sol est principalement constitué de sable, très pauvre en nutriments, et de sel qui brûle les racines des plantes. De plus, la couche supérieur du sol est très dur à cause justement d’une croûte salée, vestige des crues et décrues du salar pendant la saison des pluies. Seules très peu d’espèces arrivent à s’installer dans cet écosystème particulier et elles sont en forme…. de coussin (Frankenia triandra, Sarcocornia pulvinata etc. photo 6). Leur croissance est très lente à cause du manque de nutriments et leur « carapace » très dure pour supporter le soleil et le piétinement des herbivores. La encore, le manque d’eau forme de petits patchs de coussins entourés de zones stériles (photo 5).

Hebergeur d'imagePhoto 5 – Auréole stérile autours d’un coussin de Frankenia triandra.
Hebergeur d'imagePhoto 6Frankenia triandra, un coussin géant qui facilite l’implantation d’autres espèces végétales. Les parties marrons sont mortes et deviennent un sol idéal pour les plantules.

 

Au fur et à mesure de leur développement, la partie centrale de la plante meurt et se dégrade, très lentement (photo 6). Cela offre une place de choix pour des petites herbacées ou des annuelles (Hoffmannseggia minor, Distichlis humilis) mais aussi des plantules d’arbustes (Chuquiraga spinosa, Atriplex imbricata etc. photos 7 à 9). En effet, à l’intérieur du coussin, les températures sont temporisées et les variations journalières ne sont plus aussi fortes : il fait moins chaud la journée et plus doux la nuit. L’humidité relative est aussi plus élevée, les nutriments plus disponibles et il n’y a ni de croûte salée à percer, ni une quantité de sel trop importante dans le sol. Sympa non ?

Hebergeur d'imageHebergeur d'imageHebergeur d'imagePhotos 7 à 9 –  Respectivement, Cumulopuntia boliviana, Hoffmannseggia minor et Atriplex imbricata facilitées par un coussin de Frankenia triandra.

 

Nous avons relevés tout un tas de données qui seront prochainement analysées afin de confirmer ces pattern de facilitation….

 

 

Enjoy !