La Quinoa, controverses autours de la « graine magique ».

Ces dernières années, nous entendons beaucoup parler des vertus du Quinoa, cette graine d’origine andine qui plaît de plus en plus aux européens et américains en quête de nourriture saine, originale et équitable. Cela paraît bien beau sur le papier : une graine riche en protéines (parfait pour les végétariens), sans gluten (exemplaire pour les « gluten-free ») et qui permet d’aider les populations boliviennes et péruviennes d’où elle est importée (idéale pour les consommateurs consciencieux « bio »). Mais, qu’en est-il en réalité ?

Nous répondrons rapidement à quelques questions basiques sur cette plante concernant les avantages et inconvénients au niveau nutritionnel, social et environnemental. Je me suis vite rendu compte qu’en cherchant des informations sur la nutrition, on tombe sur tout un tas de sites Internet peu fiables, qui se contredisent et qui inventent des données autours de jolies histoires. Nous nous baserons donc uniquement sur les articles de la FAO pour cette partie.

 

Hebergeur d'imageHebergeur d'imagePhoto 1 & 2 – Champs de Quinoa très colorés près du Salar d’Uyuni en Bolivie.

 

Qu’est ce que la Quinoa ?

Le Quinoa (Chenopodium quinoa) est une Chenopodiaceae, au même titre que la betterave ou les épinards, cultivée depuis environ 7000ans sur les hauts plateaux andins aux alentours de 4000m d’altitude. C’est une des rares plantes capable de pousser et de produire de la nourriture pour l’homme dans des conditions extrêmes (froid, vent, altitude, manque d’eau et de nutriments etc.). Elle est très productive et peut atteindre plus de 2 mètres de hauteur. Les graines que cette plante produit sont utilisées depuis des milliers d’années par les populations andines pour diverses préparations culinaires.

Photo 3 – Différents stades de maturation des plants de Quinoa. (1)

 

Qualité nutritive et avantages alimentaires

Selon le site de la FAO, le Quinoa, comparé à d’autres sources de nourriture tel que le riz, le maïs, le blé ou l’haricot, est riche en protéines (entre 10 et 17%). Outre une teneur élevée, il contient tous les acides aminés essentiels qui constituent nos enzymes et protéines corporelles et assurent un bon fonctionnement métabolique. Il est également très riche en sels minéraux avec des valeurs jusqu’à 10 fois plus élevée que les autres céréales de l’étude. Enfin, il contient de bonnes quantités de fibres, lipides et vitamines ce qui en fait un aliment riche, complet et calorique.

 

Différences sociales

A la suite de ces découvertes nutritives – et de la démocratisation de pratiques alimentaires telles que le végétarisme ou la nourriture bio – le Quinoa s’est retrouvé dans nos supermarchés. Aujourd’hui, il est largement consommé en Europe et aux Etats-Unis, si bien que l’année 2013 a été nommé « année internationale du Quinoa » par les Nations Unis !

La Bolivie et le Pérou sont les deux plus gros producteurs mondiaux dont la très grande majorité part désormais à l’exportation vers l’Europe et les USA (environ 90%). Victime de son effet de mode, son prix a rapidement augmenté et sa culture rapporte désormais beaucoup d’argent. Ainsi, nombreux sont les boliviens et péruviens qui abandonnent leur cheptel de lamas pour la culture de la Quinoa POUR l’exportation.

Alors que cette plante est cultivée et consommée depuis des milliers d’années dans ces régions, le prix des graines de Quinoa est aujourd’hui très (trop) élevé pour les populations locales.

Photo 4 – Salinas, un petit village au bord du Salar d’Uyuni en Bolivie qui s’est construit quasiment exclusivement de la culture et de la vente du Quinoa. (2)

 

Impacts environnementaux

Résumons, Le Quinoa a tout un tas de vertus nutritionnelles et sa vente par les populations locales aide à leur développement. Malheureusement, sa culture « intensive » a des impacts profonds sur les écosystèmes boliviens & péruviens.

Cette plante pousse dans des zones très arides et froides. Les écosystèmes naturels mettent beaucoup de temps à se mettre en place à cause de la croissance très lente des différentes espèces végétales. Ainsi, quand les habitants brûlent la végétation pour créer des parcelles cultivables pour le Quinoa, l’écosystème peut prendre des centaines d’années pour se reconstruire.

Et cela a un autre effet : un phénomène de désertification qui s’accentue. Lorsque la végétation disparaît, l’eau est moins bien retenue au niveau du sol. Le milieu, déjà particulièrement aride, retient moins bien l’eau et se transforme petit à petit en désert stérile. Ce phénomène irréversible défavorise grandement la résilience de l’écosystème naturel, c’est à dire son retour à la normal.

 

Photo 5 – Aridité du milieu dans lequel pousse la Quinoa. (3)

 

Pour résumer, la graine de Quinoa possède des qualités nutritives évidentes. En revanche, cette « mode » occidentale que l’on nous vend comme bio et équitable pour les populations locales n’est pas si vertueuse. Elle entraîne en effet la destruction des habitats (ce qui paraît bien contradictoire pour une alimentation respectueuse de l’environnement) et des inégalités sociales croissantes (ce qui paraît contradictoire avec le principe d’équitabilité avec les populations locales).

 

 

Pour conclure, faites attention à ce que vous achetez et à ce que l’on vous dit.

 

Enjoy !

 

Crédit photos :

1/ http://theholisticchef.com/

2/ http://www.tamarastenn.com/

3/ http://altereco.com.au/

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Une réflexion au sujet de « La Quinoa, controverses autours de la « graine magique ». »

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