Définition, menaces et protection de la Biodiversité- Partie 2 : LES CHANGEMENTS GLOBAUX ET LEURS IMPACTS SUR LA BIODIVERSITÉ

Ces derniers temps, nous entendons beaucoup parler du réchauffement/changement climatique et cela est en partie dû au fait que les prévisions scientifiques des dernières décennies sont en train de se réaliser, et d’une manière bien plus intense et grave que ce qui avait été imaginé. Malheureusement, ce n’est pas le seul problème auquel nous devons faire face, la pollution, la fragmentation des aires naturelles et l’effondrement global de la biodiversité représentent aussi des problèmes majeurs. Si les espèces disparaissent, on peut penser qu’il suffit de les protéger et que tout ira bien. Est-ce aussi simple que ça ?

Je vous propose ici un nouvel article de vulgarisation sur la biodiversité et sa protection articulé en 3 parties car l’ensemble était un peu long pour être publié en un coup. La première partie traite des problèmes liés à l’effondrement de la biodiversité à différents niveaux pour bien comprendre les liens entre la diversité génétique, des espèces et des paysages. La seconde partie fait un résumé sur les changements globaux actuels (changement climatique, pollution, fragmentation etc.) qui impactent la biodiversité à tous les niveaux. Enfin la troisième et dernière partie résume les solutions existantes basées sur les travaux de recherche pour protéger au mieux la biodiversité à tous les niveaux et en prenant en compte les changements globaux.

Lire la PARTIE 1 : COMPRENDRE LA BIODIVERSITÉ ET SON EFFONDREMENT

Lire la PARTIE 2 : LES CHANGEMENTS GLOBAUX ET LEURS IMPACTS SUR LA BIODIVERSITÉ

Lire la PARTIE 3 : COMMENT PROTÉGER AU MIEUX LA BIODIVERSITÉ ?



 

LES CHANGEMENTS GLOBAUX ET LEURS IMPACTS SUR LA BIODIVERSITÉ

 

Ce type de paysage est totalement imperméable à la vie sauvage. source : reporterre.net

 

La première partie dépeint la triste réalité actuelle de l’état de la biodiversité de manière générale et vulgarisée. Elle représente le contexte des études scientifiques des écologues et biologistes de la conservation. Vous trouvez ça triste ? Alors accrochez-vous car ce qui suit est encore plus désespérant.

Inutile de repréciser que les changements globaux et la perte de biodiversité sont expliqués à 99% par les activités humaines, le petit pourcentage restant représentant des variations naturelles des populations et du climat. Il n’y a donc plus aucun doute là-dessus et nous ne reviendrons pas sur ce constat. Nous allons plutôt nous demander comment ces changements globaux vont impacter la biodiversité dans le futur ? Nous aborderons rapidement les différentes pollutions déjà évoquées dans la partie précédente, la fragmentation des habitats et enfin le changement climatique.

Une nouvelle bactérie mangeuse de plastique, solution ...

La pollution au plastique pose des problèmes terribles pour les animaux marins qui meurent étouffés par une ingestion trop importante de plastique. On en retrouve régulièrement plusieurs dizaines de kilogrammes dans les estomac des cétacés retrouvés échoués sur des plages. Source : francetvinfo.fr

 

Les pollutions

Les pollutions proviennent de l’industrialisation, de l’agriculture, de nos modes de consommation et de notre société de manière générale. Nous ne reviendrons pas non plus sur le fait que le rejet de CO2 participe énormément au réchauffement climatique, nous sommes tous assez au courant de cette situation, et que le plastique qui se retrouve dans les océans (et jusque dans nos selles !!) tuent des individus. Nous allons nous attarder plus longtemps sur la pollution chimique due à l’agriculture.

Les intrants regroupent toutes les substances chimiques apportées aux cultures dans le but de favoriser la croissance des plantes cultivées (engrais) et d’empêcher les « mauvaises herbes » (herbicides), les parasites (insecticides) et les maladies (fongicides). Ces 2 dernières familles de substances chimiques sont regroupées sous le terme de « pesticide ».

Les pesticides et herbicides qui sont aspergés dans les grandes cultures ruissellent malheureusement jusque dans les cours d’eau où ils tuent les insectes et les plantes loin des cultures. Mais ce n’est pas tout. Certains ravageurs des cultures et autres « mauvaises herbes » commencent à acquérir des résistances aux diverses substances, il faut donc constamment augmenter les doses et changer les molécules ce qui augmente considérablement les effets néfastes sur le reste de la biosphère (du vivant). Ne parlons même pas des petits insectes et animaux qui vivent dans la terre, sous les cultures et dont le rôle naturelle est de transformer les déchets organiques en engrais (ex : les lombrics).

Le problème est qu’au bout d’un certain temps, même les plantes cultivées commencent à souffrir de toutes ces molécules et c’est en partie pourquoi les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) ont fait leur apparition : pour pouvoir augmenter au maximum les doses d’herbicides sans que les plantes cultivées n’en pâtissent. Vous comprenez bien ici que c’est une fausse solution (tout comme l’importation d’huile de palme pour fabriquer du « bio » carburant, ah !). La seule solution viable est l’arrêt définitif des intrants pour que les mécanismes naturels puissent fonctionner de nouveau.

Les engrais apportent aussi leur lot de problèmes et étant donné la disparition des organismes dont le rôle « naturel », ou la fonction, est de dégrader la matière organique pour la transformer en engrais, les cycles naturels des nutriments sont rompus et les doses d’engrais chimiques ajoutés sont toujours plus importantes. Du coup, à trop vouloir ajouter des engrais pour favoriser la croissance des plantes cultivées, les écosystèmes perdent leurs fonctions naturelles de recyclage des déchets organiques et donc, il faut ajouter encore plus d’engrais pour palier à ce manque.

Les plantes utilisent le soleil et le CO2 pour fabriquer leur énergie mais elles ont aussi besoin de « nourriture » (les nutriments) afin de croître, et cette nourriture se trouve dans la terre. Les espèces naturellement présentes n’arrivent plus à se développer à proximité des milieux agricoles bourrés d’engrais car ces conditions favorisent la colonisation de quelques espèces nitrophiles (qui aiment les milieux riches) au détriment des autres. Les prairies « naturelles » (si tenté qu’elles existent encore) sont généralement très pauvres en nutriment. Vu que les ressources sont limitées, aucune espèce n’est assez compétitive pour entièrement coloniser le milieu et il y a donc de la place pour la coexistence d’une multitude d’espèces.

Une prairie est pauvre en nutriment, ce qui favorise la cohabitation de nombreuses espèces. Source : InfoFlora

 

Enfin, les engrais ruissellent jusque dans les lacs et les rivières et un phénomène bien connu s’en suit : l’eutrophisation. Cela signifie qu’il y a tellement de nutriments dans ces milieux que l’équilibre chimique globale change, les algues se développent de manière incontrôlée étouffant les autres organismes, la disponibilité en oxygène chute et la vie dans le point d’eau finit par mourir. Il faut donc à tous prix s’opposer aux produits provenant de l’agriculture industrielle et se rabattre vers des méthodes plus respectueuses de l’environnement !

Vous étiez peut être au courant de ces problématiques mais avez-vous entendu parlé de la pollution sonore et lumineuse ? Ces autres types de pollution posent aussi des problèmes pour les animaux nocturnes. Les chauve-souris par exemple ne peuvent pas circuler à travers les villes à cause de la quantité de lumière produite et bon nombre d’animaux ne s’aventurent pas proche des villes à cause du bruit qu’elles engendrent.

Schéma résumant l’eutrophisation des milieux aquatiques. Source : aquagreen-tech.com

 

La fragmentation

La fragmentation des habitats est un autre problème qui n’est pas prêt de disparaître. Cela représente l’isolation des habitats naturels et leur remplacement par des voies de communication, des cultures, des villages etc. Si les habitats sont isolés, les espèces ne peuvent plus circuler d’un habitat à l’autre et donc ne peuvent plus se reproduire avec des individus génétiquement différents. Nous avons vu dans la première partie que la perte de diversité génétique était une des principales et des plus graves conséquences de la perte de biodiversité. Elle est en partie expliquée par la fragmentation.

Pour bien comprendre la fragmentation, il faut comprendre la notion de « barrière écologique ». Une chaîne de montagne représente une barrière écologique pour beaucoup d’espèces qui ne peuvent pas passer d’un côté à l’autre. Mais aujourd’hui, les voies de communications comme les routes, les autoroutes, les voies de chemins de fer et même nos zones agricoles peuvent être des barrières écologiques pour certains animaux. Quelques exemples : les clôtures/grillages en zones agricoles représentent des barrières infranchissables pour les cerfs, de même que la pollution agricole, les trottoirs et les routes le sont pour les hérissons,  n’importe quelle zone un peu sèche peu l’être pour un amphibien etc.

Lorsqu’une route passe au milieu d’une forêt, cela fragmente le milieu « naturel » (difficile de ne plus mettre des guillemets) et réduit la part du milieu utilisée par les animaux. Pourquoi ? A cause notamment de l’effet de lisière et du bruit. L’effet lisière représente la transition progressive entre deux milieux. Cela signifie que la part de forêt à proximité d’éléments non naturels (route, cultures, village etc.) n’est pas aussi habitable par les espèces que les zones au cœur de la forêt, loin de notre société. Il faut donc laisser de la place aux zones naturelles et les connecter entre-elle pour éviter la chute de la diversité génétique.

Schéma illustrant la disparition des espèces qui vivent au cœur des habitats naturels à cause de la fragmentation de cet habitat. Source : rapport sur les continuités écologiques de l’Isère.

 

Le changement climatique

Je ne vais pas m’attarder très longtemps sur le changement climatique car vous trouverez d’autres articles sur le site traitant du sujet (voir en bas de page). Néanmoins, rappelez-vous que cette année 2018 marque encore pas mal de records, notamment en Europe et en France : les canicules de cet été ont été parmi les chaudes jamais enregistrées, 50 départements étaient encore en alerte hydrique fin octobre, les rivières sont sèches (même le Danube s’assèche !), les lacs sont à un niveau incroyablement bas car peu alimentés par les rivières, il n’a quasiment pas plu dans certaines zones depuis le début de l’été et enfin, nous observons des cyclones se former dans la méditerranée, poétiquement appelés « medicane » (méditerranée + hurricane).

Ces phénomènes sont de plus en plus courants ces 10 dernières années et nous nous sommes déjà presque habitué à régulièrement exploser tous les records de températures et de sécheresse. Le futur s’annonce sombre car le changement climatique entraîne une augmentation très significative des événements catastrophiques tel que les inondations (aussi causées par la perte d’habitat naturel et notamment des forêts normalement capables d’absorber l’eau), les tempêtes, les sécheresses et les canicules.

Inutile de préciser que toutes les espèces non acclimatées à ces nouvelles conditions vont irrémédiablement disparaître. Les animaux qui sont capables de bouger pour trouver des conditions plus clémentes ne pourront le faire que si le milieux n’est pas trop fragmenté et permet donc la connexion entre les habitats naturels.

Pour aller plus loin sur les derniers résultats concernant les impacts du changement climatique et surtout notre capacité à agir ou non, je vous conseille vivement de jeter un coup d’œil au dernier rapport du GIEC sorti il y a quelques semaines et qui dresse un tableau pour le moins alarmant de la situation.

Article de vulgarisation et résumé du rapport du GIEC : http://www.climat.be/fr-be/changements-climatiques/les-rapports-du-giec/2018-rapport-special

Rapport du GIEC à destination des décideurs politiques (résumé et vulgarisé) : https://www.climat.be/files/4115/3900/0027/181008_IPCC_sr15_spm.pdf

 

Capture

Risques liés au changement climatique selon le dernier rapport du GIEC

 

Cet article est maintenant terminé et je vous invite à aller lire la troisième et dernière partie de cet ensemble d’article qui vise plus concrètement les méthodes de protection de l’environnement.

 

Voici quelques liens pour aller plus loin :

Le résumé de la 6e plenary de l’IPBES qui a eu lieu en Mars dernier concernant la chute de la biodiversité et les services écosystémiques : https://www.ipbes.net/system/tdf/ipbes-6-15-add.5_spm_ldr_french.pdf?file=1&type=node&id=28888

D’autres article du site sur la biodiversité et le changement climatique :

Un rapide topo des preuves et conséquences du changement climatique 

L’Agriculture, bilan actuel et perspectives

Changement climatique, retour sur l’année 2016

La biodiversité va mal, en quoi cela nous concerne ?

 

Enjoy !

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2 réflexions au sujet de « Définition, menaces et protection de la Biodiversité- Partie 2 : LES CHANGEMENTS GLOBAUX ET LEURS IMPACTS SUR LA BIODIVERSITÉ »

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