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Définition, menaces et protection de la Biodiversité- Partie 2 : LES CHANGEMENTS GLOBAUX ET LEURS IMPACTS SUR LA BIODIVERSITÉ

Ces derniers temps, nous entendons beaucoup parler du réchauffement/changement climatique et cela est en partie dû au fait que les prévisions scientifiques des dernières décennies sont en train de se réaliser, et d’une manière bien plus intense et grave que ce qui avait été imaginé. Malheureusement, ce n’est pas le seul problème auquel nous devons faire face, la pollution, la fragmentation des aires naturelles et l’effondrement global de la biodiversité représentent aussi des problèmes majeurs. Si les espèces disparaissent, on peut penser qu’il suffit de les protéger et que tout ira bien. Est-ce aussi simple que ça ?

Je vous propose ici un nouvel article de vulgarisation sur la biodiversité et sa protection articulé en 3 parties car l’ensemble était un peu long pour être publié en un coup. La première partie traite des problèmes liés à l’effondrement de la biodiversité à différents niveaux pour bien comprendre les liens entre la diversité génétique, des espèces et des paysages. La seconde partie fait un résumé sur les changements globaux actuels (changement climatique, pollution, fragmentation etc.) qui impactent la biodiversité à tous les niveaux. Enfin la troisième et dernière partie résume les solutions existantes basées sur les travaux de recherche pour protéger au mieux la biodiversité à tous les niveaux et en prenant en compte les changements globaux.

Lire la PARTIE 1 : COMPRENDRE LA BIODIVERSITÉ ET SON EFFONDREMENT

Lire la PARTIE 2 : LES CHANGEMENTS GLOBAUX ET LEURS IMPACTS SUR LA BIODIVERSITÉ

Lire la PARTIE 3 : COMMENT PROTÉGER AU MIEUX LA BIODIVERSITÉ ?



 

LES CHANGEMENTS GLOBAUX ET LEURS IMPACTS SUR LA BIODIVERSITÉ

 

Ce type de paysage est totalement imperméable à la vie sauvage. source : reporterre.net

 

La première partie dépeint la triste réalité actuelle de l’état de la biodiversité de manière générale et vulgarisée. Elle représente le contexte des études scientifiques des écologues et biologistes de la conservation. Vous trouvez ça triste ? Alors accrochez-vous car ce qui suit est encore plus désespérant.

Inutile de repréciser que les changements globaux et la perte de biodiversité sont expliqués à 99% par les activités humaines, le petit pourcentage restant représentant des variations naturelles des populations et du climat. Il n’y a donc plus aucun doute là-dessus et nous ne reviendrons pas sur ce constat. Nous allons plutôt nous demander comment ces changements globaux vont impacter la biodiversité dans le futur ? Nous aborderons rapidement les différentes pollutions déjà évoquées dans la partie précédente, la fragmentation des habitats et enfin le changement climatique.

Une nouvelle bactérie mangeuse de plastique, solution ...

La pollution au plastique pose des problèmes terribles pour les animaux marins qui meurent étouffés par une ingestion trop importante de plastique. On en retrouve régulièrement plusieurs dizaines de kilogrammes dans les estomac des cétacés retrouvés échoués sur des plages. Source : francetvinfo.fr

 

Les pollutions

Les pollutions proviennent de l’industrialisation, de l’agriculture, de nos modes de consommation et de notre société de manière générale. Nous ne reviendrons pas non plus sur le fait que le rejet de CO2 participe énormément au réchauffement climatique, nous sommes tous assez au courant de cette situation, et que le plastique qui se retrouve dans les océans (et jusque dans nos selles !!) tuent des individus. Nous allons nous attarder plus longtemps sur la pollution chimique due à l’agriculture.

Les intrants regroupent toutes les substances chimiques apportées aux cultures dans le but de favoriser la croissance des plantes cultivées (engrais) et d’empêcher les « mauvaises herbes » (herbicides), les parasites (insecticides) et les maladies (fongicides). Ces 2 dernières familles de substances chimiques sont regroupées sous le terme de « pesticide ».

Les pesticides et herbicides qui sont aspergés dans les grandes cultures ruissellent malheureusement jusque dans les cours d’eau où ils tuent les insectes et les plantes loin des cultures. Mais ce n’est pas tout. Certains ravageurs des cultures et autres « mauvaises herbes » commencent à acquérir des résistances aux diverses substances, il faut donc constamment augmenter les doses et changer les molécules ce qui augmente considérablement les effets néfastes sur le reste de la biosphère (du vivant). Ne parlons même pas des petits insectes et animaux qui vivent dans la terre, sous les cultures et dont le rôle naturelle est de transformer les déchets organiques en engrais (ex : les lombrics).

Le problème est qu’au bout d’un certain temps, même les plantes cultivées commencent à souffrir de toutes ces molécules et c’est en partie pourquoi les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) ont fait leur apparition : pour pouvoir augmenter au maximum les doses d’herbicides sans que les plantes cultivées n’en pâtissent. Vous comprenez bien ici que c’est une fausse solution (tout comme l’importation d’huile de palme pour fabriquer du « bio » carburant, ah !). La seule solution viable est l’arrêt définitif des intrants pour que les mécanismes naturels puissent fonctionner de nouveau.

Les engrais apportent aussi leur lot de problèmes et étant donné la disparition des organismes dont le rôle « naturel », ou la fonction, est de dégrader la matière organique pour la transformer en engrais, les cycles naturels des nutriments sont rompus et les doses d’engrais chimiques ajoutés sont toujours plus importantes. Du coup, à trop vouloir ajouter des engrais pour favoriser la croissance des plantes cultivées, les écosystèmes perdent leurs fonctions naturelles de recyclage des déchets organiques et donc, il faut ajouter encore plus d’engrais pour palier à ce manque.

Les plantes utilisent le soleil et le CO2 pour fabriquer leur énergie mais elles ont aussi besoin de « nourriture » (les nutriments) afin de croître, et cette nourriture se trouve dans la terre. Les espèces naturellement présentes n’arrivent plus à se développer à proximité des milieux agricoles bourrés d’engrais car ces conditions favorisent la colonisation de quelques espèces nitrophiles (qui aiment les milieux riches) au détriment des autres. Les prairies « naturelles » (si tenté qu’elles existent encore) sont généralement très pauvres en nutriment. Vu que les ressources sont limitées, aucune espèce n’est assez compétitive pour entièrement coloniser le milieu et il y a donc de la place pour la coexistence d’une multitude d’espèces.

Une prairie est pauvre en nutriment, ce qui favorise la cohabitation de nombreuses espèces. Source : InfoFlora

 

Enfin, les engrais ruissellent jusque dans les lacs et les rivières et un phénomène bien connu s’en suit : l’eutrophisation. Cela signifie qu’il y a tellement de nutriments dans ces milieux que l’équilibre chimique globale change, les algues se développent de manière incontrôlée étouffant les autres organismes, la disponibilité en oxygène chute et la vie dans le point d’eau finit par mourir. Il faut donc à tous prix s’opposer aux produits provenant de l’agriculture industrielle et se rabattre vers des méthodes plus respectueuses de l’environnement !

Vous étiez peut être au courant de ces problématiques mais avez-vous entendu parlé de la pollution sonore et lumineuse ? Ces autres types de pollution posent aussi des problèmes pour les animaux nocturnes. Les chauve-souris par exemple ne peuvent pas circuler à travers les villes à cause de la quantité de lumière produite et bon nombre d’animaux ne s’aventurent pas proche des villes à cause du bruit qu’elles engendrent.

Schéma résumant l’eutrophisation des milieux aquatiques. Source : aquagreen-tech.com

 

La fragmentation

La fragmentation des habitats est un autre problème qui n’est pas prêt de disparaître. Cela représente l’isolation des habitats naturels et leur remplacement par des voies de communication, des cultures, des villages etc. Si les habitats sont isolés, les espèces ne peuvent plus circuler d’un habitat à l’autre et donc ne peuvent plus se reproduire avec des individus génétiquement différents. Nous avons vu dans la première partie que la perte de diversité génétique était une des principales et des plus graves conséquences de la perte de biodiversité. Elle est en partie expliquée par la fragmentation.

Pour bien comprendre la fragmentation, il faut comprendre la notion de « barrière écologique ». Une chaîne de montagne représente une barrière écologique pour beaucoup d’espèces qui ne peuvent pas passer d’un côté à l’autre. Mais aujourd’hui, les voies de communications comme les routes, les autoroutes, les voies de chemins de fer et même nos zones agricoles peuvent être des barrières écologiques pour certains animaux. Quelques exemples : les clôtures/grillages en zones agricoles représentent des barrières infranchissables pour les cerfs, de même que la pollution agricole, les trottoirs et les routes le sont pour les hérissons,  n’importe quelle zone un peu sèche peu l’être pour un amphibien etc.

Lorsqu’une route passe au milieu d’une forêt, cela fragmente le milieu « naturel » (difficile de ne plus mettre des guillemets) et réduit la part du milieu utilisée par les animaux. Pourquoi ? A cause notamment de l’effet de lisière et du bruit. L’effet lisière représente la transition progressive entre deux milieux. Cela signifie que la part de forêt à proximité d’éléments non naturels (route, cultures, village etc.) n’est pas aussi habitable par les espèces que les zones au cœur de la forêt, loin de notre société. Il faut donc laisser de la place aux zones naturelles et les connecter entre-elle pour éviter la chute de la diversité génétique.

Schéma illustrant la disparition des espèces qui vivent au cœur des habitats naturels à cause de la fragmentation de cet habitat. Source : rapport sur les continuités écologiques de l’Isère.

 

Le changement climatique

Je ne vais pas m’attarder très longtemps sur le changement climatique car vous trouverez d’autres articles sur le site traitant du sujet (voir en bas de page). Néanmoins, rappelez-vous que cette année 2018 marque encore pas mal de records, notamment en Europe et en France : les canicules de cet été ont été parmi les chaudes jamais enregistrées, 50 départements étaient encore en alerte hydrique fin octobre, les rivières sont sèches (même le Danube s’assèche !), les lacs sont à un niveau incroyablement bas car peu alimentés par les rivières, il n’a quasiment pas plu dans certaines zones depuis le début de l’été et enfin, nous observons des cyclones se former dans la méditerranée, poétiquement appelés « medicane » (méditerranée + hurricane).

Ces phénomènes sont de plus en plus courants ces 10 dernières années et nous nous sommes déjà presque habitué à régulièrement exploser tous les records de températures et de sécheresse. Le futur s’annonce sombre car le changement climatique entraîne une augmentation très significative des événements catastrophiques tel que les inondations (aussi causées par la perte d’habitat naturel et notamment des forêts normalement capables d’absorber l’eau), les tempêtes, les sécheresses et les canicules.

Inutile de préciser que toutes les espèces non acclimatées à ces nouvelles conditions vont irrémédiablement disparaître. Les animaux qui sont capables de bouger pour trouver des conditions plus clémentes ne pourront le faire que si le milieux n’est pas trop fragmenté et permet donc la connexion entre les habitats naturels.

Pour aller plus loin sur les derniers résultats concernant les impacts du changement climatique et surtout notre capacité à agir ou non, je vous conseille vivement de jeter un coup d’œil au dernier rapport du GIEC sorti il y a quelques semaines et qui dresse un tableau pour le moins alarmant de la situation.

Article de vulgarisation et résumé du rapport du GIEC : http://www.climat.be/fr-be/changements-climatiques/les-rapports-du-giec/2018-rapport-special

Rapport du GIEC à destination des décideurs politiques (résumé et vulgarisé) : https://www.climat.be/files/4115/3900/0027/181008_IPCC_sr15_spm.pdf

 

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Risques liés au changement climatique selon le dernier rapport du GIEC

 

Cet article est maintenant terminé et je vous invite à aller lire la troisième et dernière partie de cet ensemble d’article qui vise plus concrètement les méthodes de protection de l’environnement.

 

Voici quelques liens pour aller plus loin :

Le résumé de la 6e plenary de l’IPBES qui a eu lieu en Mars dernier concernant la chute de la biodiversité et les services écosystémiques : https://www.ipbes.net/system/tdf/ipbes-6-15-add.5_spm_ldr_french.pdf?file=1&type=node&id=28888

D’autres article du site sur la biodiversité et le changement climatique :

Un rapide topo des preuves et conséquences du changement climatique 

L’Agriculture, bilan actuel et perspectives

Changement climatique, retour sur l’année 2016

La biodiversité va mal, en quoi cela nous concerne ?

 

Enjoy !

Définition, menaces et protection de la Biodiversité- Partie 3 : COMMENT PROTÉGER AU MIEUX LA BIODIVERSITÉ ?

Ces derniers temps, nous entendons beaucoup parler du réchauffement/changement climatique et cela est en partie dû au fait que les prévisions scientifiques des dernières décennies sont en train de se réaliser, et d’une manière bien plus intense et grave que ce qui avait été imaginé. Malheureusement, ce n’est pas le seul problème auquel nous devons faire face, la pollution, la fragmentation des aires naturelles et l’effondrement global de la biodiversité représentent aussi des problèmes majeurs. Si les espèces disparaissent, on peut penser qu’il suffit de les protéger et que tout ira bien. Est-ce aussi simple que ça ?

Je vous propose ici un nouvel article de vulgarisation sur la biodiversité et sa protection articulé en 3 parties car l’ensemble était un peu long pour être publié en un coup. La première partie traite des problèmes liés à l’effondrement de la biodiversité à différents niveaux pour bien comprendre les liens entre la diversité génétique, des espèces et des paysages. La seconde partie fait un résumé sur les changements globaux actuels (changement climatique, pollution, fragmentation etc.) qui impactent la biodiversité à tous les niveaux. Enfin la troisième et dernière partie résume les solutions existantes basées sur les travaux de recherche pour protéger au mieux la biodiversité à tous les niveaux et en prenant en compte les changements globaux.

Lire la PARTIE 1 : COMPRENDRE LA BIODIVERSITÉ ET SON EFFONDREMENT

Lire la PARTIE 2 : LES CHANGEMENTS GLOBAUX ET LEURS IMPACTS SUR LA BIODIVERSITÉ

Lire la PARTIE 3 : COMMENT PROTÉGER AU MIEUX LA BIODIVERSITÉ ?



 

COMMENT PROTÉGER AU MIEUX LA BIODIVERSITÉ ?

 

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Les réserves naturelles sont très importantes pour la biodiversité

 

Un peu de contexte

Nous l’avons vu dans les parties précédentes, la biodiversité est impactée à tous les niveaux par les changements globaux et l’avenir ne présage rien de bon. Le réchauffement climatique va de toutes manières continuer pendant plusieurs décennies voire plusieurs siècles, les aires urbanisées et agricoles vont continuer à grappiller des habitats naturels et les espèces vont continuer à s’éteindre.

Beaucoup de problèmes donc… Et pas seulement à cause du climat. Nous voyons bien que c’est l’organisation entière de nos modes de vie qui se doit d’évoluer. Nous devons accepter de moins consommer, ne pas avoir accès à autant de produits et de confort qu’aujourd’hui et de revoir à la baisse notre niveau global de vie. Le citoyen lambda s’habituerait assez facilement à ce nouveau mode de vie, néanmoins, pour le moment, le principal blocage vient d’en haut, des politiques environnementales catastrophiques pour le climat et la biodiversité, du green washing de notre président « Champion de la terre », des lobbys des grandes entreprises plus attachés aux bénéfices rapides qu’à ceux sur le long terme et des politiciens qui … s’en foutent un peu ou qui ont les mains liées (malheureusement d’actualité avec la démission de Nicolas Hulot).

Bref nous n’allons pas parler politique mais plutôt identifier scientifiquement quelles sont les meilleures solutions pour protéger efficacement la biodiversité et vous verrez qu’il en existe un paquet ! En effet, les scientifiques étudient ces questions depuis des décennies et commencent à avoir une idée claire des problèmes et des solutions.

Posons un postulat de base : il n’est pas possible de protéger TOUS les habitats naturels restants, aussi malheureux que cela puisse paraître. Cela est en partie dû aux ressources financières insuffisantes mais aussi au fait que nous devons exploiter les milieux pour notre propre développement. Une idée assez intéressante et loufoque publiée par E.O. Wilson en 2016 propose de protéger la moitié de la planète et de déplacer l’humanité sur l’autre moitié. En dehors de l’impossibilité concrète de déplacer des milliards de personnes et d’effacer la totalité de nos impacts sur un continent entier (pollution, déchets nucléaires, barrages etc.), nous pouvons nous demander quelles sont les limites de cette approche afin d’identifier les problématiques de la conservation de la biodiversité.

Tout d’abord, protéger la moitié de la planète revient à protéger la moitié de la biodiversité et donc d’admettre immédiatement que l’autre moitié va disparaître. Ensuite, cette idée permettrait surtout à l’Homme de pouvoir continuer à détruire « sa » moitié de la terre et de bénéficier des avantages d’avoir un continent sauvage pour le piégeage du carbone, la régulation du climat etc. Pas certain que cela fonctionne sur le long terme !

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En France, les Alpes et les Pyrénées représentent les derniers espaces encore naturels où les espèces peuvent se développer normalement

 

En théorie

Pour protéger au mieux la biodiversité, il y a plusieurs paramètres à prendre en compte, comme expliqué dans les parties précédentes :

  •  Protéger un maximum de milieux différents pour offrir une palette diverse et variée d’habitats importants aux espèces
  • Avoir des surfaces suffisamment grandes pour permettre aux populations de se développer sur le long terme
  • Avoir aussi de petites surfaces éparpillées un peu partout pour permettre la circulation des individus

Revenons rapidement sur ces points.

Nous avons vu que la baisse d’un des niveaux de biodiversité entraîne la baisse de tous les autres car ils sont tous interconnectés. Mais la bonne nouvelle, c’est que l’inverse est aussi vrai, et offrir de nombreux habitats naturels variés augmente la diversité à l’échelle de l’écosystème, entraînant l’implantation de nombreuses espèces, donc potentiellement de nombreux individus et d’un brassage génétique plus important.  Coupler la protection de nombreux habitats différents (zones humides, forêts de conifères et de feuillus, prairies etc.) à la protection de grands espaces (de type parcs/réserves naturel(le)s) permet à de nombreuses espèces de se développer et d’avoir la place pour se reproduire.

En effet, les espèces animales (c’est un peu différent pour les végétaux) ont besoin d’un certain espace de vie pour : 1) avoir suffisamment de ressources pour se nourrir et 2) pouvoir se reproduire sans « voler » les ressources de ses semblables. Par exemple, une population d’escargot devrait pouvoir survivre dans 1 hectare de prairies naturelles, en revanche, une population de loup a besoin de centaines voire de milliers d’hectares pour leur survie. En gros, plus un animal est gros et en haut de la chaîne alimentaire, plus il va avoir besoin d’espace.

Enfin, la création de liens entre ces zones naturelles de grande taille est impératif pour permettre la circulation des individus, donc le renouvellement génétique de la population et ainsi éviter l’histoire de l’aquarium et de la consanguinité expliquée en première partie. Ces liens peuvent être sous forme de corridors de différentes tailles (grandes allées) ou bien sous forme de petits patchs naturels (appelés « stepping stones » ou « pas japonais » en français). Ces « pas japonais » représentent des aires de repos et de nourrissage pour les individus en chemin vers d’autres milieux naturels de grande taille où ils pourront se reproduire.

Les « hubs » représentent les grandes réserves et le reste des connexions. Source : https://www.surrey.ca

 

Et concrètement ?

Maintenant que nous avons compris l’idée générale, comment choisir concrètement les zones à protéger, et plus globalement, tout le réseau naturel à protéger ? La méthode la plus simple est de protéger les « hotspots de biodiversité ». Selon la définition de Myers et de ses collègues, les hotspots représentent des zones où : 1) beaucoup d’espèces végétales poussent, 2) beaucoup d’espèces sont endémiques, c’est à dire qu’on ne les retrouve QUE dans ladite zone et nulle part ailleurs et 3) que les habitats soient très menacés et détruits par les activités humaines à au moins 70% de leur surface initiale. L’idée derrière ces critères est de protéger en priorité les zones riches en espèces, avec des espèces rares et surtout en voie de disparition. Ils ont alors identifié plusieurs zones dans le monde dont les Andes en Amérique du Sud où je suis allé étudier divers milieux naturels et, tenez-vous bien, les habitats méditerranéens, cocorico !

Les hotspots de biodiversité dans le monde selon Myers et al., 2000

 

Protéger les zones avec le plus d’espèces est bien, mais malheureusement, cela ne prend pas en compte toutes les espèces, loin de là. Il existe des plantes et des animaux très spécialisés et dépendants d’un habitat particulier ou peu d’autres espèces sont capables de survivre (falaise, désert, haute montagne etc.). Ces habitats hébergent donc peu d’espèces, mais des espèces que l’on ne trouve pas ailleurs. Selon la définition des hotspots, ces zones ne sont pas prises en compte et donc, pas protégées. De même, les habitats très riches mais « pas encore » détruits à plus de 70% ne sont pas pris en compte, ce qui est dommage car ce sont des zones encore très naturelles.

Il faudrait donc pouvoir considérer à la fois les zones très riches et très menacées en priorité, mais aussi un peu toutes les autres zones du monde pour permettre le déplacement des animaux d’une zone à une autre grâce à la conservation de petits patchs naturels. Oui mais… Avons-nous réellement la place de re-naturaliser énormément d’espaces sans nous-même mourir de faim ? En effet, le plus gros impact de l’homme sur la planète en terme d’utilisation du sol concerne l’agriculture. Et nous l’avons vu, cette agriculture est loin d’être parfaite, au contraire ! Pour répondre immédiatement à la question, nous ne mourrions pas de faim car la grande majorité des cultures (3/4) est à destination des animaux destinés à la consommation… Manger moins de viande nous permettrait de manger tous un peu plus, finalement.

 

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Utilisation globale du sol à la surface de la planète. source : https://ourworldindata.org

Sur l’image ci-dessus, nous voyons que les 3/4 des terres habitables sont consacrées à l’agriculture et donc changer le système agricole c’est changer les 3/4 de notre impact sur la surface de la planète, ce n’est pas rien ! Et pour la biodiversité, c’est beaucoup. Attention, nous parlons bien de la couverture du sol et non de l’impact global de nos sociétés. Les villes qui couvrent, d’après l’image ci-dessus, 1% de la surface totale sont tout autant responsables. Nous n’allons pas parler plus longtemps des systèmes agricoles alternatifs qui existent, je le développerai peut être dans un prochain article, mais citons rapidement quelques idées principales afin de réduire l’impact de l’agriculture sur la biodiversité.

Il faut tout d’abord arrêter la monoculture et cultiver plusieurs espèces en même temps qui vont alors s’entre-aider pour leur croissance. Il faut ensuite arrêter les intrants et laisser les cycles naturels faire leur travail. Il faut créer des parcelles plus petites, moins mécanisées, entourées d’espaces naturels afin de laisser les populations de ravageurs être régulées par leurs prédateurs. Il faut arrêter de cultiver des « clones », laisser la variabilité génétique s’exprimer pour protéger les plantes contre les maladies. Enfin – mais c’est encore un autre débat – il faut une politique agricole qui finance mieux les paysans et arrête de ne penser qu’en terme de production. Du côté du consommateur, il faut accepter de ne pas pouvoir manger des fruits tropicaux en hiver, relocaliser la production de fruits et légumes et consommer la production locale de saison.

 

En conclusion

Concrètement, il faut protéger localement la biodiversité mais avec une vision globale. J’aime beaucoup l’idée qu’il faille réduire notre impact sur la nature partout, mais aussi de l’intégrer partout dans nos sociétés : planter des arbres en ville, laisser les prairies se développer au pied des arbres ou sur les trottoirs, créer beaucoup de petits parcs naturels – plus naturels que les parcs actuels des villes -, laisser plein de petits îlots sauvages entre les champs cultivés, entre les immeubles etc. L’idée principale est de réduire la différence drastique entre le « naturel » et le « non naturel » afin d’avoir du « naturel » et du « moins naturel » partout. Il doit exister des sanctuaires de biodiversité (grands espaces protégés) pour permettre aux organismes qui ont besoin de beaucoup d’espaces de survivre, mais aussi énormément de petites et moyennes zones naturelles autours de toutes les villes, dans tous les types d’habitats.

A travers ces longs (très longs) articles, vous pouvez avoir une idée générale des problématiques que l’on rencontre en biologie de la conservation et en écologie. L’effondrement de la biodiversité nous impacte tous et à diverses échelles comme je l’avais déjà présenté dans cet article. Vous voyez ici que les solutions existent, et nous savons qu’elles fonctionnent, mais leur mise en oeuvre nécessite un changement drastique de cap et de priorités politiques. Ce changement doit s’effectuer rapidement et les nombreux appels récents en faveur de la biodiversité prouve bien l’urgence dans laquelle nous nous trouvons.

Les effets du changement climatique et de l’effondrement de la biodiversité ne se font ressentir qu’après le dépassement d’un certain seuil car le système global est très résilient (difficile à changer). Néanmoins, lorsque ces seuils sont dépassés, il est très difficile (voire impossible) de revenir en arrière, même après plusieurs siècles. Par exemple, même si nous arrêtions totalement de rejeter du CO2, le climat continuerait de se réchauffer pendant encore plusieurs décennies et les espèces aujourd’hui disparues ne reviendront jamais.

N’hésitez pas à consulter les différentes ressources de chaque partie pour aller plus loin dans la réflexion ! Cette série d’articles est la plus longue jamais écrite et j’espère que vous serez indulgents sur la tournure de certaines phrases et sur les potentielles fautes d’orthographe. Encore une fois, ces articles dépeignent une vision vulgarisée des problématiques environnementales, la réalité des interactions écologiques est bien plus complexe qu’elle n’y paraît, mais les grandes idées présentées sont véridiques.

Une petite vidéo pour terminer sur mon projet de thèse : l’infrastructure écologique (green infrastructure en anglais)

 

 

Pour aller plus loin sur ces thématiques :

L’agriculture, bilan actuel et perspectives

Une énorme source de données sur l’agriculture au niveau mondial : https://ourworldindata.org/yields-and-land-use-in-agriculture

L’excellentissime vidéo d’Aurélien Barrau sur la nécessité de changement de société et sur la destruction de la biodiversité

 

De manière plus vulgarisée, la dernière vidéo en date de Balade Mentale sur Youtube est aussi une jolie pépite qui fait réfléchir

 

 

Enfin le site Internet ilestencoretemps qui regroupe les potentielles actions que nous pouvons tous faire pour contribuer à la sauvegarde de la biodiversité :

https://ilestencoretemps.fr

 

 

Enjoy !

Observatoire des Plantes Carnivores Françaises (OPCF)

Bonjour à toutes et à tous,

 

Après de longs mois de travail et d’implication, je suis très fier de vous annoncer la sortie du premier Observatoire citoyen des Plantes Carnivores sauvages Françaises et des pays voisins !! Ce projet est né d’une collaboration inédite entre Dionée et Tela Botanica, deux association de renom dans le domaine des plantes carnivores et de la botanique !

 

Qu’est-ce que l’OPCF ?

L’Observatoire citoyen des Plantes Carnivores sauvages Françaises (OPCF) a pour objectif de rassembler la communauté de naturalistes, botanistes et amateurs de plantes carnivores autours de l’observation des espèces sauvages en France métropolitaine et pays voisins. Les objectifs sont de regrouper les données dans un même projet afin mieux connaître la répartition des différentes espèces, de mettre en avant la protection des plantes et des habitats, et de diffuser l’information au grand public afin de le sensibiliser. A terme, l’objectif est de mettre en place des actions de conservation concrètes sur les espèces et populations les plus à risque, en partenariat avec des associations naturalistes locales.

Pourquoi un observatoire ?

Comme vous le savez probablement, la trentaine d’espèces et d’hybrides de plantes carnivores sauvages qui poussent en France sont rares, menacées et pour certaines protégées sur l’ensemble du territoire. Alors que l’on décrit de nouveaux taxons, d’autres se sont déjà éteints.

Outre la rareté de leurs habitats naturels, ils sont systématiquement perturbés ou détruits par les activités humaines qui menacent leur vitalité sur le long terme. Même si la plupart des zones humides jouissent à l’heure actuelle d’une protection relative, leur isolement grandissant altère la circulation des gènes et des individus. De plus, l’eutrophisation et la pollution des cours d’eau et des tourbières par les intrants, utilisés notamment dans l’agriculture, changent la chimie et l’organisation des communautés végétales à la défaveur des plantes carnivores. Enfin, comme si cela ne suffisait pas, le changement climatique apporte une incertitude supplémentaire à la pérennité de ces écosystèmes fragiles…

Comme pour les orchidées, il existe énormément de passionnés de terrain, ou des cultivateurs de ces plantes extraordinaires. Pourtant, nous ne nous sommes jamais vraiment organiser pour contribuer à la protection de ces végétaux que nous apprécions tant !

Des données publiques… Mais pas toutes !

Toutes les données publiées dans l’OPCF seront libres et publiques, sauf spécification contraire. Néanmoins, l’objectif premier étant de protéger les plantes carnivores, il ne faut pas que ces données puissent alimenter des pillages de sites naturels, pratique que l’OPCF condamne fermement. Pour cela, les données précises seront gardées en interne et non diffusées publiquement. Celles visibles par les utilisateurs seront volontairement dégradées à l’échelle de la commune, voire du département pour des cas spécifiques de rareté ou de menace extrême.

Il est très important de rappeler que seules les données concernant des plantes carnivores sauvages en France métropolitaine ou dans les pays voisins doivent être envoyées. Les observations concernant les plantes cultivées faussent les cartes de répartition et sous-estiment le niveau de menace qui pèse sur les espèces sauvages. Elles seront donc systématiquement supprimées de la base de données.

Chaque observation entrée via les outils de l’OPCF est consultable publiquement sur le site internet IdentiPlante (http://www.tela-botanica.org/appli:identiplante) en écrivant « OPCF » dans la barre de recherche. Si vous êtes inscrit à Tela Botanica, vous pouvez alors commenter ces observations et aider à leur identification. Enfin, chaque observation de plantes carnivores de la base de données de Tela Botanica est visible sur les cartographies proposées sur le site internet de l’OPCF.

 

Comment ça fonctionne ?

Vous avez observé des plantes carnivores sauvages, vous souhaitez partir à leur recherche durant la belle saison, vous avez remarqué une population proche de chez vous sur les cartographies et souhaitez vérifier la présence des espèces ? Voici quelques règles de base pour transmettre les données les plus complètes et de meilleure qualité possible afin de pouvoir les utiliser par la suite.

  • Observez des plantes sauvages et non cultivées
  • Prenez un maximum de photos des plantes dans leur ensemble, si possible les détails des fleurs et des feuilles pour permettre leur détermination, ainsi que du milieu en général
  • Prenez un maximum d’informations : date, altitude, lieu précis d’observation, type de milieu, perturbations (d’origine humaine ou non : exploitation des tourbières, traces de pillage, sécheresse etc.) et l’état de la population (beaucoup d’individus, peu d’individus, présence de jeunes plantules ou non etc.). N’oubliez pas, plus vous pouvez transmettre des informations, plus nous pourrons être efficaces dans l’évaluation de la santé de l’écosystème et des populations !
  • Rendez-vous sur le site internet de l’Observatoire (https://dionee.org/observatoire/) et sélectionnez l’espèce, ou les espèces que vous avez observées. Attention, vous ne pouvez entrer qu’une espèce à la fois ! Si vous avez observé plusieurs populations de la même espèce, à différentes localisations, il est préférable d’entrer une donnée par population.
  • Si vous n’êtes pas certain de l’espèce exacte observée, il est préférable de cliquer sur « taxon inconnu », les naturalistes et passionnés se chargeront de la détermination.
  • Une fois sur l’outil de saisie remplissez les informations demandées, au minimum : adresse mail, date de relevé, localisation précise en utilisant la carte interactive, les photos de la ou des plantes de la population observée, un maximum de commentaires sur l’état du milieu, de la population etc. Si vous avez un doute, passez le curseur de votre souris sur la case à remplir et lisez les compléments d’informations qui s’écrivent.
  • Une fois toutes les informations renseignées, cliquez sur « créer » puis « transmettre ». Votre observation a alors été prise en compte et elle sera visible sur le site d’IdentiPlante et dans la base de données de l’OPCF, bravo !

 

Si vous souhaitez voir une démonstration vidéo de cette explication, nous vous invitons à regarder cette courte vidéo explicative :

Rejoignez la communauté !

Nous invitons tous les utilisateurs souhaitant s’investir dans ce projet à s’inscrire sur le site de Tela Botanica ainsi qu’à l’association Dionée pour ne rien rater des actualités.
Vous pouvez aussi nous suivre sur les réseaux sociaux, les forums en ligne d’amateurs de plantes carnivores et nous contacter par mail pour plus d’informations. Vous retrouverez les différents liens ci-dessous.

Site de l’observatoire : https://dionee.org/observatoire/

Adresse mail : observatoire@dionee.org

Page Facebook de l’OPCF : https://www.facebook.com/ObsPCF

Pour plus d’informations, n’hésitez pas à lire la newsletter de Dionée d’Avril 2018, un article complet précise le contexte de création de l’OPCF ainsi que ses objectifs et ses missions.

N’hésitez pas pas à nous / me contacter pour plus d’informations ou si vous avez des remarques et conseils pertinents. Cet observatoire étant un mouvement citoyen, il appartient à tous ses utilisateurs !

Enjoy !