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Comment ré-ensauvager son jardin ?

En cette période de confinement, je prends un peu de temps pour vous écrire un court article concernant le « ré-ensauvagement » de nos espaces de vie. Nous savons que la biodiversité chute partout et de manière alarmante, ce sujet a déjà fait l’objet de nombreux articles sur le site. Face à ce constat nous pouvons agir pour limiter localement cet appauvrissement généralisé des écosystèmes. Une des solutions est de laisser la nature reprendre ses droits, notamment dans nos jardins en limitant la tonte.

Une prairie alpine est extrêmement riche en espèces végétales

Terrain de golf VS prairie sauvage

Il est très facile de se rendre compte qu’un jardin dont le gazon est régulièrement tondu héberge nettement moins d’espèces de plantes qu’une prairie sauvage avec des herbes hautes. Dans le premier cas, seule une dizaine / quinzaine d’espèces seront adaptées à ce type de condition. Dans le second cas, on peut allègrement trouver plus d’une centaine d’espèces différentes en fonction de la taille et de la qualité de la prairie.

Avoir beaucoup d’espèces de plantes c’est bien, mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Une grande diversité d’espèces végétales signifie plus de pollinisateurs, de champignons, de gastéropodes, de décomposeurs, de fouisseurs, de rongeurs et même de prédateurs (oiseaux, hérissons etc.). En effet, les plantes vont abriter toute une diversité d’animaux et créer tout un tas de micro-habitats très favorables à la biodiversité. Ces animaux vont ensuite alimenter un petit réseau trophique en servant de nourriture à d’autres organismes.

Lamium purpureum, une espèce qui supporte assez bien la tonte mais que l’on retrouvera surtout dans les coins inaccessibles

Que se passe-t-il si je laisse mon jardin complètement à l’abandon ?

Les écosystèmes ont une évolution naturelle. Si nous n’intervenons pas, des plantes de plus en plus compétitives (et de croissance lente) vont s’installer et remplacer la communauté d’espèce précédente. C’est ce que l’on appelle une succession végétale.

Lorsque l’on coupe l’herbe de notre jardin, ou que l’on rase une forêt, ou que l’on fauche une prairie, nous perturbons le milieu naturel. Les perturbations naturelles existent bien évidemment et elles sont même bénéfiques au maintien d’une grande diversité en créant plein de micro-habitats (explications plus bas). En revanche, nos perturbations sont bien trop intenses et répétées et ont donc plutôt tendance à réduire la diversité. Mais là n’est pas la question. Lorsque l’on exerce une pression sur un habitat, seules les espèces les plus adaptées à cette pression vont s’installer. Des espèces comme le pissenlit (Taraxacum officinalis), le trèfle blanc (Trifolium repens), la véronique (Veronica persica), les plantains (Plantago sp) ou la potentille (Potentilla aurea) par exemple, ne craignent pas d’être régulièrement coupées : leur cycle de vie est rapide, elle se reproduisent bien et repoussent facilement des racines. Elles vont donc dominer les jardins très entretenus car ce sont les seules qui le peuvent. On peut penser que naturellement, ces plantes devaient être beaucoup plus rares et pousser dans de petites zones perturbées proche de rivière, sur des falaises, après un feu, un chablis etc. Aujourd’hui, étant donné notre intervention permanente, ces espèces sont très communes.

Imaginons maintenons que nous n’intervenons plus du tout sur une pelouse, en la laissant en friche par exemple. Les premières années, les plantes citées au paragraphe précédent vont disparaître et vont être remplacées par de grandes graminées, et d’autres espèces de prairies, plus grandes et dont le cycle de vie est plus long. Les espèces habituées aux milieux perturbés ne sont pas de taille (littéralement) pour luter contre ces nouvelles espèces et seront alors exclues (c’est ce qu’on appelle l’exclusion compétitive). Le même schéma va se reproduire plusieurs années plus tard avec l’apparition des premiers arbustes, bien plus résistants aux petits problèmes et aléas météorologiques (manque d’eau, coup de chaud etc.). Ils vont petit à petit « refermer » la prairie et laisser la place aux premiers arbres. Après quelques décennies, une forêt s’est formée. Il faut savoir que les forêts ont leur propre succession de communautés végétales avec d’abord des espèces à croissance rapide mais stockant peu de réserves et, à la fin, des espèces plutôt lentes mais qui conservent beaucoup de ressources. Si maintenant on imagine qu’aucune perturbation n’a lieu, pas une tempête, pas un seul feu, pas une seule inondation pendant encore des décennies, des siècles voire des millénaires, au final, une seule espèce d’arbre va dominer le milieu : celle la plus adaptée aux conditions environnementales.

Pourtant, naturellement, il existe une myriade de petites perturbations, et le simple fait qu’un arbre meurt et tombe, entraînant avec lui ses voisins, crée un chablis, une zone lumineuse où des espèces adaptées aux milieux perturbées vont pouvoir pousser (pissenlit etc.) et recommencer localement une nouvelle succession. Une forêt naturelle est alors constituée d’une organisation de plein de patchs de différentes tailles, qui contiennent différentes communautés végétales en fonction de l’avancement de leur succession écologique mais aussi en fonction du type de milieu où elles se trouvent, car les habitats ne sont jamais complètement homogènes (sol, humidité, nutriment, ensoleillement, interactions etc.).

Veronica persica, une habituée des jardins

Mais du coup, que faut-il faire pour augmenter la biodiversité de mon jardin ?

Dans la majorité des habitats européens (hors zones humides, montagnes, falaises, plages etc.), si nous ne faisons rien, nous avons donc l’apparition de forêts dominées par quelques espèces. C’est ce que l’on appelle le « climax » de nos écosystèmes. Bon, l’idée n’est pas forcément de transformer votre jardin en forêt et vous serez de toutes manières morts avant d’en voir le résultat. Il est plus intéressant de transformer votre jardin en prairies. Les prairies de bonne qualité sont aujourd’hui très rares mais accueillent pourtant énormément d’espèces. Le plus simple sera de s’orienter vers une prairie maigre et sèche (à moins que vous n’ayez un ruisseau dans votre jardin, à ce moment vous faire une prairie humide). Une prairie maigre pousse sur une terre pauvre. Contrairement à ce que l’on pense, la majorité des plantes sauvages n’apprécient pas les terres riches, ce sont avant tout nos fruits et légumes qui ont besoin de cette richesse car ils ont été sélectionnés pour produire beaucoup, et donc « manger » beaucoup. Le problème, c’est que l’épandage de quantités astronomiques d’engrais dans les champs transforment les prairies maigres en écosystèmes moins diversifiés appelés « prairies grasses », c’est à dire avec un sol riche. Il faudra donc petit à petit amaigrir votre sol en exportant de la matière organique. Autrement dit, lorsque vous faucherez votre prairie, il ne faudra pas laisser la tonte à l’endroit où pousse votre prairie mais la mettre ailleurs (paillage, compost etc.), pour éviter d’enrichir le sol.

Concrètement, il n’y a pas une recette miracle mais voici plusieurs idées que vous pouvez combiner en fonction de la taille de votre jardin et de ce que vous voulez en faire.

  • Une zone tondue « normalement » est bien évidemment souhaitable si vous voulez vous balader dans votre jardin (faire jouer les enfants…). Vous pouvez donc créer des « chemins » tondus régulièrement afin de les emprunter sans piétiner le reste. Néanmoins, gardez à l’esprit que moins vous tondez mieux ce sera, pas besoin donc de le faire toutes les semaines. Personnellement je ne le fais que quand j’ai besoin de tonte pour pailler le potager.
  • Une zone sauvage mais entretenue où vous pouvez planter quelques graines de plantes fleuries, et choisir quelles espèces vous voulez conserver : vous pouvez de suite arracher votre ancien gazon et les plantes invasives / exotiques par exemple, pour faire de la place. Attention toutefois si vous souhaitez planter des graines de fleur achetées dans le commerce (type « prairie fleurie », « spécial pollinisateurs » etc.). Ces fleurs ne sont jamais locales, elles sont parfois indigènes, elles sont parfois exotiques. Il est important de bien se renseigner sur les espèces contenues dans les sachets pour éviter d’implanter des espèces potentiellement à risque pour nos écosystèmes. Même si les espèces que vous avez trouvées sont indigènes, elles n’ont très probablement pas été prélevées dans votre région et donc la génétique des plantes sera différente de celles de votre région. Ce n’est pas extrêmement grave, mais le mieux reste d’aller chercher des graines de plantes sauvages vous-même. Vous pouvez aussi planter des plantes comestibles ou utiles dans cette zone.
  • Une zone que vous laissez sauvage, sans entretien, pas d’arrosage, pas de plantation, rien du tout. Il est préférable de faucher cette zone d’abord 2 à 3 fois pendant la belle saison (Mars – Octobre) pour laisser la place et le temps aux espèces de prairie d’arriver et de s’installer plus rapidement (même si ce n’est vraiment pas obligatoire). Ensuite, lorsque vous avez une communauté végétale solide avec plusieurs espèces nouvelles, il est préférable de faucher peu, une fois dans l’été après la création de graines par exemple, et une autre fois en hiver si vous le souhaitez, en exportant bien la tonte ailleurs. Dans cette zone sauvage, vous pouvez laisser des îlots complètement sauvages sans jamais les faucher pour aider les insectes à passer l’hiver : certains aiment se réfugier dans des tiges creuses et mortes.
Silene latifolia peut être une des premières espèces à venir coloniser votre jardin s’il est peu entretenu

Quels sont les avantages de ces pratiques ?

En plus d’améliorer significativement la biodiversité locale, il y a plusieurs autres avantages. Déjà, il n’y a plus besoin d’arroser votre jardin, les plantes locales sont parfaitement adaptées à nos conditions climatiques. Bien sûr vous pouvez oublier le désherbant ou l’anti-mousse car vous voulez justement que les espèces indigènes poussent, mais vous pourrez aussi oublier les anti-limaces car leurs prédateurs vont finir par revenir. Il n’y a presque aucun entretien nécessaire, juste une fauche / tonte de temps en temps et peut-être un peu de préparation de votre sol s’il est trop argileux en ajoutant du sable plus ou moins grossier. Mise à part la mise en place de la prairie, la fauche et l’éventuelle récolte de graines à la fin de l’année, aucun entretien n’est nécessaire. Vous gagnez donc du temps, de l’argent et de la biodiversité. Vous pourrez aussi observer le retour de nombreux insectes, oiseaux voire de petits animaux et en première ligne le hérisson ! Enfin, les plantes de prairies sont généralement très fleuries et leur floraison est étalée dans l’année, c’est une bonne solution si vous souhaitez un jardin esthétique et écologique.

Si vous souhaitez pousser encore plus loin, vous pouvez aussi mettre en place une petite mare dans votre jardin pour voir revenir des libellules, voire quelques batraciens. Les zones humides sont en effet les habitats parmi les plus importants pour la biodiversité et sont aussi les plus menacés !

Malheureusement, ce n’est pas accessible à tout le monde, il faut déjà avoir un jardin et le mieux est d’être propriétaire. En effet, si vous êtes locataire, vous devez impérativement vous renseigner sur l’entretien des espaces verts de votre résidence. Beaucoup d’agences immobilières ne tolèrent pas des gazons « non entretenus ».

Enjoy !

EDIT du 09.04.2020 : Voici un article très complémentaire pour aller plus loin dans la réflexion : https://blog.defi-ecologique.com/10-gestes-simples-amenager-jardin-plein-de-vie/

Un peu de botanique alpine – partie 3

Bonjour à toutes et tous,

Voici la dernière partie des photos de plantes alpines prises en Juillet 2019.

Gagea fragifera
Astragalus alpinus
Gentiana barbata
Carum carvi
Briza media
Antennaria carpatica
Gentiana clusii
Gentiana brachyphylla ou schleicheri
Juncus jacquinii
Pinguicula vulgaris
Prunella grandiflora
Trifolium badium
Leontopodium alpinum
Ranunculus aconitifolius
Veronica bellidioides
Saxifraga oppositifolia
Viola biflora
Petasites paradoxus

Le printemps fait son grand retour et bientôt les photos des plantes carnivores feront aussi leur grand retour sur le site !

Enjoy !

Un peu de botanique alpine – partie 2

Bonjour à toutes et à tous !

Comme promis voici la deuxième partie de mon stage de botanique alpine de Juillet dernier, vous retrouverez la première partie ici. Attention, ce deuxième volet est assez lourd.

Acinos alpinus
Astragalus alpinus
Campanula rotundifolia
Carduus defloratus
Dactilorhiza majalis
Arnica montana
Campanula rotundifolia
Euphorbia cyparissias
Anthericum liliago
Aster alpinus
Aster bellidioides
Lathyrus pratensis
Lilium martagon
Helianthemum numularium
Gentiana alpina hypochrome
Gentiana clusii
Hieracium aereum
Laserpitium siler
Laserpitium halleri
Nigritella nigra
Pinguicula alpina
Pinguicula vulgaris
Onobrichys montana
Pedicularis ascendens
Linaria alpina
Oxytropis alpestris
Luzula nivea
Pedicularis verticillata
Pseudorchis cf albida
Ranunculus parnassifolius
Rosa pendulina
Saxifraga rotundifolia
Saxifraga exarata
Saxifraga paniculata
Pulsatilla alpina
Scutellaria alpina
Veronica prostrata
Veronica spicata
Valeriana montana
Silene nutans
Trifolium montanum
Sempervirens arachnoides

Thlaspi rotundifolium
Sedum album
Viola cenisia