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Définition, menaces et protection de la Biodiversité- Partie 3 : COMMENT PROTÉGER AU MIEUX LA BIODIVERSITÉ ?

Ces derniers temps, nous entendons beaucoup parler du réchauffement/changement climatique et cela est en partie dû au fait que les prévisions scientifiques des dernières décennies sont en train de se réaliser, et d’une manière bien plus intense et grave que ce qui avait été imaginé. Malheureusement, ce n’est pas le seul problème auquel nous devons faire face, la pollution, la fragmentation des aires naturelles et l’effondrement global de la biodiversité représentent aussi des problèmes majeurs. Si les espèces disparaissent, on peut penser qu’il suffit de les protéger et que tout ira bien. Est-ce aussi simple que ça ?

Je vous propose ici un nouvel article de vulgarisation sur la biodiversité et sa protection articulé en 3 parties car l’ensemble était un peu long pour être publié en un coup. La première partie traite des problèmes liés à l’effondrement de la biodiversité à différents niveaux pour bien comprendre les liens entre la diversité génétique, des espèces et des paysages. La seconde partie fait un résumé sur les changements globaux actuels (changement climatique, pollution, fragmentation etc.) qui impactent la biodiversité à tous les niveaux. Enfin la troisième et dernière partie résume les solutions existantes basées sur les travaux de recherche pour protéger au mieux la biodiversité à tous les niveaux et en prenant en compte les changements globaux.

Lire la PARTIE 1 : COMPRENDRE LA BIODIVERSITÉ ET SON EFFONDREMENT

Lire la PARTIE 2 : LES CHANGEMENTS GLOBAUX ET LEURS IMPACTS SUR LA BIODIVERSITÉ

Lire la PARTIE 3 : COMMENT PROTÉGER AU MIEUX LA BIODIVERSITÉ ?



 

COMMENT PROTÉGER AU MIEUX LA BIODIVERSITÉ ?

 

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Les réserves naturelles sont très importantes pour la biodiversité

 

Un peu de contexte

Nous l’avons vu dans les parties précédentes, la biodiversité est impactée à tous les niveaux par les changements globaux et l’avenir ne présage rien de bon. Le réchauffement climatique va de toutes manières continuer pendant plusieurs décennies voire plusieurs siècles, les aires urbanisées et agricoles vont continuer à grappiller des habitats naturels et les espèces vont continuer à s’éteindre.

Beaucoup de problèmes donc… Et pas seulement à cause du climat. Nous voyons bien que c’est l’organisation entière de nos modes de vie qui se doit d’évoluer. Nous devons accepter de moins consommer, ne pas avoir accès à autant de produits et de confort qu’aujourd’hui et de revoir à la baisse notre niveau global de vie. Le citoyen lambda s’habituerait assez facilement à ce nouveau mode de vie, néanmoins, pour le moment, le principal blocage vient d’en haut, des politiques environnementales catastrophiques pour le climat et la biodiversité, du green washing de notre président « Champion de la terre », des lobbys des grandes entreprises plus attachés aux bénéfices rapides qu’à ceux sur le long terme et des politiciens qui … s’en foutent un peu ou qui ont les mains liées (malheureusement d’actualité avec la démission de Nicolas Hulot).

Bref nous n’allons pas parler politique mais plutôt identifier scientifiquement quelles sont les meilleures solutions pour protéger efficacement la biodiversité et vous verrez qu’il en existe un paquet ! En effet, les scientifiques étudient ces questions depuis des décennies et commencent à avoir une idée claire des problèmes et des solutions.

Posons un postulat de base : il n’est pas possible de protéger TOUS les habitats naturels restants, aussi malheureux que cela puisse paraître. Cela est en partie dû aux ressources financières insuffisantes mais aussi au fait que nous devons exploiter les milieux pour notre propre développement. Une idée assez intéressante et loufoque publiée par E.O. Wilson en 2016 propose de protéger la moitié de la planète et de déplacer l’humanité sur l’autre moitié. En dehors de l’impossibilité concrète de déplacer des milliards de personnes et d’effacer la totalité de nos impacts sur un continent entier (pollution, déchets nucléaires, barrages etc.), nous pouvons nous demander quelles sont les limites de cette approche afin d’identifier les problématiques de la conservation de la biodiversité.

Tout d’abord, protéger la moitié de la planète revient à protéger la moitié de la biodiversité et donc d’admettre immédiatement que l’autre moitié va disparaître. Ensuite, cette idée permettrait surtout à l’Homme de pouvoir continuer à détruire « sa » moitié de la terre et de bénéficier des avantages d’avoir un continent sauvage pour le piégeage du carbone, la régulation du climat etc. Pas certain que cela fonctionne sur le long terme !

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En France, les Alpes et les Pyrénées représentent les derniers espaces encore naturels où les espèces peuvent se développer normalement

 

En théorie

Pour protéger au mieux la biodiversité, il y a plusieurs paramètres à prendre en compte, comme expliqué dans les parties précédentes :

  •  Protéger un maximum de milieux différents pour offrir une palette diverse et variée d’habitats importants aux espèces
  • Avoir des surfaces suffisamment grandes pour permettre aux populations de se développer sur le long terme
  • Avoir aussi de petites surfaces éparpillées un peu partout pour permettre la circulation des individus

Revenons rapidement sur ces points.

Nous avons vu que la baisse d’un des niveaux de biodiversité entraîne la baisse de tous les autres car ils sont tous interconnectés. Mais la bonne nouvelle, c’est que l’inverse est aussi vrai, et offrir de nombreux habitats naturels variés augmente la diversité à l’échelle de l’écosystème, entraînant l’implantation de nombreuses espèces, donc potentiellement de nombreux individus et d’un brassage génétique plus important.  Coupler la protection de nombreux habitats différents (zones humides, forêts de conifères et de feuillus, prairies etc.) à la protection de grands espaces (de type parcs/réserves naturel(le)s) permet à de nombreuses espèces de se développer et d’avoir la place pour se reproduire.

En effet, les espèces animales (c’est un peu différent pour les végétaux) ont besoin d’un certain espace de vie pour : 1) avoir suffisamment de ressources pour se nourrir et 2) pouvoir se reproduire sans « voler » les ressources de ses semblables. Par exemple, une population d’escargot devrait pouvoir survivre dans 1 hectare de prairies naturelles, en revanche, une population de loup a besoin de centaines voire de milliers d’hectares pour leur survie. En gros, plus un animal est gros et en haut de la chaîne alimentaire, plus il va avoir besoin d’espace.

Enfin, la création de liens entre ces zones naturelles de grande taille est impératif pour permettre la circulation des individus, donc le renouvellement génétique de la population et ainsi éviter l’histoire de l’aquarium et de la consanguinité expliquée en première partie. Ces liens peuvent être sous forme de corridors de différentes tailles (grandes allées) ou bien sous forme de petits patchs naturels (appelés « stepping stones » ou « pas japonais » en français). Ces « pas japonais » représentent des aires de repos et de nourrissage pour les individus en chemin vers d’autres milieux naturels de grande taille où ils pourront se reproduire.

Les « hubs » représentent les grandes réserves et le reste des connexions. Source : https://www.surrey.ca

 

Et concrètement ?

Maintenant que nous avons compris l’idée générale, comment choisir concrètement les zones à protéger, et plus globalement, tout le réseau naturel à protéger ? La méthode la plus simple est de protéger les « hotspots de biodiversité ». Selon la définition de Myers et de ses collègues, les hotspots représentent des zones où : 1) beaucoup d’espèces végétales poussent, 2) beaucoup d’espèces sont endémiques, c’est à dire qu’on ne les retrouve QUE dans ladite zone et nulle part ailleurs et 3) que les habitats soient très menacés et détruits par les activités humaines à au moins 70% de leur surface initiale. L’idée derrière ces critères est de protéger en priorité les zones riches en espèces, avec des espèces rares et surtout en voie de disparition. Ils ont alors identifié plusieurs zones dans le monde dont les Andes en Amérique du Sud où je suis allé étudier divers milieux naturels et, tenez-vous bien, les habitats méditerranéens, cocorico !

Les hotspots de biodiversité dans le monde selon Myers et al., 2000

 

Protéger les zones avec le plus d’espèces est bien, mais malheureusement, cela ne prend pas en compte toutes les espèces, loin de là. Il existe des plantes et des animaux très spécialisés et dépendants d’un habitat particulier ou peu d’autres espèces sont capables de survivre (falaise, désert, haute montagne etc.). Ces habitats hébergent donc peu d’espèces, mais des espèces que l’on ne trouve pas ailleurs. Selon la définition des hotspots, ces zones ne sont pas prises en compte et donc, pas protégées. De même, les habitats très riches mais « pas encore » détruits à plus de 70% ne sont pas pris en compte, ce qui est dommage car ce sont des zones encore très naturelles.

Il faudrait donc pouvoir considérer à la fois les zones très riches et très menacées en priorité, mais aussi un peu toutes les autres zones du monde pour permettre le déplacement des animaux d’une zone à une autre grâce à la conservation de petits patchs naturels. Oui mais… Avons-nous réellement la place de re-naturaliser énormément d’espaces sans nous-même mourir de faim ? En effet, le plus gros impact de l’homme sur la planète en terme d’utilisation du sol concerne l’agriculture. Et nous l’avons vu, cette agriculture est loin d’être parfaite, au contraire ! Pour répondre immédiatement à la question, nous ne mourrions pas de faim car la grande majorité des cultures (3/4) est à destination des animaux destinés à la consommation… Manger moins de viande nous permettrait de manger tous un peu plus, finalement.

 

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Utilisation globale du sol à la surface de la planète. source : https://ourworldindata.org

Sur l’image ci-dessus, nous voyons que les 3/4 des terres habitables sont consacrées à l’agriculture et donc changer le système agricole c’est changer les 3/4 de notre impact sur la surface de la planète, ce n’est pas rien ! Et pour la biodiversité, c’est beaucoup. Attention, nous parlons bien de la couverture du sol et non de l’impact global de nos sociétés. Les villes qui couvrent, d’après l’image ci-dessus, 1% de la surface totale sont tout autant responsables. Nous n’allons pas parler plus longtemps des systèmes agricoles alternatifs qui existent, je le développerai peut être dans un prochain article, mais citons rapidement quelques idées principales afin de réduire l’impact de l’agriculture sur la biodiversité.

Il faut tout d’abord arrêter la monoculture et cultiver plusieurs espèces en même temps qui vont alors s’entre-aider pour leur croissance. Il faut ensuite arrêter les intrants et laisser les cycles naturels faire leur travail. Il faut créer des parcelles plus petites, moins mécanisées, entourées d’espaces naturels afin de laisser les populations de ravageurs être régulées par leurs prédateurs. Il faut arrêter de cultiver des « clones », laisser la variabilité génétique s’exprimer pour protéger les plantes contre les maladies. Enfin – mais c’est encore un autre débat – il faut une politique agricole qui finance mieux les paysans et arrête de ne penser qu’en terme de production. Du côté du consommateur, il faut accepter de ne pas pouvoir manger des fruits tropicaux en hiver, relocaliser la production de fruits et légumes et consommer la production locale de saison.

 

En conclusion

Concrètement, il faut protéger localement la biodiversité mais avec une vision globale. J’aime beaucoup l’idée qu’il faille réduire notre impact sur la nature partout, mais aussi de l’intégrer partout dans nos sociétés : planter des arbres en ville, laisser les prairies se développer au pied des arbres ou sur les trottoirs, créer beaucoup de petits parcs naturels – plus naturels que les parcs actuels des villes -, laisser plein de petits îlots sauvages entre les champs cultivés, entre les immeubles etc. L’idée principale est de réduire la différence drastique entre le « naturel » et le « non naturel » afin d’avoir du « naturel » et du « moins naturel » partout. Il doit exister des sanctuaires de biodiversité (grands espaces protégés) pour permettre aux organismes qui ont besoin de beaucoup d’espaces de survivre, mais aussi énormément de petites et moyennes zones naturelles autours de toutes les villes, dans tous les types d’habitats.

A travers ces longs (très longs) articles, vous pouvez avoir une idée générale des problématiques que l’on rencontre en biologie de la conservation et en écologie. L’effondrement de la biodiversité nous impacte tous et à diverses échelles comme je l’avais déjà présenté dans cet article. Vous voyez ici que les solutions existent, et nous savons qu’elles fonctionnent, mais leur mise en oeuvre nécessite un changement drastique de cap et de priorités politiques. Ce changement doit s’effectuer rapidement et les nombreux appels récents en faveur de la biodiversité prouve bien l’urgence dans laquelle nous nous trouvons.

Les effets du changement climatique et de l’effondrement de la biodiversité ne se font ressentir qu’après le dépassement d’un certain seuil car le système global est très résilient (difficile à changer). Néanmoins, lorsque ces seuils sont dépassés, il est très difficile (voire impossible) de revenir en arrière, même après plusieurs siècles. Par exemple, même si nous arrêtions totalement de rejeter du CO2, le climat continuerait de se réchauffer pendant encore plusieurs décennies et les espèces aujourd’hui disparues ne reviendront jamais.

N’hésitez pas à consulter les différentes ressources de chaque partie pour aller plus loin dans la réflexion ! Cette série d’articles est la plus longue jamais écrite et j’espère que vous serez indulgents sur la tournure de certaines phrases et sur les potentielles fautes d’orthographe. Encore une fois, ces articles dépeignent une vision vulgarisée des problématiques environnementales, la réalité des interactions écologiques est bien plus complexe qu’elle n’y paraît, mais les grandes idées présentées sont véridiques.

Une petite vidéo pour terminer sur mon projet de thèse : l’infrastructure écologique (green infrastructure en anglais)

 

 

Pour aller plus loin sur ces thématiques :

L’agriculture, bilan actuel et perspectives

Une énorme source de données sur l’agriculture au niveau mondial : https://ourworldindata.org/yields-and-land-use-in-agriculture

L’excellentissime vidéo d’Aurélien Barrau sur la nécessité de changement de société et sur la destruction de la biodiversité

 

De manière plus vulgarisée, la dernière vidéo en date de Balade Mentale sur Youtube est aussi une jolie pépite qui fait réfléchir

 

 

Enfin le site Internet ilestencoretemps qui regroupe les potentielles actions que nous pouvons tous faire pour contribuer à la sauvegarde de la biodiversité :

https://ilestencoretemps.fr

 

 

Enjoy !

Observatoire des Plantes Carnivores Françaises (OPCF)

Bonjour à toutes et à tous,

 

Après de longs mois de travail et d’implication, je suis très fier de vous annoncer la sortie du premier Observatoire citoyen des Plantes Carnivores sauvages Françaises et des pays voisins !! Ce projet est né d’une collaboration inédite entre Dionée et Tela Botanica, deux association de renom dans le domaine des plantes carnivores et de la botanique !

 

Qu’est-ce que l’OPCF ?

L’Observatoire citoyen des Plantes Carnivores sauvages Françaises (OPCF) a pour objectif de rassembler la communauté de naturalistes, botanistes et amateurs de plantes carnivores autours de l’observation des espèces sauvages en France métropolitaine et pays voisins. Les objectifs sont de regrouper les données dans un même projet afin mieux connaître la répartition des différentes espèces, de mettre en avant la protection des plantes et des habitats, et de diffuser l’information au grand public afin de le sensibiliser. A terme, l’objectif est de mettre en place des actions de conservation concrètes sur les espèces et populations les plus à risque, en partenariat avec des associations naturalistes locales.

Pourquoi un observatoire ?

Comme vous le savez probablement, la trentaine d’espèces et d’hybrides de plantes carnivores sauvages qui poussent en France sont rares, menacées et pour certaines protégées sur l’ensemble du territoire. Alors que l’on décrit de nouveaux taxons, d’autres se sont déjà éteints.

Outre la rareté de leurs habitats naturels, ils sont systématiquement perturbés ou détruits par les activités humaines qui menacent leur vitalité sur le long terme. Même si la plupart des zones humides jouissent à l’heure actuelle d’une protection relative, leur isolement grandissant altère la circulation des gènes et des individus. De plus, l’eutrophisation et la pollution des cours d’eau et des tourbières par les intrants, utilisés notamment dans l’agriculture, changent la chimie et l’organisation des communautés végétales à la défaveur des plantes carnivores. Enfin, comme si cela ne suffisait pas, le changement climatique apporte une incertitude supplémentaire à la pérennité de ces écosystèmes fragiles…

Comme pour les orchidées, il existe énormément de passionnés de terrain, ou des cultivateurs de ces plantes extraordinaires. Pourtant, nous ne nous sommes jamais vraiment organiser pour contribuer à la protection de ces végétaux que nous apprécions tant !

Des données publiques… Mais pas toutes !

Toutes les données publiées dans l’OPCF seront libres et publiques, sauf spécification contraire. Néanmoins, l’objectif premier étant de protéger les plantes carnivores, il ne faut pas que ces données puissent alimenter des pillages de sites naturels, pratique que l’OPCF condamne fermement. Pour cela, les données précises seront gardées en interne et non diffusées publiquement. Celles visibles par les utilisateurs seront volontairement dégradées à l’échelle de la commune, voire du département pour des cas spécifiques de rareté ou de menace extrême.

Il est très important de rappeler que seules les données concernant des plantes carnivores sauvages en France métropolitaine ou dans les pays voisins doivent être envoyées. Les observations concernant les plantes cultivées faussent les cartes de répartition et sous-estiment le niveau de menace qui pèse sur les espèces sauvages. Elles seront donc systématiquement supprimées de la base de données.

Chaque observation entrée via les outils de l’OPCF est consultable publiquement sur le site internet IdentiPlante (http://www.tela-botanica.org/appli:identiplante) en écrivant « OPCF » dans la barre de recherche. Si vous êtes inscrit à Tela Botanica, vous pouvez alors commenter ces observations et aider à leur identification. Enfin, chaque observation de plantes carnivores de la base de données de Tela Botanica est visible sur les cartographies proposées sur le site internet de l’OPCF.

 

Comment ça fonctionne ?

Vous avez observé des plantes carnivores sauvages, vous souhaitez partir à leur recherche durant la belle saison, vous avez remarqué une population proche de chez vous sur les cartographies et souhaitez vérifier la présence des espèces ? Voici quelques règles de base pour transmettre les données les plus complètes et de meilleure qualité possible afin de pouvoir les utiliser par la suite.

  • Observez des plantes sauvages et non cultivées
  • Prenez un maximum de photos des plantes dans leur ensemble, si possible les détails des fleurs et des feuilles pour permettre leur détermination, ainsi que du milieu en général
  • Prenez un maximum d’informations : date, altitude, lieu précis d’observation, type de milieu, perturbations (d’origine humaine ou non : exploitation des tourbières, traces de pillage, sécheresse etc.) et l’état de la population (beaucoup d’individus, peu d’individus, présence de jeunes plantules ou non etc.). N’oubliez pas, plus vous pouvez transmettre des informations, plus nous pourrons être efficaces dans l’évaluation de la santé de l’écosystème et des populations !
  • Rendez-vous sur le site internet de l’Observatoire (https://dionee.org/observatoire/) et sélectionnez l’espèce, ou les espèces que vous avez observées. Attention, vous ne pouvez entrer qu’une espèce à la fois ! Si vous avez observé plusieurs populations de la même espèce, à différentes localisations, il est préférable d’entrer une donnée par population.
  • Si vous n’êtes pas certain de l’espèce exacte observée, il est préférable de cliquer sur « taxon inconnu », les naturalistes et passionnés se chargeront de la détermination.
  • Une fois sur l’outil de saisie remplissez les informations demandées, au minimum : adresse mail, date de relevé, localisation précise en utilisant la carte interactive, les photos de la ou des plantes de la population observée, un maximum de commentaires sur l’état du milieu, de la population etc. Si vous avez un doute, passez le curseur de votre souris sur la case à remplir et lisez les compléments d’informations qui s’écrivent.
  • Une fois toutes les informations renseignées, cliquez sur « créer » puis « transmettre ». Votre observation a alors été prise en compte et elle sera visible sur le site d’IdentiPlante et dans la base de données de l’OPCF, bravo !

 

Si vous souhaitez voir une démonstration vidéo de cette explication, nous vous invitons à regarder cette courte vidéo explicative :

Rejoignez la communauté !

Nous invitons tous les utilisateurs souhaitant s’investir dans ce projet à s’inscrire sur le site de Tela Botanica ainsi qu’à l’association Dionée pour ne rien rater des actualités.
Vous pouvez aussi nous suivre sur les réseaux sociaux, les forums en ligne d’amateurs de plantes carnivores et nous contacter par mail pour plus d’informations. Vous retrouverez les différents liens ci-dessous.

Site de l’observatoire : https://dionee.org/observatoire/

Adresse mail : observatoire@dionee.org

Page Facebook de l’OPCF : https://www.facebook.com/ObsPCF

Pour plus d’informations, n’hésitez pas à lire la newsletter de Dionée d’Avril 2018, un article complet précise le contexte de création de l’OPCF ainsi que ses objectifs et ses missions.

N’hésitez pas pas à nous / me contacter pour plus d’informations ou si vous avez des remarques et conseils pertinents. Cet observatoire étant un mouvement citoyen, il appartient à tous ses utilisateurs !

Enjoy !

La biodiversité va mal… en quoi cela nous concerne ?

Dans une série de nouveaux rapports publiés en Mars 2018, l’IPBES (Intergovernemental Science-Policy Plateform on Biodiversity and Ecosystem Services) tire la sonnette d’alarme sur l’état actuel de la biodiversité et des services écosystémiques sur la planète. Outre la question éthique de la dégradation de l’environnement et de la disparition des espèces directement causées par les activités humaines, c’est aussi notre propre bien-être qui sera impacté, et ce, plus rapidement que nous le pensions.

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Figure 1 – Les mares temporaires sont des milieux rares, menacés, où poussent des plantes que l’on ne retrouve pas dans d’autres écosystèmes.

C’est quoi la Biodiversité et les services écosystémiques ?

On entend beaucoup parler de la biodiversité ces derniers temps sans vraiment avoir une définition claire de ce qu’est la biodiversité et surtout de son importance pour l’homme et la nature. Une tentative de définition serait celle faite lors de la conférence de Rio, en 1992, première rencontre internationale sur le thème de l’environnement, où tous les états se sont engagés à prendre des mesures pour réduire la perte de biodiversité (sauf les Etats-Unis). Plus de 25 ans après, rien n’a vraiment changé, si ce n’est l’échéance avant laquelle nous devons agir. Voici la définition proposée à l’issue de cette rencontre :

« […] variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie ; cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes »

Pour faire simple, la diversité des gènes (allèles), des individus, des espèces mais aussi des habitats et des paysages, bref tout ce qui touche à la vie (bio- diversité). Cette diversité n’est pas simplement une manière de combler les passions de chercheurs bizarres et autres hippies amoureux de l’environnement, elle est en fait d’une importance capitale pour le bon fonctionnement des écosystèmes et des services qu’ils nous rendent. On les appelle services écosystémiques, ou contribution de la nature au bien-être de l’homme.

Ces derniers regroupent tout ce qui est directement d’origine naturel et qui permet à l’humanité de survivre, et même, de bien vivre. Quelques exemples pour bien comprendre : la production de nourriture, la qualité du sol, la production de dioxygène que nous respirons par les plantes, la filtration de l’eau par les forêts et les étangs, la pollinisation des plantes et arbres fruitiers par les insectes pour notre production de fruits, la régulation des maladies, des espèces envahissantes ainsi que du climat, mais aussi la récréation et les loisirs tels que les balades dans la nature, la vue sur les montagnes ou la mer etc.

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Figure 2 – La beauté des paysages et la spiritualité sont aussi des contributions de la nature à notre bien être. On les appelle des services culturels.

Mais alors, quel est le lien entre la biodiversité et les services écosystémiques ?

En lisant les exemples de services écosystémiques, vous vous êtes probablement rendu compte que certains ne fonctionnaient déjà plus très bien… La régulation du climat et des espèces envahissantes par exemple.

Une forte biodiversité permet un fonctionnement optimal des écosystèmes et donc un panel très important de services pour notre développement et notre bien être, dont on ne se rend compte de l’existence que lorsqu’ils disparaissent. Vous connaissez la fameuse citation de Jacques Prévert « on reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va », ici c’est exactement la même chose. La perte de biodiversité va lentement éroder le fonctionnement des écosystèmes jusqu’à la disparition totale des services contribuant, entre-autre, à notre bien être.

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Figure 3 – Les orchidées entretiennent des relations étroites avec certains insectes pollinisateurs sans lesquels elles ne pourraient survivre et se reproduire.

Aujourd’hui, nombre de ces services ont déjà disparu : les habitats naturels sont si dégradés et si petits que les prédateurs disparaissent et ne régulent plus les populations d’herbivores qui vont alors dévorer toutes les espèces végétales, entraînant une disparition des insectes qui vivaient de la consommation de ces plantes et donc des animaux qui se nourrissaient de ces insectes. Il faut alors abattre tous les ans des herbivores (la chasse) pour réguler les populations que la nature ne peut plus réguler seule. Je vous propose de regarder cette superbe vidéo qui résume bien les interactions trophiques dans les écosystèmes et l’importance des top prédateurs tel que le loup :

 

Ainsi, la diversité des gènes et des individus permet une adaptation rapide des populations aux maladies et au changement climatique par exemple. Mais les habitats naturels n’étant plus connectés entre-eux, le brassage des populations s’affaiblit et la consanguinité augmente, amenuisant la diversité génétique et donc la capacité des espèces à survivre aux changements à venir. Ne parlons même pas des plantes cultivées pour notre nourriture qui ont toutes exactement le même génome, ce qui représente un risque considérable en cas d’épidémie de maladies ravageuses de culture.

La diversité des espèces et des habitats permet le bon fonctionnement des écosystèmes et donc notre propre bien-être. Nous allons maintenant voir rapidement les résultats de l’IPBES concernant la biodiversité du monde entier.

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Figure 4 – Les forêts tropicales renferment une biodiversité exceptionnelle. Il y a en effet plus d’espèces végétales dans quelques hectares de forêt amazonienne que dans toute la France !

Les résultats de l’IPBES en Mars 2018

Cette agence intergouvernementale des Nations Unies se veut comme un trait d’union entre la Science et la Politique, deux domaines extrêmement déconnectés l’un de l’autre alors que leur synergie est une condition sine qua none si nous souhaitons vivre correctement dans les années à venir. Travail fort ambitieux donc ! Leur mission principale est de regrouper toutes les études scientifiques sur un sujet et d’en tirer de grandes conclusions sur une échelle très large.

Un des rapports commence comme cela, attention, ça vous met directement dans le bain :

« Biodiversity – the essential variety of life forms on Earth – continues to decline in every region of the world, significantly reducing nature’s capacity to contribute to people’s well-being. This alarming trend endangers economies, livelihoods, food security and the quality of life of people everywhere »

« La biodiversité continue de décliner dans toutes les régions du monde réduisant significativement la capacité de la nature à contribuer à notre bien être. Cette tendance alarmante met en danger notre économie, notre mode de vie, la sécurité alimentaire et la qualité de la vie des gens partout sur la planète »

Voici quelques chiffres clés issus du rapport et de ses projections pour la moitié du 21e siècle. 38 à 46% des espèces pourraient avoir disparues d’ici 2050 si l’on suit les courbes actuelles d’extinction de masse des animaux, des plantes et des champignons. On parle même de 6e extinction de masse des espèces avec un rythme d’extinction aussi voire plus rapide que lors de la collision de la météorite qui a anéanti les dinosaures (c’était la 5e grande extinction). Cela signifie que les espèces disparaissent plus rapidement à cause des activités de l’homme aujourd’hui, qu’à cause d’une météorite dont la puissance a littéralement vaporisé une partie de l’océan et recouvert la terre de débris pendant des dizaines voire des centaines d’années entrainant la disparition des dinosaures.

En Europe et en Asie centrale, 42% des animaux terrestres ont disparu ces 10 dernières années. Cela n’est pas sans rappeler les récents articles signalant que 75% des insectes volant ont disparu ces 30 dernières années en Allemagne (c’est aussi vrai pour la France et l’Europe en général). Je me rappelle très bien, étant plus jeune, des nuées de fourmis volantes, de hannetons, de sauterelles dans les hautes herbes mais aussi de lucioles visibles la nuit. Ces insectes sont aujourd’hui plus rares et nous voyons des invasions de Pyrales du Buis, un ravageur incontrôlable venu d’Asie dont l’impact écologique sur les forêts européennes est encore très incertain. Un autre article signale une diversité en chute libre des oiseaux des campagnes, devenues silencieuses, avec des chiffres allant jusqu’à -70% d’individus pour certaines espèces en moins de 20 ans.

Le changement climatique, l’appauvrissement et la dégradation des sols va presque doubler le nombre de personnes vivant en zone aride pour arriver à 4 milliards d’êtres humains en 2050, entraînant des migrations vers des zones climatiques plus favorables. De même, le réchauffement de l’eau entraîne une diminution fulgurante de la barrière de Corail australienne et il ne devrait rester que 10% des coraux dans trentaine d’années.

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Figure 5 – Des phénomènes de désertification posent déjà de gros problèmes dans certaines régions du monde, notamment en Bolivie ou en Afrique du Sud où les lacs s’évaporent et les réserves d’eau potables pour les habitants s’assèchent.

 

Des solutions existent-elles ?

Oui. Il existe tout un tas de solutions trouvées par les scientifiques depuis des dizaines d’années mais qui ne sont pas appliquées ou pas prises en considération par les gouvernements à cause des divergences de priorités (prochain mandat vs le sort de l’humanité d’ici la fin du siècle, pour caricaturer).

Nous savons que les causes de la majorité de ces problèmes sont les suivantes : un système agricole intensif ne respectant pas les capacités naturelles des milieux, une pollution des écosystèmes aux intrants (pesticides, herbicides) mais aussi aux déchets humains (plastiques), un changement de la chimie des écosystèmes à cause de l’abus d’engrais, une urbanisation croissante et l’expansion des villes au détriment des habitats naturels, une déconnexion des habitats entre-eux ne permettant plus le brassage génétique et les migrations d’espèces entrainant un appauvrissement de la diversité génétique globale, un rejet de gaz à effet de serre qui a déjà atteint le point de non retour entrainant un changement climatique incontrôlable, une société de manière générale basée sur la surconsommation et le profit plutôt que sur le besoin et le respect des limites naturelles amplement suffisantes au bien être de toute l’humanité.

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Figure 6 – L’agroécologie est une discipline scientifique visant à implémenter les connaissances en écologie dans l’agriculture pour la rendre plus respectueuse de l’environnement.

Chacune des ces causes ont leur lot de solutions : agroécologie, agriculture biologique, recyclage, protection efficace de l’environnement, changement du style de vie à son échelle (covoiturage, transport en commun, achat de nourriture produite localement), développement d’énergie propre (c’est un euphémisme, disons « moins sale »), mise en place de lois contraignantes en faveur de la biodiversité, plantation d’arbres en ville pour réduire la chaleur et plus largement, une communication efficace pour toucher et sensibiliser un maximum de personnes à ces problématiques.

Chacun peut piocher au moins 1 élément dans cette liste et l’appliquer sans trop bousculer son petit confort. Si tout le monde s’y met et que de nouveaux marchés financiers semblent rentables, alors les gouvernements suivront !

Cette vision peut paraître optimiste, voire naïve… C’est pour cette raison que l’année prochaine, l’IPBES va rendre publique la plus importante évaluation scientifique sur la biodiversité et les services écosystémiques réalisées depuis 2005 en dictant aux États la marche à suivre pour limiter notre impact sur la nature et notre propre bien être. États qui ont pour le moment complètement foiré à s’organiser entre-eux de manière responsable afin de lutter contre les grands problèmes que nous rencontrons au 21e siècle.

Enjoy !

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Figure 7 – Une prairie sèche non fauchée peut accueillir près d’une centaine d’espèces de plantes uniquement, et probablement bien plus d’insectes.

 



Quelques références :

IPBES : https://www.ipbes.net/

Un des rapports publiés : https://www.ipbes.net/news/media-release-biodiversity-nature%E2%80%99s-contributions-continue-%C2%A0dangerous-decline-scientists-warn

Le détail par continent : https://www.ipbes.net/outcomes

Des articles de vulgarisations

Biodiversité : l’état d’urgence, CNRS : https://lejournal.cnrs.fr/articles/biodiversite-letat-durgence

Campagnes françaises : ces oiseaux en voie de disparition, Libération : http://www.liberation.fr/france/2018/03/22/campagnes-francaises-ces-oiseaux-en-voie-de-disparition_1637881

Les chiffres alarmants de cette étude sur la disparition des insectes volants, Huffingtonpost : https://www.huffingtonpost.fr/2017/10/19/les-chiffres-alarmants-de-cette-etude-sur-la-disparition-des-insectes-volants_a_23248522/

La sixième extinction de masse des animaux est sous-estimée, Futura planète : https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/zoologie-sixieme-extinction-masse-animaux-sous-estimee-58704/

Des articles scientifiques :

Ceballos, G., Ehrlich, P. R., Barnosky, A. D., García, A., Pringle, R. M., & Palmer, T. M. (2015). Accelerated modern human–induced species losses: Entering the sixth mass extinction. Science advances, 1(5), e1400253.
Barnosky, A. D., Matzke, N., Tomiya, S., Wogan, G. O., Swartz, B., Quental, T. B., … & Mersey, B. (2011). Has the Earth’s sixth mass extinction already arrived?. Nature, 471(7336), 51.
Newbold, T., Hudson, L. N., Arnell, A. P., Contu, S., De Palma, A., Ferrier, S., … & Burton, V. J. (2016). Has land use pushed terrestrial biodiversity beyond the planetary boundary? A global assessment. Science, 353(6296), 288-291.