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Pinguicula primuliflora, plus rĂ©sistante qu’on ne le croit

Je cultive cette espèce depuis une quinzaine d’annĂ©es maintenant et je voulais faire un point rapide sur sa culture et notamment sa tolĂ©rance au froid : j’ai en effet quelques plantes qui poussent en tourbière extĂ©rieure toute l’annĂ©e, en Savoie, oĂą les gelĂ©es peuvent ĂŞtre assez fortes en hiver. Je vous dĂ©taille ici ma mĂ©thode de culture et ma comprĂ©hension de cette rĂ©sistance.

Localisation & climat

Pinguicula primuliflora pousse dans le Sud-Est des États-Unis oĂą le climat est dit sub-tropical, au mĂŞme titre que les Sarracenia ou la dionĂ©e. Elle pousse d’ailleurs très souvent en compagnie de Sarracenia dans le sud des Ă©tats d’Alabama et du Mississippi. Voici une carte des observations de cette espèce en milieu naturel, issu du site GBif

Observations directes géoréférencées de Pinguicula primuliflora en Mai 2020

Cette espèce pousse dans des milieux très humides, parfois inondĂ©s, et demande donc beaucoup d’eau en culture. C’est pour cette raison qu’elle se plaĂ®t gĂ©nĂ©ralement avec de l’eau jusqu’au niveau de la rosette et qu’elle survie très bien plusieurs semaines sous l’eau. Cette abondance d’eau permet entre-autre sa multiplication vĂ©gĂ©tative très caractĂ©ristique, et redoutablement efficace, avec la crĂ©ation de nouvelles plantules Ă  l’extrĂ©mitĂ© des feuilles (ce qui est plus rare si l’arrosage est plus modĂ©rĂ©).

Concernant les tempĂ©ratures, cette rĂ©gion reste relativement chaude toute l’annĂ©e, mais l’AmĂ©rique du Nord subit souvent des descentes de vortex polaires, c’est-Ă -dire des masses d’air froid qui sont Ă©jectĂ©es du pĂ´le Nord et qui redescendent le long du continent, parfois jusqu’au Sud des États-Unis. Ainsi, les minimales observĂ©es dans la rĂ©gion au mois de Janvier tournent autours de 0°C, mais les records de fraĂ®cheur peuvent tomber très bas (-33°C au Nord de l’Alabama, -27°C en Louisiane ou encore -28°C au Mississippi). Il peut donc faire froid, très froid, dans le sud des États-Unis, mais ces Ă©vĂ©nements ne durent gĂ©nĂ©ralement pas plus de quelques jours, ce qui est diffĂ©rent des gelĂ©es constantes d’un point de vue purement adaptatif pour les espèces. Ces descentes d’air froid jusque dans le sud des États-Unis devraient d’ailleurs expliquer pourquoi les Sarracenia rĂ©sistent très bien au froid alors que le climat est en moyenne plutĂ´t doux.

La fleur caractéristique de Pinguicula primuliflora

En culture

Pinguicula primuliflora est plus fragile que les Sarracenia car elle ne possède pas de rhizome enterrĂ© lui permettant de stocker de l’Ă©nergie, de se protĂ©ger l’hiver, et de repartir Ă  la belle saison si le froid a Ă©tĂ© trop intense. En revanche, elle possède de grosses racines pouvant faire office d’organes de stockage et il n’est pas rare que le feuillage disparaisse totalement en hiver avant de repartir du cĹ“ur de la rosette au printemps. Ses racines lui permettent donc de supporter quelques gelĂ©es mais il faudra la protĂ©ger davantage si vous souhaitez qu’elle passe l’hiver dehors sous nos latitudes (quoique dans les rĂ©gions cĂ´tières oĂą le gel est rare, ce n’est peut ĂŞtre mĂŞme pas nĂ©cessaire !).

Chez moi, elle supporte très bien les hivers savoyards en serre froide, oĂą la tempĂ©rature peut descendre jusqu’Ă  -10°C la nuit (ponctuellement) mais remonte assez vite en journĂ©e pour peu qu’il y ait un rayon de soleil. Mais depuis quelques annĂ©es, j’ai plusieurs plants qui se dĂ©veloppent en tourbière extĂ©rieure avec mes Sarracenia et ils se portent Ă  merveille. Ils fleurissent peu par rapport aux plantes en serre mais se multiplient et poussent correctement Ă  la belle saison. Attention tout de mĂŞme, les derniers hivers ont Ă©tĂ© globalement assez doux, ce qui n’a pas empĂŞchĂ© quelques Ă©pisodes brefs mais particulièrement froids oĂą les tempĂ©ratures n’ont pas dĂ©passĂ© les 0°C sur quelques jours (en 2018 notamment).

Mais alors comment cette espèce a pu survivre aux derniers hivers Ă  l’extĂ©rieur ? Le secret de cette rĂ©ussite (involontaire !) est, je pense, dans l’utilisation de l’eau et d’une protection naturelle (tout aussi involontaire). En effet, durant l’hiver, les plantes sont noyĂ©es sous quelques centimètres d’eau et recouvertes par des feuilles d’arbres qui tombent dans la tourbière Ă  la fin de l’automne ainsi que par quelques graminĂ©es qui sèchent et meurent. Cette lĂ©gère protection naturelle ajoutĂ©e Ă  la noyade lui permettent de rĂ©sister Ă  de belles gelĂ©es, de l’ordre de -5 ou -6°C durant la nuit sans aucun soucis. La tempĂ©rature est très probablement tombĂ©e plus bas ponctuellement durant la nuit. Il arrive mĂŞme rĂ©gulièrement que l’eau gèle en surface, ce qui n’a pas l’air d’impacter les plantes, au contraire, cela pourrait mĂŞme les protĂ©ger davantage du froid car la glace est un excellent isolant. Il arrive aussi que toute la rosette soit prise dans la glace, sans rĂ©elles consĂ©quences. Ce sont probablement ces deux Ă©lĂ©ments (la noyade et la protection par les vĂ©gĂ©taux morts) qui lui permettent aussi de se maintenir en milieu naturel lors des Ă©pisodes de gel !

Pour rĂ©sumer, si vous souhaitez maintenir Pinguicula primuliflora Ă  l’extĂ©rieur, n’hĂ©sitez pas Ă  la noyer sous quelques cm d’eau pendant l’hiver et Ă  la recouvrir d’herbes/feuilles mortes. Personnellement je ne fais absolument rien intentionnellement, le niveau de l’eau monte « naturellement » dans la tourbière en hiver et les graminĂ©es aux alentours meurent tout aussi « naturellement » lorsqu’il commence Ă  faire froid. Je conseillerais aussi de l’exposer plutĂ´t au soleil du matin, cela permet Ă  la tempĂ©rature de rapidement monter et d’Ă©viter Ă  la plante de rester trop longtemps gelĂ©e. De plus, elle supporte moyennement bien le plein soleil dans la journĂ©e et je la cultive gĂ©nĂ©ralement Ă  l’ombre dans la serre.

Pinguicula primuliflora en tourbière extĂ©rieur. Notez l’abondance d’eau ainsi que les dĂ©bris vĂ©gĂ©taux qui lui ont permis de supporter les derniers hivers sans soucis en Savoie.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez aller plus loin dans vos recherches, je vous mets quelques liens pratiques Ă  disposition. N’hĂ©sitez pas Ă  me faire part de vos propres observations et expĂ©riences sur cette espèce !

Climat aux Etats-Unis :

https://en.wikipedia.org/wiki/U.S._state_and_territory_temperature_extremes

https://fr.wikipedia.org/wiki/Climat_des_%C3%89tats-Unis#Les_r%C3%A9gions_subtropicales_du_Sud-Est

Pour en savoir plus sur la culture de P. primuliflora :

http://www.pinguicula.org/A_world_of_Pinguicula_2/Pages/pinguicula_primuliflora.htm

Enjoy !

Comment rĂ©-ensauvager son jardin ?

En cette pĂ©riode de confinement, je prends un peu de temps pour vous Ă©crire un court article concernant le « rĂ©-ensauvagement » de nos espaces de vie. Nous savons que la biodiversitĂ© chute partout et de manière alarmante, ce sujet a dĂ©jĂ  fait l’objet de nombreux articles sur le site. Face Ă  ce constat nous pouvons agir pour limiter localement cet appauvrissement gĂ©nĂ©ralisĂ© des Ă©cosystèmes. Une des solutions est de laisser la nature reprendre ses droits, notamment dans nos jardins en limitant la tonte.

Une prairie alpine est extrêmement riche en espèces végétales

Terrain de golf VS prairie sauvage

Il est très facile de se rendre compte qu’un jardin dont le gazon est rĂ©gulièrement tondu hĂ©berge nettement moins d’espèces de plantes qu’une prairie sauvage avec des herbes hautes. Dans le premier cas, seule une dizaine / quinzaine d’espèces seront adaptĂ©es Ă  ce type de condition. Dans le second cas, on peut allègrement trouver plus d’une centaine d’espèces diffĂ©rentes en fonction de la taille et de la qualitĂ© de la prairie.

Avoir beaucoup d’espèces de plantes c’est bien, mais ce n’est que la partie Ă©mergĂ©e de l’iceberg. Une grande diversitĂ© d’espèces vĂ©gĂ©tales signifie plus de pollinisateurs, de champignons, de gastĂ©ropodes, de dĂ©composeurs, de fouisseurs, de rongeurs et mĂŞme de prĂ©dateurs (oiseaux, hĂ©rissons etc.). En effet, les plantes vont abriter toute une diversitĂ© d’animaux et crĂ©er tout un tas de micro-habitats très favorables Ă  la biodiversitĂ©. Ces animaux vont ensuite alimenter un petit rĂ©seau trophique en servant de nourriture Ă  d’autres organismes.

Lamium purpureum, une espèce qui supporte assez bien la tonte mais que l’on retrouvera surtout dans les coins inaccessibles

Que se passe-t-il si je laisse mon jardin complètement Ă  l’abandon ?

Les Ă©cosystèmes ont une Ă©volution naturelle. Si nous n’intervenons pas, des plantes de plus en plus compĂ©titives (et de croissance lente) vont s’installer et remplacer la communautĂ© d’espèce prĂ©cĂ©dente. C’est ce que l’on appelle une succession vĂ©gĂ©tale.

Lorsque l’on coupe l’herbe de notre jardin, ou que l’on rase une forĂŞt, ou que l’on fauche une prairie, nous perturbons le milieu naturel. Les perturbations naturelles existent bien Ă©videmment et elles sont mĂŞme bĂ©nĂ©fiques au maintien d’une grande diversitĂ© en crĂ©ant plein de micro-habitats (explications plus bas). En revanche, nos perturbations sont bien trop intenses et rĂ©pĂ©tĂ©es et ont donc plutĂ´t tendance Ă  rĂ©duire la diversitĂ©. Mais lĂ  n’est pas la question. Lorsque l’on exerce une pression sur un habitat, seules les espèces les plus adaptĂ©es Ă  cette pression vont s’installer. Des espèces comme le pissenlit (Taraxacum officinalis), le trèfle blanc (Trifolium repens), la vĂ©ronique (Veronica persica), les plantains (Plantago sp) ou la potentille (Potentilla aurea) par exemple, ne craignent pas d’ĂŞtre rĂ©gulièrement coupĂ©es : leur cycle de vie est rapide, elle se reproduisent bien et repoussent facilement des racines. Elles vont donc dominer les jardins très entretenus car ce sont les seules qui le peuvent. On peut penser que naturellement, ces plantes devaient ĂŞtre beaucoup plus rares et pousser dans de petites zones perturbĂ©es proche de rivière, sur des falaises, après un feu, un chablis etc. Aujourd’hui, Ă©tant donnĂ© notre intervention permanente, ces espèces sont très communes.

Imaginons maintenons que nous n’intervenons plus du tout sur une pelouse, en la laissant en friche par exemple. Les premières annĂ©es, les plantes citĂ©es au paragraphe prĂ©cĂ©dent vont disparaĂ®tre et vont ĂŞtre remplacĂ©es par de grandes graminĂ©es, et d’autres espèces de prairies, plus grandes et dont le cycle de vie est plus long. Les espèces habituĂ©es aux milieux perturbĂ©s ne sont pas de taille (littĂ©ralement) pour luter contre ces nouvelles espèces et seront alors exclues (c’est ce qu’on appelle l’exclusion compĂ©titive). Le mĂŞme schĂ©ma va se reproduire plusieurs annĂ©es plus tard avec l’apparition des premiers arbustes, bien plus rĂ©sistants aux petits problèmes et alĂ©as mĂ©tĂ©orologiques (manque d’eau, coup de chaud etc.). Ils vont petit Ă  petit « refermer » la prairie et laisser la place aux premiers arbres. Après quelques dĂ©cennies, une forĂŞt s’est formĂ©e. Il faut savoir que les forĂŞts ont leur propre succession de communautĂ©s vĂ©gĂ©tales avec d’abord des espèces Ă  croissance rapide mais stockant peu de rĂ©serves et, Ă  la fin, des espèces plutĂ´t lentes mais qui conservent beaucoup de ressources. Si maintenant on imagine qu’aucune perturbation n’a lieu, pas une tempĂŞte, pas un seul feu, pas une seule inondation pendant encore des dĂ©cennies, des siècles voire des millĂ©naires, au final, une seule espèce d’arbre va dominer le milieu : celle la plus adaptĂ©e aux conditions environnementales.

Pourtant, naturellement, il existe une myriade de petites perturbations, et le simple fait qu’un arbre meurt et tombe, entraĂ®nant avec lui ses voisins, crĂ©e un chablis, une zone lumineuse oĂą des espèces adaptĂ©es aux milieux perturbĂ©es vont pouvoir pousser (pissenlit etc.) et recommencer localement une nouvelle succession. Une forĂŞt naturelle est alors constituĂ©e d’une organisation de plein de patchs de diffĂ©rentes tailles, qui contiennent diffĂ©rentes communautĂ©s vĂ©gĂ©tales en fonction de l’avancement de leur succession Ă©cologique mais aussi en fonction du type de milieu oĂą elles se trouvent, car les habitats ne sont jamais complètement homogènes (sol, humiditĂ©, nutriment, ensoleillement, interactions etc.).

Veronica persica, une habituée des jardins

Mais du coup, que faut-il faire pour augmenter la biodiversité de mon jardin ?

Dans la majoritĂ© des habitats europĂ©ens (hors zones humides, montagnes, falaises, plages etc.), si nous ne faisons rien, nous avons donc l’apparition de forĂŞts dominĂ©es par quelques espèces. C’est ce que l’on appelle le « climax » de nos Ă©cosystèmes. Bon, l’idĂ©e n’est pas forcĂ©ment de transformer votre jardin en forĂŞt et vous serez de toutes manières morts avant d’en voir le rĂ©sultat. Il est plus intĂ©ressant de transformer votre jardin en prairies. Les prairies de bonne qualitĂ© sont aujourd’hui très rares mais accueillent pourtant Ă©normĂ©ment d’espèces. Le plus simple sera de s’orienter vers une prairie maigre et sèche (Ă  moins que vous n’ayez un ruisseau dans votre jardin, Ă  ce moment vous faire une prairie humide). Une prairie maigre pousse sur une terre pauvre. Contrairement Ă  ce que l’on pense, la majoritĂ© des plantes sauvages n’apprĂ©cient pas les terres riches, ce sont avant tout nos fruits et lĂ©gumes qui ont besoin de cette richesse car ils ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©s pour produire beaucoup, et donc « manger » beaucoup. Le problème, c’est que l’Ă©pandage de quantitĂ©s astronomiques d’engrais dans les champs transforment les prairies maigres en Ă©cosystèmes moins diversifiĂ©s appelĂ©s « prairies grasses », c’est Ă  dire avec un sol riche. Il faudra donc petit Ă  petit amaigrir votre sol en exportant de la matière organique. Autrement dit, lorsque vous faucherez votre prairie, il ne faudra pas laisser la tonte Ă  l’endroit oĂą pousse votre prairie mais la mettre ailleurs (paillage, compost etc.), pour Ă©viter d’enrichir le sol.

Concrètement, il n’y a pas une recette miracle mais voici plusieurs idĂ©es que vous pouvez combiner en fonction de la taille de votre jardin et de ce que vous voulez en faire.

  • Une zone tondue « normalement » est bien Ă©videmment souhaitable si vous voulez vous balader dans votre jardin (faire jouer les enfants…). Vous pouvez donc crĂ©er des « chemins » tondus rĂ©gulièrement afin de les emprunter sans piĂ©tiner le reste. NĂ©anmoins, gardez Ă  l’esprit que moins vous tondez mieux ce sera, pas besoin donc de le faire toutes les semaines. Personnellement je ne le fais que quand j’ai besoin de tonte pour pailler le potager.
  • Une zone sauvage mais entretenue oĂą vous pouvez planter quelques graines de plantes fleuries, et choisir quelles espèces vous voulez conserver : vous pouvez de suite arracher votre ancien gazon et les plantes invasives / exotiques par exemple, pour faire de la place. Attention toutefois si vous souhaitez planter des graines de fleur achetĂ©es dans le commerce (type « prairie fleurie », « spĂ©cial pollinisateurs » etc.). Ces fleurs ne sont jamais locales, elles sont parfois indigènes, elles sont parfois exotiques. Il est important de bien se renseigner sur les espèces contenues dans les sachets pour Ă©viter d’implanter des espèces potentiellement Ă  risque pour nos Ă©cosystèmes. MĂŞme si les espèces que vous avez trouvĂ©es sont indigènes, elles n’ont très probablement pas Ă©tĂ© prĂ©levĂ©es dans votre rĂ©gion et donc la gĂ©nĂ©tique des plantes sera diffĂ©rente de celles de votre rĂ©gion. Ce n’est pas extrĂŞmement grave, mais le mieux reste d’aller chercher des graines de plantes sauvages vous-mĂŞme. Vous pouvez aussi planter des plantes comestibles ou utiles dans cette zone.
  • Une zone que vous laissez sauvage, sans entretien, pas d’arrosage, pas de plantation, rien du tout. Il est prĂ©fĂ©rable de faucher cette zone d’abord 2 Ă  3 fois pendant la belle saison (Mars – Octobre) pour laisser la place et le temps aux espèces de prairie d’arriver et de s’installer plus rapidement (mĂŞme si ce n’est vraiment pas obligatoire). Ensuite, lorsque vous avez une communautĂ© vĂ©gĂ©tale solide avec plusieurs espèces nouvelles, il est prĂ©fĂ©rable de faucher peu, une fois dans l’Ă©tĂ© après la crĂ©ation de graines par exemple, et une autre fois en hiver si vous le souhaitez, en exportant bien la tonte ailleurs. Dans cette zone sauvage, vous pouvez laisser des Ă®lots complètement sauvages sans jamais les faucher pour aider les insectes Ă  passer l’hiver : certains aiment se rĂ©fugier dans des tiges creuses et mortes.
Silene latifolia peut ĂŞtre une des premières espèces Ă  venir coloniser votre jardin s’il est peu entretenu

Quels sont les avantages de ces pratiques ?

En plus d’amĂ©liorer significativement la biodiversitĂ© locale, il y a plusieurs autres avantages. DĂ©jĂ , il n’y a plus besoin d’arroser votre jardin, les plantes locales sont parfaitement adaptĂ©es Ă  nos conditions climatiques. Bien sĂ»r vous pouvez oublier le dĂ©sherbant ou l’anti-mousse car vous voulez justement que les espèces indigènes poussent, mais vous pourrez aussi oublier les anti-limaces car leurs prĂ©dateurs vont finir par revenir. Il n’y a presque aucun entretien nĂ©cessaire, juste une fauche / tonte de temps en temps et peut-ĂŞtre un peu de prĂ©paration de votre sol s’il est trop argileux en ajoutant du sable plus ou moins grossier. Mise Ă  part la mise en place de la prairie, la fauche et l’Ă©ventuelle rĂ©colte de graines Ă  la fin de l’annĂ©e, aucun entretien n’est nĂ©cessaire. Vous gagnez donc du temps, de l’argent et de la biodiversitĂ©. Vous pourrez aussi observer le retour de nombreux insectes, oiseaux voire de petits animaux et en première ligne le hĂ©risson ! Enfin, les plantes de prairies sont gĂ©nĂ©ralement très fleuries et leur floraison est Ă©talĂ©e dans l’annĂ©e, c’est une bonne solution si vous souhaitez un jardin esthĂ©tique et Ă©cologique.

Si vous souhaitez pousser encore plus loin, vous pouvez aussi mettre en place une petite mare dans votre jardin pour voir revenir des libellules, voire quelques batraciens. Les zones humides sont en effet les habitats parmi les plus importants pour la biodiversité et sont aussi les plus menacés !

Malheureusement, ce n’est pas accessible Ă  tout le monde, il faut dĂ©jĂ  avoir un jardin et le mieux est d’ĂŞtre propriĂ©taire. En effet, si vous ĂŞtes locataire, vous devez impĂ©rativement vous renseigner sur l’entretien des espaces verts de votre rĂ©sidence. Beaucoup d’agences immobilières ne tolèrent pas des gazons « non entretenus ».

Enjoy !

EDIT du 09.04.2020 : Voici un article très complémentaire pour aller plus loin dans la réflexion : https://blog.defi-ecologique.com/10-gestes-simples-amenager-jardin-plein-de-vie/

Les interactions plantes-animaux chez les plantes carnivores : cet article fait peau neuve !

Les organismes entretiennent de nombreuses interactions dans la nature pour leur survie. Les plantes carnivores, qui ont Ă©voluĂ© pour attirer, capturer, tuer des proies et en tirer des bĂ©nĂ©fices, ont tissĂ© au fil du temps des interactions mutualistes parfois surprenantes avec des insectes et mĂŞme des mammifères, notamment pour l’acquisition de leur nourriture… Voyons quelles sont ces stratĂ©gies Ă©volutives

Retrouvez tous les articles ici : https://phagophytos.com/index-des-articles-documentaires-et-scientifiques/

C’est quoi une « interaction » ?

Il existe plusieurs types d’interactions entre les organismes, vous allez rapidement comprendre qu’elles ne sont pas toujours aussi Ă©videntes qu’elles n’en ont l’air. En effet, du point de vue d’une espèce interagissant avec une autre, une interaction positive va lui apporter un bĂ©nĂ©fice (nourriture, protection etc.), une interaction nĂ©gative un inconvĂ©nient (moins de nourriture, voire la mort), mais il existe aussi des interactions neutres.

Prenons quelques exemples : la prĂ©dation (ou le parasitisme) reprĂ©sente une interaction entre deux organismes, positive pour le prĂ©dateur ou le parasite (obtention de nourriture et/ou de logis) et nĂ©gative pour la proie ou l’hĂ´te (rĂ©duction du feuillage, affaiblissement, mort etc.). La compĂ©tition reprĂ©sente une interaction nĂ©gative pour les deux (ou plus !) organismes qui luttent pour l’obtention d’une ressource limitĂ©e (lumière, nutriment, espace etc.). Enfin, dans le cas de la symbiose ou du mutualisme, les organismes en interaction obtiennent tous des bĂ©nĂ©fices. Nous pouvons maintenant compliquer un peu les choses avec le commensalisme qui reprĂ©sente une interaction positive pour une espèce et neutre pour une autre, par exemple, la facilitation entre des espèces arbustives et de petites plantes annuelles qui profitent de l’ombre créée par les premières sans pour autant perturber leur dĂ©veloppement. En effet, les arbustes ont des racines profondes et ne sont pas impactĂ©s par la croissance des plantules, en revanche, les plantules sont largement bĂ©nĂ©ficiaires de la prĂ©sence de l’arbuste qui crĂ©e un micro-climat plus frais et plus humide dans une rĂ©gion dĂ©sertique. L’inverse du commensalisme s’appelle l’amensalisme et reprĂ©sente cette fois une interaction neutre pour un parti et nĂ©gative pour l’autre, par exemple, le piĂ©tinement rĂ©pĂ©tĂ© des vĂ©gĂ©taux par des animaux qui peut conduire Ă  un changement de communautĂ© vĂ©gĂ©tal.

Photo 7 - Une image pour résumer le phénomène de facilitation
Une plante en coussin (Frankenia triandra), facilite l’implantation d’un jeune arbuste près du Salar de Uyuni, en Bolivie.

Les interactions classiques chez les plantes carnivores

Comme beaucoup d’autres espèces de plantes Ă  fleur, les plantes carnivores ont besoin d’insectes pour la pollinisation des fleurs et donc la reproduction sexuĂ©e des espèces. Cette interaction est qualifiĂ©e de « mutualiste » car les deux organismes tirent des bĂ©nĂ©fices de ce phĂ©nomène : l’insecte se nourrit de pollen et/ou de nectar et la plante se reproduit. Elles entretiennent aussi une interaction que l’on peut qualifier de « prĂ©dation » en capturant des insectes. En revanche, elles ont dĂ©veloppĂ© des mĂ©canismes assez astucieux pour ne pas capturer leurs pollinisateurs ce qui pĂ©naliserait leur reproduction et leur potentiel adaptatif. La fleur peut ĂŞtre produite avant les pièges, comme c’est le cas chez les Sarracenia, et ainsi sĂ©parer dans le temps la reproduction et la prĂ©dation. Elle peut aussi ĂŞtre perchĂ©e au sommet d’une longue hampe florale, loin des feuilles transformĂ©es en pièges, comme c’est le cas chez la dionĂ©e (Dionaea muscipula) ou chez de nombreuses Drosera. Enfin, les plantes carnivores peuvent produire des composĂ©s volatiles odorants ou des signaux visuels diffĂ©rents soit pour attirer les proies au niveau des pièges soit pour attirer les pollinisateurs au niveau des fleurs. Ces trois mĂ©thodes permettent la sĂ©paration temporelle, gĂ©ographique et sensorielle des fleurs et des pièges.

Une abeille charpentière pollinise des fleurs de Sarracenia leucophylla en Europe. Cette abeille n’est pas capturĂ©e par les pièges qui commence Ă  peine Ă  se former.

Un mutualisme inattendu

DĂ©taillons maintenant plusieurs interactions que les plantes carnivores entretiennent avec d’autres organismes (liste non exhaustive).

  • Commensalisme entre araignĂ©es et Sarracenia

Dans leurs milieux naturels, certaines araignĂ©es, notamment l’araignĂ©e lynx (Oxyopidae), profitent de l’attraction des insectes par les Sarracenia pour tisser leur toile Ă  l’entrĂ©e des pièges ou Ă  proximitĂ© de ces derniers augmentant ainsi ses chances de capturer des proies. La plante produisant plusieurs pièges ne se voit pas ou peu impactĂ©e par ce petit dĂ©sagrĂ©ment qui ne dure guère plus de quelques semaines en gĂ©nĂ©ral. Ces mĂŞmes araignĂ©es sont aussi capables d’entrer dans le piège d’un Sarracenia sans glisser sur les parois afin d’aller chercher leur repas dans l’antre de la plante carnivore. Ce type d’intĂ©raction, vous l’aurez compris, est du commensalisme.

AraignĂ©e lynx postĂ©e Ă  l’entrĂ©e du piège d’un Sarracenia flava. Photo : Sarracenia.com

Ce genre de phĂ©nomène est aussi rĂ©gulièrement observĂ© en culture et il n’est pas rare que des araignĂ©es tissent leur toile Ă  proximitĂ© des urnes redoutablement attractives pour les insectes. D’autres interactions commensalistes sont observables comme par exemple ce papillon qui profite du nectar des Sarracenia sans risquer de se faire piĂ©ger grâce sa taille. La plante produisant du nectar en continu ne se voit pas impactĂ©e par la prĂ©sence de ce papillon.

papillon sur Sarracenia octobre 2014 (5)

  • Punaises et Roridula

Passons maintenant aux vraies interactions mutualistes. Le Roridula gorgonias est une plante protocarnivore, cela signifie qu’elle est capable d’attirer et de capturer une proie mais ne produit pas d’enzymes digestives. Dans son milieu naturel en Afrique du Sud, cette plante hĂ©berge une petite punaise (Pameridea marlothii) qui vit sur ces feuilles et qui arrive Ă  Ă©viter les trichomes engluĂ©s d’une rĂ©sine extrĂŞmement collante, plus encore que celle du genre Drosera. Cette punaise se nourrit des proies capturĂ©es par le Roridula et, en contre partie, ses dĂ©jections très riches en azote sont directement assimilĂ©es par les feuilles de la plante, lui permettant ainsi une meilleure croissance.

On lit souvent, Ă  tord, que cette relation est une parfaite symbiose entre la plante et l’insecte. En rĂ©alitĂ©, il s’agit d’une interaction mutualiste car la plante peut survivre sans la prĂ©sence de cette punaise, et vise versa, ce qui n’est pas le cas dans une rĂ©elle relation symbiotique oĂą les deux organismes sont interdĂ©pendants pour leur survie (algues et champignons chez le lichen par exemple).

Les punaises attaquent une mouche capturée par une Roridula. Photo : carnivorousockhom.blogspot.com

  • Les interactions des Nepenthes

Le genre Nepenthes est sans aucun doute le genre qui entretient le plus de relations mutualistes avec les animaux. Il existe de très nombreux exemples mais nous n’aborderons ici que certains d’entre-eux, vous verrez, assez reprĂ©sentatifs.

Commençons par Nepenthes albomarginata, reconnaissable entre mille par la ligne blanche qui ceinture l’entrĂ©e de son piège. Cette structure blanchâtre est en fait composĂ©e de milliers de petits trichomes qui sĂ©crètent une substance très appĂ©tante pour les termites. Ces dernières sont attirĂ©es jusqu’au piège oĂą elles peuvent se nourrir Ă  volontĂ©. En contre partie de la production coĂ»teuse en Ă©nergie d’une nourriture spĂ©ciale et unique chez les Nepenthes, certaines d’entre-elles tombent malencontreusement dans le piège, nourrissant ainsi la plante.

Nepenthes albomarginata recouverte de termites. Photo : http://www.tropicalplantbook.com/

D’autres espèces nouent une relation mutualiste avec des amphibiens et notamment des grenouilles. Ces dernières sont capables de ne pas glisser Ă  l’intĂ©rieur du piège et, un peu comme l’araignĂ©e lynx chez les Sarracenia, elles se postent Ă  l’intĂ©rieur de l’urne en attendant que les proies arrivent, la plante digère alors ses excrĂ©ments riches en azote. Des grenouilles sont aussi souvent observĂ©es Ă  l’entrĂ©e des pièges de Sarracenia.

Grenouille attendant patiemment l’arrivĂ©e de proies. Photo : Wikipedia

Chez Nepenthes ampullaria, une espèce de grenouille (Microhyla nepenthicola) pond directement ses Ĺ“ufs Ă  l’intĂ©rieur de l’urne. Les petits tĂŞtards, qui ne se font pas digĂ©rer par le piège, peuvent alors se dĂ©velopper en toute sĂ©curitĂ© Ă  l’abri des prĂ©dateurs et la plante assimile une fois encore leurs rejets azotĂ©s. Cette espèce est d’ailleurs assez particulière car elle semble avoir Ă©voluĂ© pour rĂ©cupĂ©rer les feuilles mortes des arbres et les digĂ©rer partiellement. Ce serait donc une plante « dĂ©tritivore » ou coprophage.

Les abris qu’offrent les urnes de Nepenthes attirent aussi de plus gros animaux tels que des chauve-souris. En effet, Nepenthes hemsleyana propose un abris de choix pour ces mammifères (par exemple l’espèce Kerivoula hardwickii) en les protĂ©geant des prĂ©dateurs et du soleil de la journĂ©e. Ainsi, ces petites chauves-souris passent leurs journĂ©es Ă  l’intĂ©rieur du piège et la plante digère une nouvelle fois ses excrĂ©ments (dĂ©cidĂ©ment…). Plus d’explications ainsi qu’une vidĂ©o d’une chauve-souris entrant dans un piège de Nepenthes hemsleyana sont disponibles ici : https://www.livescience.com/51501-pitcher-plants-lure-pooping-bats.html?jwsource=cl.

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Une chauve-souris sors du piège de Nepenthes hemsleyana : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0960982215006697

Enfin, d’autres espèces, Nepenthes rajah et Nepenthes lowii, produisent une substance sucrĂ©e sous leur opercule qui attire de petits mammifères. La forme du piège est telle que l’animal est obligĂ© de se positionner juste au dessus de l’entrĂ©e de l’urne, ainsi, tout en consommant sa nourriture sous l’opercule, ses dĂ©jections tombent dans le piège et sont assimilĂ©es par la plante. Chez Nepenthes lowii, cet apport reprĂ©sente jusqu’Ă  100% de l’azote capturĂ© par la plante ! Nepenthes rajah produit d’ailleurs des pièges de taille impressionnante et capture parfois de petits mammifères. Les sucs sucrĂ©s sous l’opercule contiennent des substances volatiles proches de celles de fruits sucrĂ©s. De plus, ces espèces ont des couleurs permettant notamment d’attirer spĂ©cifiquement un petit mammifère arboricole (Tupaia montana).

Il existe encore beaucoup d’intĂ©ractions mutualistes de ce genre chez les plantes carnivores et nous commençons Ă  les comprendre et Ă  les Ă©tudier depuis une vingtaine d’annĂ©es (en particulier chez les Nepenthes). N’oublions pas au passage que certaines plantes carnivores du genre Heliamphora ou encore Darlingtonia ne sont capables d’assimiler l’azote de leurs proies uniquement grâce Ă  un mutualisme avec des bactĂ©ries qui digèrent les insectes pour elles et rendent accessibles les nutriments Ă  l’absorption en les dĂ©coupant ; c’est d’ailleurs en partie ce qu’il se passe dans la digestion des Hommes (flore intestinale) et des animaux en gĂ©nĂ©ral.

Enjoy !

Source photo : Phagophytos si non mentionnĂ©e sur l’image ou en lĂ©gende.